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Un petit tour au Proche Orient par Raphaël Krafft
Le journaliste raconte son voyage du Caire à Beyrouth, en passant par l'Israël, la Palestine, la Jordanie, et la Syrie. L'occasion nous est donnée.
i[« Pour France Inter et en vue de ce carnet de route, il a recueilli des paroles et des images que les journalistes épris de vitesse n’entendent ni ne voient pas toujours. Il dresse ainsi un portrait intimiste de cette région où les conflits, sauf dans les Territoires, passent au second plan, et dont les habitants, souvent désenchantés, ont soif de liberté. Et d’ailleurs »]i - France Inter
► L'Arbre à Lettres Mouffetard, 2 rue Edouard Quenu, Paris 5°, M° Censier Daubenton, à 19h.
Un petit tour au Proche-Orient est sorti…
Au printemps 2008, Raphaël Krafft, journaliste à vélo, a sillonné le Proche-Orient du Caire à Beyrouth, en passant par Israël, la Palestine, la Jordanie, la Syrie et le Liban. Pour France Inter et en vue de ce carnet de route, il a recueilli des paroles et des images que les journalistes épris de vitesse n’entendent ni ne voient pas toujours. Il dresse ainsi un portrait intimiste de cette région où les conflits, sauf dans les Territoires, passent au second plan, et dont les habitants, souvent désenchantés, ont soif de liberté. Et d’ailleurs. (Bleu Autour / France Inter, mai 2009)
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May 4th, 2009 | Category: Promo | Subscribe to comments | Leave a comment |“Un petit tour chez les Français” (Bleu autour) vient de paraître, chronique journalistique d’un voyage à vélo à travers la France durant la présidentielle 2007.
Après avoir fait profiter les auditeurs de France Culture de ses reportages radiophoniques, Raphaël Krafft nous livre ici un carnet de route dans la France en campagne(s).
A 33 ans Raphaël Krafft n’en est pas à son premier “cycloreportage”. En 1998-1999, il avait déjà traversé le continent américain, de la Terre de Feu aux Etats-Unis. En 2002, au lendemain du “choc” du 21 avril, il enfourche à nouveau sa bicyclette pour aller à la rencontre de cette France électorale qui se manifestait de manière inattendue. Il a réitéré cette expérience en 2007, de février à juin.
A l’occasion de l’opération “Envie d’Amphi”, à laquelle participait le CFJ, il est venu présenter son carnet de route...
“Je suis venu au journalisme par la bicyclette”, aime à dire Raphaël Krafft. Pour lui, le vélo est pensé comme un moyen. Moyen de transport bien sûr, qui lui permet d’emmener en remorque les 30 à 40 kg de matériel nécessaires à son quotidien et à la réalisation de reportages radiophoniques.
Moyen de briser une méfiance aussi. “Les gens ont du mal à croire que je suis journaliste, ce qui est plutôt une bonne chose par les temps qui courent.” Le vélo permet de créer une empathie : “ce sont les gens qui me posent d’abord des questions, sur mon itinéraire, mon voyage. Moi j’en pose bien sûr, mais après seulement”. Et l’échange s’instaure vite, du fait de la dépendance créée par le vélo. “J’ai choisi de ne pas emporter de réchaud, pour être dépendant des gens, en situation de demander l’hospitalité.”
Mais “quid de l’indépendance du journalisme”, dans cette situation ? Raphaël est conscient que la question se pose, il le fait d’ailleurs dans son livre. La lecture de celui-ci y répond. Ce n’est pas une analyse froide, objective ou distante de la “France électorale”. Au contraire, c’est une plongée dans la France en campagne, à travers les campagnes de France. Les dialogues sont au coeur de ce carnet de route. Parfois même, l’absence de dialogue, échec du journaliste. Comme avec la famille Macquard, où le curieux se voit rabrouer d’un “pas de politique le dimanche” !
