NOUVELLES DU 18 EME

Publié le par LEPIC ABBESSES

Les vendeurs à la sauvette
et les biffins, vus de Dakar, Sénégal

Ecovision - Par Amadou Fall : L’équation du commerce urbain informel
 


Les temps ont vraiment changé, et les marchands ambulants avec. Elles sont loin derrière ces années

où, les épaules lourdement chargées de produits de tous ordres, ils allaient par monts et par vaux,

parcourant des kilomètres et des kilomètres à pied, pour approvisionner les consommateurs des villes

comme des villages les plus excentrés. Avec la floraison des boutiques et de marché quasiment partout

et les facilités d’approvisionnement offerts par les moyens modernes de transport et de distribution,

les colporteurs de maintenant ont plutôt tendance à se sédentariser sur les trottoirs des artères

les plus fréquentées et aux abords des zones commerciales patentées de la capitale et

des grandes villes de l’intérieur.

Le phénomène n’est pas propre à Dakar et aux autres capitales et villes africaines.

Il a également pignon sur rue dans les grandes cités occidentales où il n’est pas le

seul fait des émigrés. Il y occupe de plus en plus de nationaux, des jeunes et des

moins jeunes, qui n’ont d’autres alternative de vie ou de survie que le commerce

à la sauvette. Le dénominateur commun de ces « ambulants » d’ici et d’ailleurs,

c’est leur refus de rester les laissés pour compte du développement. Tous cherchent

à sortir de la marginalité, de la misère dans laquelle la répétition des crises tend

à confiner un nombre croissant de monde. L’histoire leur enseigne que de richissimes

 

personnes ont fait fortune en partant de rien, ou en débutant dans les affaires comme

ils sont en train de le faire.

Mais les marchands ambulants qui tendent à sédentariser sur les trottoirs des artères

qu’ils squattent sont dans une situation de concurrence difficilement supportable par

les commerçants officiellement établis au

x mêmes endroits. Ne supportant quasiment pas de charge, ils pratiquent des prix

que ne peuvent s’autoriser leurs concurrents formels. Ils ont une clientèle très

importante, car autant le commerce de rue est une réponse informelle au chômage

qui, dans les villes africaines et d’ailleurs, étouffe la jeunesse ; autant il permet aux

revenus fortement amoindris par la crise d’acheter, à des prix plus abordables que

sur le marché régulier, du petit électroménager, de l’habillement, des pièces détachées,

de la nourriture, des produits normalement fabriqués ou contrefaits dans certains pays

émergents, des choses parfois trouvées, récupérées où « tombées du camion », pour dire

« volées » comme les loubards français. Ensuite, les populations riveraines se plaignent

partout des débordements du commerce informel du fait de toutes les nuisances qui lui

son inhérents : insalubrité, insécurité, pollution sonore, obstruction d’accès, détérioration

de biens privés et publics, etc.

La solution ? En France, un amendement Ump, adopté au Palais Bourbon, sanctionne

les vendeurs à la sauvette qui sont passibles de six mois d’emprisonnement et

de 3.750 euros d’amende. Mais rien n’y fait, le nombre de ces marchands prompts

à remballer leur camelot et à s’évanouir dans la nature urbaine ne cesse d’augmenter.

Et il est impossible d’en endiguer le flot, à moins de placer un policier ou un gendarme

derrière chacun de ces fuit-la-misère. Une idée à la teneur plus avenante a été mise en

œuvre dans le 18ème arrondissement parisien, consistant à aménager un espace d’insertion

et de vente solidaire, un « Carré des biffins » exclusivement réservé aux seuls vendeurs à la

sauvette domiciliés dans la zone, et à la condition qu’ils s’engagent à accepter un

accompagnement social.

Une démarche similaire est en cours dans la capitale sénégalaise où la principale difficulté

est présentement de trouver un espace viable où caser les marchands ambulants.

Mais arriverait-on à dénouer cette question que l’équation du commerce informel

dans les rues de Dakar risquerait de demeurer entière. Il n’est pas sûr que les

trottoirs libérés par les vendeurs à la sa

uvette délocalisés ne seront pas réoccupés, de la même manière, par une nouvelle vague.

Faudra-t-il alors ouvrir, encore et encore, des sites d’accueil et de regroupement,

jusqu’à transformer

la capitale en une constellation de petits souks ?

Toute la solution n’est assurément pas là. Le commerce, de quelque nature qu’il soit,

est assurément le plus vieux métier du monde, et il s’exercera tant

qu’il y aura de la vie. Mais tout le monde ne peut et ne doit être commerçant.

Et il ne faut pas perdre de vue que la grande majorité des personnes

qui exercent dans le commerce urbain informel sont des ruraux, des agriculteurs par essence.

Leur retour à la terre, en grand nombre, est dans l’ordre du possible, à la condition

que les bases idoines soient largement posées pour eux, en termes d’accès

à la terre, de maîtrise de l’eau, de modernisation des outils et techniques culturaux

et financement. C’est ce chantier déjà ouvert qu’il faut intensifier.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article