MUSIQUE DU 18 EME
Les trois baudets prennent le rythme
Le chanteur belge Jacques Duvall inaugurait les soirées "Dans la famille... je voudrais", le 18 avril dernier aux trois baudets. Une carte blanche donnée à un artiste par la nouvelle scène parisienne de la chanson francophone. Prochains concerts : Nicolas Jules, Marjolaine, Zut, Spoke Orkestra...
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"C'est une carte blanche donnée à un artiste". Sur la scène des trois baudets, le directeur, Julien Bassouls, expliquait le 18 avril le concept des soirées "Dans la famille...je voudrais". C'est le chanteur belge Jaques Duvall qui ouvrait le bal pour une soirée riche... en surprises et découvertes. C'est d'abord Mélanie Pain, chanteuse du groupe Nouvelle vague, qui prend son envol en solo (premier album en septembre prochain). Puis, le chanteur bruxellois Juan d'Oultremont fait passer un vent de surréalisme ("C'est un immense honneur d'être sur une scène où Alain Barrière lui-même s'est produit" lance-t-il) sur la scène de Pigalle, avec ses textes poétiques et loufoques. Une soirée marquée par l'énergie d'Alister ("J'ai fait sauter le monde"), la fougue intacte de Marie-France et la voix envoûtante de Florence Denou .
"Le cow-boy et la call-girl"
Pour Jacques Duvall, c'est le rock. Auteur de chansons pour Lio, Alain Chamfort ou Etienne Daho, l'artiste s'est entouré d'une solide formation guitare-basse-batterie pour présenter les textes du "Cow-boy et la call-girl", son nouvel album. Prochaine soirée "Dans la famille..." en septembre. Et d'ici là ? Les concerts s'enchainent à un rythme soutenu aux trois baudets : Nicolas Jules, Marjolaine, Zut, Spoke Orkestra..
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| TRAHISON ET CHATIMENT Tout gamin, Duvall passe une soirée chez des voisins qui ont le privilège, encore rare à l'époque, d'avoir la télévision. Le père de famille, héros de guerre dans l'aviation, est vénéré par tous les enfants du quartier: un homme, un vrai! Passe un sujet d'actualité sur un jeune chanteur débutant: Johnny Hallyday. Le voyant se rouler par terre sanglé dans un costume pailleté, le brave Général émet des doutes sur la masculinité du rocker, ce qui déclenche l' hilarité de tous. Mais le petit Jacques ne rit pas. Ou plutôt il prend le mépris des adultes comme une médaille décernée au chanteur. Johnny sera son modèle. Oh! Quelques mois... Le temps qu' apparaisse un trublion plus hirsute encore, provoquant lui aussi les railleries des grands, et s'attaquant dans son répertoire à... Johnny Hallyday! Antoine est le nom du beatnick à la française pour qui Duvall trahit Johnny. Sa trahison ne restera d'ailleurs pas impunie. Le jeune Jacques est rossé dans la cour de l'école par ses anciens coreligionnaires fans de Johnny. Motif: l'idole a fait une tentative de suicide, on ne sait trop à cause de qui, Sylvie, Antoine, peut-être même le petit traître à son culte... | |
| TRAHISON ET HONNETETE Est-ce pour cela qu'il est ensuite attiré par deux Judas chantants? L'influence principale d'Antoine, un New Yorkais plein de morgue, renie le folk song, que la maman de Duvall tolère pourtant plus facilement que les yéyés, pour électrifier sa guitare. Tandis qu' à Paris un petit Russe à tête de croque-mort trahit la Rive Gauche que Duvall vient à peine de découvrir sur France Inter en écoutant les programmes élaborés chaque soir sur la chaîne publique par les différentes Maisons de la Culture de l' Hexagone. Bob Dylan et Serge Gainsbourg ont ce point commun qui amuse beaucoup Jacques: ils se font traiter de vendus parce qu'ils sont plus honnêtes que les autres. Ce seront ses derniers modèles. Prenant le contre-pied des Rolling Stones qui scandent "The Singer Not The Song", le jeune Duvall, un peu saoulé par ses propres volte-faces, perd tout intérêt pour ses idoles, tout en redoublant de curiosité pour leurs méfaits: les chansons. Le prochain pas sera d'en faire lui-même. | |