Le cycliste, passionné d’histoire, fait aussi oeuvre de géographe. Un périple qui n’est pas sans rappeler le Tour de France par deux enfants. “J’aime cette idée certainement désuète que la géographie peut influencer le comportement des hommes”, écrit le “cyclo-trotter”. Une géographie sensible et humaine, locale et ancrée. Sans déterminisme pourtant, et les choix de vote des Français déroutent parfois. Avec une surprise : cinq ans après, Le Pen est toujours bien présent...
Un voyage à rebours du temps des médias, qui prend le temps d’aller vers ces “Français représentatifs” que les médias ont tenté d’appréhender durant la campagne. Les voici dans leur contexte. Dans une démarche humble, à l’image de sa fin, au hasard d’un champ. “La France est une personne”, disait Michelet que Raphaël Krafft aime à citer. Ici, la France est un personnage...
“Vieux blanc” ou “blanc gâché”
Aux Antilles, on dit « blanc gaché » de ces métropolitains venus se la couler douce au soleil avant de sombrer dans l’alcool, le RMI ou la rue. En Guyane, c’est « vieux blanc », expression héritée de l’époque du bagne qui désignait les libérés contraints de rester en Guyane sous le contrôle de l’Administration Pénitentiaire. Le Libéré se voyait obligé de résider en Guyane le même nombre d’années que sa peine, si celle-ci avait été inférieure à 8 ans, c’était le doublage. Si sa condamnation avait été supérieure à 8 ans, il avait obligation de résidence en Guyane à vie. Stéphane, que j’ai aperçu assis sur le perron du supermarché Utile à Kourou est un « vieux blanc ».
Sa chute a commencé il y a plus de 20 ans sur le boulevard Sébastopol à Paris : avec « Cayenne c’est fini » de Jacques Higelin sur son balladeur et une sérieuse envie de tout changer à sa vie, il est entré dans une agence de voyage et s’est acheté un aller simple pour la Guyane.
« Comment j’en suis arrivé là ? Une suite d’événements qui s’enchainent et une bonne dose de fainéantise » avoue-t-il. « Mais
je ne touche pas le RMI, j’ai honte pour tout ces clochards de l’état qui font la queue au bureau de poste le 6 de chaque mois ». À l’ombre de la fusée Ariane, les poubelles sont bien fournies et Stéphane n’envisage pas de quitter Kourou. Je lui demande s’il a atteint un point de non retour : « Concernant ma vision du monde, oui. Mais je crois que je suis capable de me re-socialiser. Je vais bientôt avoir 44 ans et ce n’est peut-être plus un âge pour faire la manche. » J’ai un doute à la fin de l’entretien : Stéphane a la gueule d’un bagnard célèbre mais s’agit-il de Steve McQueen dans le rôle d’Henri « Papillon » Charriere ou à Dustin Hoffman dans celui de son acolyte Louis Dega dans le film de Franklin J. Schaffner ? C’est selon qu’il porte ou non ses lunettes.
Ordonnance 45 et picolettes
À Ti’kaz, le foyer pour jeunes délinquants de Matoury dans la banlieue de Cayenne, les éducateurs sont à l’image de leur clientèle : Haïtiens, Brésiliens, Vénézuéliens (…) et de toutes les Guyanes. L’un d’eux, Gérard, est originaire du village Bushinenge* de Providence sur le fleuve Maroni. Comme beaucoup de Guyanais, il est passionné par les Picolettes (Oryzoborus angolensis), petit oiseau passeriforme de la Guyane française réputé pour son chant extraordinaire et pour son élégante posture. L’oiseau est élevé pour participer à des concours de chants organisés dans toute la Guyane. Gérard a introduit l’activité au foyer pour jeunes délinquants. Quand ils n’écoutent pas du gangsta rap dans leurs chambrées, les locataires de Ti’kaz promènent, nourrissent, entrainent leurs picolettes. « Ça leur permet de s’évader, de transmettre de l’amour et de l’attention. À terme, ils peuvent en tirer un bénéfice financier car un bon picolette de concours se vend à prix d’or » explique Gérard. John Paul, orphelin de mère et dont le père l’a abandonné en Guyane pour rentrer à Georgetown au Guyana, jugé pour vol à l’arme blanche a baptisé soin picolette « rouge et bleu », « parce qu’il est rouge et bleu. »
*Populations d’origine africaine qui ont déserté les grandes plantations de la Guyane hollandaise dès le début du XVIIe siècle et se sont installées sur les deux rives du Maroni.
