NOUVELLES DU 18 EME

Publié le par LEPIC ABBESSES


Hakim el Karoui pourrait présider l’association de l’Institut des cultures d’Islam
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Hakim el Karoui

Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a proposé à Hakim el Karoui, actuellement banquier chez Rotschild & Cie, de présider l’association adossée à l’Institut des cultures de l’Islam, selon le JDD.fr

Hakim el Karoui, âgé de 39 ans, est diplômé de l’École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud. Il est également titulaire d’un DEA de géopolitique et est agrégé de géographie. De 2002 à 2005, Hakim El Karoui était conseiller et « plume » de Jean-Pierre Raffarin, chargé de la rédaction de ses discours.

En 2004, il a créé le Club XXIe siècle avec Rachida Dati et Béchir Mana, club de réflexion sur la diversité.

L’Institut des cultures d’Islam doit ouvrir en 2012 à la Goutte-d’Or, dans le 18e arrondissement de Paris. Il comporte deux branches : l’une associative, qui gère les activités culturelles, et l’autre destinée à la prière.

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- L’Institut des cultures d’Islam, mosquée des temps modernes








Hakim El Karoui ou l'archétype d'une nouvelle génération d'immigrés

 

 

Ce n'est pas tous les jours que le Journal du Dimanche, hebdomadaire français à grand tirage, consacre toute une page (la quatrième, en plus) à un "tunisien par son père, français par sa mère, banquier chez Rothschild". Sa mère Nicole El Karoui est la grande référence universiatire en mathématiques financières. Même si son parcours peut paraître atypique, Hakim représente de plus en plus l'archétype d'une nouvelle génération d'immigrés loin d'être " réductible au cliché du Maghrébin des cités déscolarisé ". Fondateur du Young Mediterranean Forum qui, après Tunis en 2008, tiendra à Séville du 4 au 7 novembre sa deuxième session, il cultive les réseaux. Extraits:

Les extraordinaires mains de Frédéric Chopin couraient sur les touches du piano jusqu’à ce qu’elles trouvent la fameuse "note bleue": un absolu. Hakim El Karoui a longtemps admiré le grand compositeur polonais mais il affirme aujourd’hui qu’il ne reste plus rien de sa passion romantique. "La musique a été fondamentale dans ma vie, même monomaniaque, mais ce n’est plus le cas". La passé se faufile dans le présent. Hakim El Karoui, banquier chez Rothschild et militant de la diversité, pianote sur la table avec ses doigts, abuse du mot "structurant", canalise une extrême tension intérieure, croit en l’égalité des chances.

Pressé et occupé. Hakim El Karoui, marié et père de trois enfants, est un hyperactif. Son fil d’Ariane: apprendre et comprendre; réfléchir et agir. "Quand c’est trop opérationnel, je m’ennuie ; quand c’est trop intellectuel, je m’ennuie aussi." On dit de lui qu’il est un garçon (encore) à peu près normal. Il sait composer un numéro de téléphone sans l’aide d’une assistante, abuse de sa liberté de parole, peut rester une heure trente sans tripoter son Blackberry, écrit lui-même ses livres. C’est rare dans un milieu de pouvoir et d’argent fortement déréalisant. Mais c’est peut-être juste l’occasion qui lui a manqué, c’est-à-dire une plus grande notoriété, pour passer dans une autre dimension. On verra bien.

Un parcours exemplaire. Hakim El Karoui a 38 ans. Il est d’origine tunisienne par son père (professeur d’anthropologie juridique sur l’islam à la Sorbonne) et française par sa mère (professeure de mathématiques financières de réputation mondiale à l’Ecole polytechnique). Des parents universitaires, des études à Henri-IV, deux oncles tunisiens ministres. Il est (de fait) un héritier, même s’il rejette (en force) l’étiquette. "Je ne suis pas réductible au cliché du Maghrébin des cités déscolarisé mais je ne suis en aucun cas un héritier. L’histoire de ma famille, c’est du travail, du travail, du travail. Quand mon père est arrivé en France, en 1958, il rasait les murs parce que les Maghrébins étaient considérés comme des moins que rien. On ne connaissait personne. Il s’est battu comme un fou pour que ses enfants soient à Henri-IV. Ma mère, elle, faisait sa recherche de 23 heures à 4 heures du matin." Ils sont cinq frères et sœurs. Tous plus brillants les uns que les autres. Deux normaliens, deux polytechniciens, un interne de médecine devenu un néphrologue réputé.

