MONTMARTRE A LA UNE
Alfred Grévin
Tout le monde connaît le musée Grévin, situé boulevard Montmartre au n° 10, mais connaissons-nous Alfred Grévin, l'homme qui donna son nom à ce lieu ,
Il naquit à Epineuil (Yonne) en janvier 1827. À ses débuts, le jeune homme, modeste employé dans les bureaux du chemin de fer PLM (Paris-Lyon-Méditerranée) Longtemps il mène cette vie monotone, crayonnant sans cesse , cherchant un coin de liberté dans le rêve qu'il caresse. Encouragé par des succès obtenus auprès de ses collègues, et devant la vocation qu'ils révèlent, l'artiste abandonne son emploi et porte ses croquis au Petit Journal pour rire (1859).
En 1853 il s'installe à Paris, Il mets ses talents de caricaturistes au service du journal Le Gaulois dirigé à l'époque par Arthur Meyer, ainsi qu'au Journal amusant. Quelques années plus tard il se verra confier la Une du Petit journal pour rire et collaborera au journal Le Charivari.
Les dessins de Grévin appartiennent au domaine du burlesque... Depuis les caricatures jusqu'aux ébauches de "ses" femmes.
En 1869 il fonde avec Adrien Huart, l'Almanach des Parisiennes.
Afin de compléter son maigre salaire de caricaturiste et dessinateur, il travaille comme costumier au théâtre, auteur de pièces. Alfred Grévin a ainsi durant une dizaine ou une douzaine d'années habillé des vedettes comme Judic ou Théo et les danseuses des théâtres de féerie.
Ses revenus lui permettent à partir de 1867 de s'installer dans une demeure à Saint-Mandé, au 16bis rue de Bérulle
Dès lors, Alfred Grévin est lancé et connaît la vogue ; il produit sans arrêt des milliers de dessins, au hasard de l'esprit et de la trouvaille. Les dessins de Grévin appartiennent au domaine du burlesque... Caricatures, ébauches de ses « femmes », ils résument aussi l'esprit du moment et de la mode. I! travaille comme costumier de théâtre, créant de nombreux costumes. Son imagination très ouverte s'entend à la perfection pour vêtir la femme, ou pour mieux la dévêtir avec goût ; son talent contribue au succès de nombreuses pièces de genre ; citons, entre autres, le Ballet de la neige, représenté à la Porte Saint-Martin. Cet artiste pétillant de verve et de malice sculpta aussi, avec cette seule même intuition de la nature, des statuettes à la grâce attachante. Dans cette fièvre trépidante de production, cet esprit sans cesse en alerte devait fatalement être surmené.
Sollicité par Arthur Meyer pour l'établissement d'un musée de cire, Grévin se consacre à cette œuvre, à laquelle il attache son nom et donne ses derniers rayons. Lassé de cette vie infernale, des attractions mondaines et des joies de Montmartre, Alfred Grévin s'était retiré à la campagne, aspirant au calme. Il habita vingt ans Saint-Mandé, et s'éteignit en mai 1892, terrassé par une congestion cérébrale ,
La Presse de l'époque au moment de son décés
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"Grévin avait adopté une très particulière silhouette de femme, pimpante et sémillante, grêle de formes, à l'œil prompt, au nez troussé, à la mine hardie, en laquelle il avait pour ainsi dire incarné l'aventure parisienne. Qu'il la dessinât à la plume ou au crayon, qu'il la représentât seule ou accompagnée d'un bout de légende malicieuse, on saisissait à première vue le modèle et la signature. Il en avait fait un type, un caractère du temps, une expression de mode fort significative. Un GREVIN ! On reconnaissait dans ce seul mot l'élégance moderniste, l'allure engageante, la grâce coquette assaisonnée d'un grain de perversité, le chic enfin qui en était le cachet habituel … " - Frédéric Loliée: " La Nouvelle Revue " 1er Janvier 1892
La presse le salua au moment de son décès : « Grévin fut le poète de la Parisienne moderne, dont il sut mieux que personne fixer la piquante silhouette. (...) Ce petit peuple enjuponné du Paris des rues, c'est le bien propre de Grévin. Il a su fixer d'un trait les allures provocantes, en souligner, d'un mot cinglant comme un coup de cravache, l'insouciance bohème et la cynique naïveté. Qui n'a dit en voyant passer une d'elles : "Un Grévin !" »
(Les Annales : 15 mai 1892.)
Alain Elie