Arrivée en Guyane, destination Brésil
Je suis arrivé en Guyane sans mon vélo. L’avion qui m’emmenait de Fort-de-France à Cayenne l’a oublié à l’escale de Pointe-à-Pitre, on l’a ensuite chargé par mégarde dans le vol à destination d’Orly. Je l’ai retrouvé trois jours plus tard. Bloqué et ayant projeté de pédaler vers le Brésil, je me suis rendu à la BP 134, quartier insalubre (pour ne pas dire bidonville) situé à deux pas de la résidence de mon hôte, ami et confrère Laurent Marot à Rémire-Montjoly dans la banlieue de Cayenne.. BP pour boite postale car ici les rues n’ont pas de noms, elles sont en terre. Les 1500 habitants en majorité des Brésiliens ont été déplacés du bord de mer inondé pour construire des cases à titre provisoire. C’était en 1988. Un plan de résorption de l’habitat insalubre a été voté récemment par la mairie de Rémire-Montjoly. La majorité des enfants de la BP 134 ont obtenu la nationalité française. Considérés comme des étrangers lorsqu’ils se rendent au Brésil, ils peinent à trouver un modèle d’intégration dans la mosaïque de la société guyanaise.
Mon vélo retrouvé, j’ai pu prendre la « route de l’Est » (N2) en direction du Brésil pour dormir au barrage de Bélizon tenu par la gendarmerie mobile. Objectif de la maréchaussée : sécuriser la route nationale 2 et endiguer le flux d’immigrés clandestins brésiliens à destination de Cayenne.
Je suis arrivé à Saint-Georges après deux jours de voyage sur plus de 200 kilomètres d’une route sinueuse et bossue à travers la forêt amazonienne. En face, de l’autre côté du fleuve Oyapock, c’est le Brésil.
75% de la population de Saint-Georges est d’origine brésilienne. Beaucoup sont sans-papiers et vivent ici depuis plus de 20 ans. José Macédo, le professeur (bénévole) de Capoeira du village est arrivé en 2001. Ses six enfants vont à l’école ou au collège de Saint-Georges. José vit de petits boulots, il a notamment travaillé sur le chantier de logements HLM où sont logés quelques uns des 25 fonctionnaires de la Police de l’Air et des Frontières (PAF) basés à Saint-Georges.
Quotidiennement, un avion affrété par la Police de l’Air et des Frontières (PAF) débarque son lot de clandestins en provenance de Cayenne pour les renvoyer de l’autre côté du fleuve.
En attendant José pour partir pour Oyapoque, la ville brésilienne située en amont du fleuve, je prends un café en terrasse avec un fonctionnaire de la PAF qui me confie combien son métier est dispendieux et inefficace : « les Brésiliens que nous expulsons reviennent dans l’heure, ils n’ont qu’à traverser le fleuve. En 2007, nous avons expulsé 10000 étrangers en situation irrégulière, combien sont restés dans leur pays ? » José nous rejoint et serre la main du fonctionnaire qui sait que le professeur de capoeira a élu domicile à Saint-Georges malgré sa situation irrégulière. Le pont qui reliera bientôt les deux rives, José ne l’empruntera probablement jamais. Sans passeports, nous partons pour le Brésil, en pirogue.