Hakim El Karoui, normalien et agrégé de géographie, parle d’une scolarité en dents de scie. "J’ai été à deux doigts de rater mon baccalauréat avec 4 sur 20 en mathématiques. Ma mère n’a pas apprécié. Je suis entré en hypokhâgne à Fénelon. Je partais de tellement loin que j’ai dû faire trois khâgnes avant de réussir le concours d’entrée à Normale." Il s’envole pour enseigner en Tunisie en 1993. "La Tunisie est surtout liée à mon enfance. On y passait nos vacances. Les goûts, les couleurs, les parfums. J’ai un rapport charnel à la Tunisie." Deux de ses oncles, Hamed Karoui et Ahmed Ben Salah, ont été d’importants ministres. "Ahmed Ben Salah a été numéro deux du gouvernement d’Habib Bourguiba avant d’être jeté en prison en 1970. Il a réussi à s’évader en 1973. Il était recherché par les polices tunisienne et française mais, deux fois par an, il arrivait chez nous à l’improviste pour faire la cuisine parce qu’il adorait ça." Hakim El Karoui part ensuite deux ans au Caire enseigner le français et apprendre l’arabe.

Il a écrit les discours de Raffarin, voté Royal plutôt que Sarkozy et s'est fâché à vie avec Dati

Le tournant. Il devient conseiller technique du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, responsable de ses discours. "On se faisait taper dessus tous les matins. Jean-Pierre Raffarin est humainement d’un commerce exceptionnel. Il a tout pour déplaire à l’establishment parisien. Il gouverne par le consensus et déteste faire du mal." Hakim El Karoui fonde en 2004, avec Béchir Mana et Rachida Dati, le Club du XXIe siècle. Un rassemblement ultrasélect réunissant le gratin des Français d’origine étrangère. « La devise : la diversité est une chance pour la France, la France est une chance pour la diversité. » Le Club reçoit grands patrons et responsables politiques pour faire avancer dans les faits l’idée de diversité. Hakim El Karoui crée, dans la même logique, le Young Mediterranean Leaders Forum. Il s’agit d’ériger des passerelles entre les deux rives de la Méditerranée avec une nouvelle génération de dirigeants. La deuxième édition du forum des YML se tiendra du 5 au 7 novembre à Séville.

Les relations d’Hakim El Karoui et de Rachida Dati ont été exécrables au sein du Club du XXIe siècle. Tout les sépare. Valeurs et attitudes. La rupture définitive a lieu en 2005 avec le départ de Rachida Dati. Elle et lui : ennemis à vie. Hakim El Karoui devient ensuite conseiller technique chargé des "études et prospectives" du ministre des Finances Thierry Breton. "J’ai passé un an au placard à ne rien faire." Lionel Zinsou le fait entrer chez Rothschild. Hakim El Karoui y est directeur en charge de l’Afrique du Nord et de l’Ouest. "J’aime relier les gens entre eux et analyser les rapports de force." Il publie L’Avenir d’une exception. Un essai politique remarqué. "La thèse est contenue dans le titre. L’égalité a de l’avenir, les Français sont porteurs de l’idée d’égalité dans le monde, les Français ont de l’avenir."

La politique reste sa passion. Hakim El Karoui, issu d’une famille française de gauche, salue le Jacques Chirac du discours d’inauguration du musée du Quai Branly, vénère Jean Monnet, fraternise avec Emmanuel Todd dont il partage les thèses protectionnistes, admire Hubert Védrine. Il a appelé à voter Ségolène Royal dans Le Monde, entre les deux tours de la présidentielle, dans un article intitulé Chiraquien mais pas sarkozyste. Un appel audacieux pour un directeur de la peu gauchiste banque Rothschild ; un appel courageux pour un esprit agile destiné à des postes gouvernementaux. "Je suis prêt à des compromis mais pas à des compromissions."

Homme de réseaux, homme d’action, homme de pouvoir, homme d’idéaux. Hakim El Karoui est rapide, original, élégant, courageux (côté pile); froid, précipité, arrogant, ambitieux (côté face). "Je connais les défauts qu’on me prête et j’essaye d’en tenir compte." Ses proches le disent inflexible, insoumis, insaisissable. Une supériorité intellectuelle trop consciente d’elle-même ; une rectitude morale peu encline à épouser les volte-face. Aller vite mais droit. Son visage d’adolescent, sa fausse désinvolture, son attitude réservée. Ses phrases qui se consument entre ses gestes. Il questionne l’identité, regarde vers l’avenir, croit au collectif. Il est un héritier en faveur de l’égalité. Les feux de la rampe lui sont promis mais il poursuit en attendant sa note bleue: une exacte répartition des droits et des devoirs entre tous. Hakim El Karoui a aimé D’autres vies que la mienne, d’Emmanuel Carrère: un récit sur les liens. On y vit et meurt avec fichée au cœur une vérité amie: les ressemblances au-delà des différences. 

