NOUVELLES DU 18EME
par Philippe Bordier
L’Institut des cultures d’Islam, qui ouvrira ses portes au public en 2012, permettra aux Musulmans du 18e arrondissement de Paris de pratiquer leur culte dans de bien meilleures conditions qu’aujourd’hui. Le projet de mosquée, dont le volet culturel est financé par la ville de Paris, a été présenté aux habitants du quartier, mardi 7 avril 2009.
Ils sont tous d’accord ! Riverains, commerçants, municipalité du 18e arrondissement de Paris et responsables du culte musulman ne veulent plus de la prière du vendredi dans la rue. Quand les mosquées des rues Myrha et Polonceau débordent, les fidèles s’agenouillent en plein air pour prier, à même la chaussée. « C’est un spectacle affligeant, a souligné Daniel Vaillant, maire du 18e arrondissement, mardi 7 avril 2009, en préambule à la présentation publique de L’institut des cultures d’Islam, qui ouvrira ses portes dans la Goutte d’Or en 2012. Le culte musulman doit se pratiquer dans de bonnes conditions. Personne ne peut se satisfaire de l’Islam des caves ou des rues. »
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- L’un des deux mosquées de l’Institut des cultures d’Islam, située rue Stéphenson.
La situation perdure depuis des années. Elle s’est même dégradée au fil du temps. Depuis la fermeture de la mosquée Adda’wa, rue de Tanger, dans le 19e arrondissement, des milliers de fidèles se pressent tous les vendredis dans la Goutte d’Or. Or, Adda’wa, qui pouvait accueillir 3000 personnes, ne rouvrira pas de sitôt : son recteur ne parvient pas à boucler le financement, privé, du nouvel établissement. Un constat qui a poussé la mairie du 18e à s’investir dans le financement de l’Institut des cultures d’Islam (ICI), pour accélérer le mouvement. Moyennant un montage juridique astucieux : en effet, la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, interdit aux collectivités locales de financer des lieux de culte.
La ville de Paris, qui a voté le projet à la quasi-unanimité des élus lors de son dernier conseil, va injecter 22 millions d’euros dans l’ICI. Lequel comportera deux branches : l’une consacrée aux activités culturelles, l’autre destinée à la prière. Afin de se conformer aux lois sur la laïcité, la municipalité va céder, pour un montant de 7 millions d’euros, une partie des locaux (700 m2, sur un total de 4000 m2) à des associations musulmanes cultuelles, sous la forme d’une Vente en l’État Futur d’Achèvement (VEFA). Ces associations disposeront ainsi de leurs espaces de prière comme bon leur semblera. La mairie n’interviendra pas.« La loi de 1905 est respectée, » a souligné un juriste de la ville.
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- Le bâtiment de la rue Polonceau. Les deux emplacements proposeront l’un et l’autre des activités culturelles et cultuelles, animées par deux structures distinctes.
L’Institut des cultures d’Islam comportera deux bâtiments, deux mosquées en quelque sorte : rue Polonceau et rue Stephenson. Si le projet architectural, confié aux Ateliers Lion, ne fait guère débat, certains dans le public s’interrogent sur la capacité d’accueil des salles de prière (un millier de fidèles, au total). Le voisinage cultuel et culturel suscite aussi des inquiétudes. « Pour prier, il faut du calme, souligne ce fidèle de la rue Polonceau. C’est un état d’esprit qui ne s’accorde pas avec des expositions ou de la musique. » « Ouvertes sur la culture, les madrassas d’il y a mille ans (les écoles coraniques) étaient les Instituts des cultures d’Islam de l’époque, » rétorque en souriant Hamou Bouakkaz, adjoint au maire de Paris, chargé de la démocratie locale.