| PERDANTS MAGNIFIQUES Au milieu des années soixante-dix, il rencontre Jay Alanski, alors leader des Beautiful Losers, un groupe de rock empruntant son nom à un roman de Leonard Cohen. Les deux jeunes gens ont les mêmes bizarreries. Certes, ils écoutent du rock, comme tous ceux de leur génération, mais ils ne dédaignent pas les ancêtres ringards comme Sinatra, trouvent du génie à ce mollasson grisonnant de Burt Bacharach et accueillent avec enthousiasme la vague décadente (Lou Reed, Iggy, Marc Bolan) qui, d'après les magazines spécialisés de l'époque, décrédibilisent la "Nouvelle Culture". Pire encore, si un "variéteux" de la bande à Guy Lux sait trousser une chanson (Christophe, Hardy, Dutronc), nos deux compères ne crachent pas dessus. La chanson, peu importe le chanteur! | |
| CLANDESTINITE Eux, ce qui les attire, plutôt que les lettres de néon des vedettes, ce sont les patronymes cités entre parenthèses au dos des pochettes de disques. Rodgers & Hart, Leiber & Stoller, Pomus & Shuman, Goffin & King, Holland & Dozier, Felice & Boudleaux Bryant, Penn & Oldham, Gaudio & Crewe, Gamble & Huff, et bientôt Nile Rogers & Bernie Edwards. La plupart d'entre eux oubliés de l' histoire, et pourtant seuls véritables responsables de la gloire des autres. En France aussi, quelques associations de malfaiteurs inspirent nos deux aventuriers: Dumont & Benech, Yvain & Willemetz, Verlor & Nyel, Bourgeois & Rivière, Modiano & de Courson. L'armée de l'ombre ou, comme le dira un Canadien errant, "the workers in song". Leur ambition est toute trouvée: ils veulent rajouter leurs noms à la liste de ces mystérieux soldats inconnus. | |
| ROMANTISME Ensemble ils élaborent alors un répertoire sensuel, ironique et provocant qui sera défendu par Marie France, la très ambiguë égérie des folles nuits parisiennes de l'époque. Claude Milan, qui a fondé à Bruxelles le label punk "Romantik Records", leur permet de sortir un premier 45T qui sera tout de même sacré "single of the week" par les Anglais du "Record Mirror". Ne doutant de rien, Jacques parvient à caser dans la foulée un morceau dans la langue de Shakespeare aux Runaways, le premier groupe de Metal exclusivement féminin. La co-signataire de la chose est Joan Jett, plus tard responsable d'un hit mondial avec "I Love Rock'n'Roll". | |
| UN AMOUR DE DESSERT Au même moment, à Bruxelles, Duvall repère une petite punkette de quatorze ans n'ayant pas froid aux yeux et la rebaptise du nom d'une héroïne de B.D. imaginée par Jean-Claude Forest: Lio. Duvall et Alanski lui écrivent un titre sur mesure qui sera, durant deux longues années de démarches infructueuses, refusé par toutes les maisons de disques, avant de sortir enfin en 1979. "Banana Split" se vendra à plus d'un million d'exemplaires. Le succès ne change pas grand chose pour Duvall qu'une entrée dans le monde sérieux des professionnels de la musique n'excite que modérément. Il dépanne néanmoins pour un titre le chanteur-compositeur Alain Chamfort que Gainsbourg vient de laisser tomber à Los Angeles. Entre Chamfort et Duvall va se créer petit à petit une réelle complicité qui débouchera sur une collaboration à longue échelle, toujours d'actualité aujourd'hui. | |
| LA LISTE DES SUSPECTS Quelques autres interprètes, au fil des années, viendront parfois à bout de l'isolement et de la paresse légendaire de Duvall. Citons les Sparks, Bijou, Amina, Elsa, Etienne Daho, Jane Birkin, Marc Lavoine et Dani, même si notre homme confesse avoir pris autant de plaisir à oeuvrer pour Clara Capri, Sammy Willcox, An Luu ou Nathalie et les Souillons entre autres. Il tient également à dénoncer ses différents complices sur ces affaires: Marc Moulin, Dan Lacksman, Jean-Noël Chaleat, Joseph Racaille, Elisa Point, François Bernheim et plus récemment Fred Momont pour un album de ballades douces-amères murmurées par la comédienne Charline Rose que l'on a vue sur scène avec le groupe Calexico. | |
| THE FUTURE IS SO BRIGHT WE GOTTA WEAR SHADES Les (mauvais?) goùts pour le moins éclectiques de notre gaillard et sa farouche indépendance doivent nous inciter à nous attendre à tout. Que nous réserve-t-il pour l'avenir? Un nouveau projet confidentiel ou une improbable association avec un(e) rescapé(e) de la Star Ac? Seules certitudes: Marie France la pionnière, Lio la muse et Chamfort l'alter ego ne seront pas loin. | |
| "Je suis prêt à écrire pour n'importe qui. Mais pas n'importe quoi." | |