Résumé des derniers kilomètres en Martinique
SÉJOUR À SAINT-PIERRE
« J’ai un copain pêcheur à Saint-Pierre, pour sûr il te logera » m’a dit l’amie Karole de l’association Gens de la Caraïbe. Il s’appelle Gérard et ne pêche que le dimanche dans son petit canot acheté pour passer une retraite paisible à Saint-Pierre après trente années passées en France hexagonale comme facteur. Comme beaucoup d’Antillais, Gérard est un inconditionnel de la pétanque. Après une route sinueuse depuis Schoelcher, je le trouve en pleine partie sur le terrain situé entre la mer et la maison familiale où vit sa mère, Odette. Elle a eu quatorze enfants et les a tous envoyé en métropole, parfois de force, souvent par la ruse. Ainsi Gérard a-t-il appris son départ pour la France hexagonale la veille d’embarquer dans l’avion. « Le PSG s’intéresse à toi » lui avait dit son père pour l’apâter. Gérard qui avait un emploi et occupait un poste prometteur de milieu droit au club de football de Morne-Rouge s’est retrouvé au chômage en plein hiver dans la banlieue parisienne avant une issue heureuse, son embauche à La Poste. Un soir, son ami Gustave est venu pousser la chansonnette, « “on ne vit pas sans se dire adieu »…
GÎTE ET COUVERT À L’HABITATION BEAUSÉJOUR
Avant de reprendre la route en direction du nord, je téléphone à Jean-Louis de Lucy de Fonçarieu, propriétaire de l’habitation Beauséjour à Grand’ Rivière. « Que puis-je faire pour vous ? » m’a-t-il demandé après que je lui ai raconté un peu de mes aventures. « Le gîte et le couvert » lui ai-je répondu. « Quand arrivez-vous ? » « Demain soir ». Jean-Louis est un béké. Sur youtube, je regarde « les derniers maîtres de la Martinique » dont tout le monde m’a parlé depuis le début du voyage. Ce reportage de Canal + a été diffusé sur grand écran dans le centre de Fort de France pendant les grèves de février. À propos de ce film, Roger de Jaham, l’animateur de l’association « tous créoles » qui s’attache à rassembler toutes les communautés de Martinique, n’avait pas complètement tort quand il disait lors de son voyage à Paris qu’on pourrait aisément y remplacer le mot béké par le mot juif.
Pour la première fois depuis le début de ce voyage, les automobilistes et autres passants m’encouragent de façon répétée dans l’ascension du col de Morne-Rouge. « Parce que c’est le nord, parce que c’est le bout du monde » m’explique M. de Pompignan que je croise en bord de route à quelques kilomètres de l’habitation Beauséjour. Je lui demande : « vous êtes un béké ? » « Oui, je vous fais peur ? » me répond-il avec malice. À Beauséjour, je suis reçu par Tsar, le chien de l’habitation. Chantal, la gouvernante, a préparé ma chambre. À la bibliothèque, au salon, je furète en attendant le maître des lieux : livres anciens, tableaux de maîtres… Je découvre que l’oncle de Lucy de Fonçarieu s’est échappé de la Martinique en 1942 pour rejoindre les Forces Françaises Libres à Londres, que le grand-père a échangé du rhum contre de la morue avec la Dominique voisine alors que l’île, sous administration vichyste était soumise au blocus anglo-américain avant de distribuer les denrées à la population de Grand’ Rivière.
Sur le piano, une photo de classe de l’année 1959/1960 où Jean-Louis de Lucy de Fonçarieu est le seul blanc. « J’ai grandi parmi les habitants du village et aujourd’hui, je ne suis pas différent d’un hobereau de nos campagnes françaises, » me dit Jean-Louis alors que nous prenons l’apéritif dans la bibliothèque. Michel, son ami d’enfance, partage le repas avec nous. Fils, petit-fils, arrière petit-fils d’une ouvrière agricole de l’habitation, arrière arrière petit fils d’une esclave de l’habitation, Michel a fait « trente ans de pénitentiaire » et terminé sa carrière comme garde du corps de… Robert Badinter. Il est revenu à « rue case nègre » ainsi qu’on appelle encore les anciennes cases des esclaves. Jean-Louis les a fait rénover. Elles sont peintes aux mêmes couleurs que sa maison.
Le portrait de Gérard, mon hôte à Saint-Pierre, ceux de Jean-Louis et Michel ainsi que la commémoration de l’abolition de l’esclavage à Schoelcher seront plus amplement développés dans l’émission Roue Libre diffusée le 9 août prochain sur France Inter à 18h (heure française).

