Les associations musulmanes du quartier soutiennent en majorité l’ICI. À l’exception du recteur de la mosquée de la rue Myrha. « La communauté musulmane du 18e arrondissement n’a pas été consultée sur ce projet, » estime-t-il. « Vous souhaitiez une mosquée cathédrale, ce n’est pas ce qui a été retenu, répond Michel Neyreneuf, adjoint au maire du 18e, chargé de l’urbanisme et du logement. Je vous invite à rejoindre l’Institut des cultures d’Islam. Les travaux n’ont pas commencé. Vos idées seront les bienvenues. » Et Daniel Vaillant d’insister, inflexible : « Après l’ouverture de l’Institut des cultures d’Islam, il n’y aura plus de prière dans la rue, je suis extrêmement clair sur ce point. »
par Philippe Bordier
Lucie Ouvrard, jeune artiste peintre du 18e arrondissement de Paris, raconte de drôles d’histoires de femmes et d’hommes, au fil de tableaux peuplés de personnages étranges et mélancoliques. Elle expose actuellement son travail au bar La Timbale, dans son quartier. Portrait-diaporama.
Lucie Ouvrard peint de drôles de petits bonhommes avec des clous plantés dans la tête. D’autres ont la bouche cousue. Celui-ci tient dans sa main une aiguille reliée à une bobine de fil : il s’apprête à recoudre son crâne fendu. Dans un autre tableau, un groupe de femmes, longues robes sombres et mi-bas rayés rouges et blancs, semble attendre. Un pauvre sourire au bord des lèvres. Lucie Ouvrard porte sur l’humanité un regard singulier, mais pas désespéré. « Mes personnages sont tristes, mais ce n’est pas grave, glisse-t-elle. La mélancolie est passagère. »
L’humanité, Lucie Ouvrard l’a aussi côtoyée au fil de voyages au long cours qui ont rythmé son enfance. « Nous nous entassions, mes parents, mes deux sœurs et moi, dans le camping car et direction l’étranger, raconte la jeune femme. Dès l’âge de 16 ans, j’ai rallié seule l’Afrique de l’Ouest en stop. Puis, les pays de l’Est de l’Europe. L’Inde, aussi. Mes voyages, plusieurs mois, souvent, n’avaient pas de buts précis. » Elle affirme ne pas avoir puisé l’inspiration sur les chemins poussiéreux des contrées lointaines. « Ces voyages me nourrissent, moi, en priorité. Ma peinture, c’est autre chose. » C’est pourtant loin de la France qu’elle a peaufiné l’un des aspects de sa technique de travail : le dessin sur les pages des quotidiens locaux.
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- « Mes personnages sont tristes, mais ce n’est pas grave, dit Lucie Ouvrard. La mélancolie est passagère. »
Ses toiles associent en effet les collages de vieux journaux et l’aquarelle, qu’elle étale sur ses toiles avec les doigts. Lucie n’a pas suivi de formation artistique. Le maniement des pinceaux n’est pas son truc. « J’ai toujours peint de cette manière, raconte-t-elle. Au feeling. Je travaille vite, d’une seule traite. Ma peinture est spontanée. » Mère d’un petit garçon, Lucie Ouvrard a transformé son appartement du 18e arrondissement en atelier. Elle vit dans le quartier depuis cinq ans, après avoir quitté Tours, la ville où elle est née, voilà 26 ans. « Le 18e est un endroit harmonieux. J’ai le sentiment d’y être à ma place. »
L’artiste peintre ne revendique pas de modèle artistique ou commercial. Elle montre ses œuvres où bon lui semble, quand l’endroit lui plait. En parallèle à l’exposition de La Timbale, ses tableaux sont accrochés aux murs de plusieurs bars, restaurants et galeries de Nantes. De plus en plus souvent, des amateurs achètent ses tableaux. Voilà encore cinq ans, Lucie Ouvrard n’imaginait pas faire commerce de sa peinture. « Voir partir un de mes tableaux, c’est toujours un déchirement, sourit-elle. Plus ou moins grand, en fonction de ce que je perçois de l’acheteur. »
Exposition Lucie Ouvrard
La Timbale, 2 rue Versigny 75018 Paris
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