 

 

 

 

 

L’Institut des cultures d’Islam, mosquée des temps modernes

8 avril 2009 par Philippe Bordier

L’Institut des cultures d’Islam, qui ouvrira ses portes au public en 2012, permettra aux Musulmans du 18e arrondissement de Paris de pratiquer leur culte dans de bien meilleures conditions qu’aujourd’hui. Le projet de mosquée, dont le volet culturel est financé par la ville de Paris, a été présenté aux habitants du quartier, mardi 7 avril 2009.

Ils sont tous d’accord ! Riverains, commerçants, municipalité du 18e arrondissement de Paris et responsables du culte musulman ne veulent plus de la prière du vendredi dans la rue. Quand les mosquées des rues Myrha et Polonceau débordent, les fidèles s’agenouillent en plein air pour prier, à même la chaussée. « C’est un spectacle affligeant, a souligné Daniel Vaillant, maire du 18e arrondissement, mardi 7 avril 2009, en préambule à la présentation publique de L’institut des cultures d’Islam, qui ouvrira ses portes dans la Goutte d’Or en 2012. Le culte musulman doit se pratiquer dans de bonnes conditions. Personne ne peut se satisfaire de l’Islam des caves ou des rues. »

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L’un des deux mosquées de l’Institut des cultures d’Islam, située rue Stéphenson.

La situation perdure depuis des années. Elle s’est même dégradée au fil du temps. Depuis la fermeture de la mosquée Adda’wa, rue de Tanger, dans le 19e arrondissement, des milliers de fidèles se pressent tous les vendredis dans la Goutte d’Or. Or, Adda’wa, qui pouvait accueillir 3000 personnes, ne rouvrira pas de sitôt : son recteur ne parvient pas à boucler le financement, privé, du nouvel établissement. Un constat qui a poussé la mairie du 18e à s’investir dans le financement de l’Institut des cultures d’Islam (ICI), pour accélérer le mouvement. Moyennant un montage juridique astucieux : en effet, la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, interdit aux collectivités locales de financer des lieux de culte.

La ville de Paris, qui a voté le projet à la quasi-unanimité des élus lors de son dernier conseil, va injecter 22 millions d’euros dans l’ICI. Lequel comportera deux branches : l’une consacrée aux activités culturelles, l’autre destinée à la prière. Afin de se conformer aux lois sur la laïcité, la municipalité va céder, pour un montant de 7 millions d’euros, une partie des locaux (700 m2, sur un total de 4000 m2) à des associations musulmanes cultuelles, sous la forme d’une Vente en l’État Futur d’Achèvement (VEFA). Ces associations disposeront ainsi de leurs espaces de prière comme bon leur semblera. La mairie n’interviendra pas.« La loi de 1905 est respectée, » a souligné un juriste de la ville.

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Le bâtiment de la rue Polonceau. Les deux emplacements proposeront l’un et l’autre des activités culturelles et cultuelles, animées par deux structures distinctes.

L’Institut des cultures d’Islam comportera deux bâtiments, deux mosquées en quelque sorte : rue Polonceau et rue Stephenson. Si le projet architectural, confié aux Ateliers Lion, ne fait guère débat, certains dans le public s’interrogent sur la capacité d’accueil des salles de prière (un millier de fidèles, au total). Le voisinage cultuel et culturel suscite aussi des inquiétudes. « Pour prier, il faut du calme, souligne ce fidèle de la rue Polonceau. C’est un état d’esprit qui ne s’accorde pas avec des expositions ou de la musique. » « Ouvertes sur la culture, les madrassas d’il y a mille ans (les écoles coraniques) étaient les Instituts des cultures d’Islam de l’époque, » rétorque en souriant Hamou Bouakkaz, adjoint au maire de Paris, chargé de la démocratie locale.

Les associations musulmanes du quartier soutiennent en majorité l’ICI. À l’exception du recteur de la mosquée de la rue Myrha. « La communauté musulmane du 18e arrondissement n’a pas été consultée sur ce projet, » estime-t-il. « Vous souhaitiez une mosquée cathédrale, ce n’est pas ce qui a été retenu, répond Michel Neyreneuf, adjoint au maire du 18e, chargé de l’urbanisme et du logement. Je vous invite à rejoindre l’Institut des cultures d’Islam. Les travaux n’ont pas commencé. Vos idées seront les bienvenues. » Et Daniel Vaillant d’insister, inflexible : « Après l’ouverture de l’Institut des cultures d’Islam, il n’y aura plus de prière dans la rue, je suis extrêmement clair sur ce point. »

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