NOUVELLES DU 18 EME

Publié le par LEPIC ABBESSES

Vivian Daval peint les encombrants et pourfend les déchets

par Philippe Bordier

Écolo dans l’âme, artiste plasticien, Vivian Daval recouvre les encombrants du 18e arrondissement de Paris d’une délicate couleur dorée. Objectif : sensibiliser les citoyens à la gestion des déchets et poursuivre un travail personnel, à la croisée de la photographie et de la peinture.

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Vivian Daval estime que la propreté, c’est avant tout une question d’éducation.

Quand Vivian Daval part en balade dans le 18e arrondissement de Paris, il emporte son appareil photo et un sac à dos, dans lequel il a placé des bombes de peinture couleur dorée. Plasticien, photographe et peintre, ouvrier de l’image, le jeune homme n’a actuellement qu’une obsession : peindre en or les encombrants, mobiliers ou éléments de décoration, jetés sur les trottoirs. « C’est la couleur idéale, explique l’artiste. J’ai essayé, le vert, trop écolo. Le noir, mais il ne se voit pas. Le doré, lui, n’existe pas naturellement. Il saute aux yeux. »

Vivian Daval déteste le gaspillage et traque le déchet. « On en trouve à tous les coins de rue, dans le 18e comme ailleurs et surtout dans les quartiers populaires. On finit par ne plus les voir. Les peindre permet de sensibiliser les citoyens à cette question. » La haine du déchet prend racine dans la petite enfance de Vivian Daval : « Un jour, je devais avoir quatre ou cinq ans, j’ai eu le malheur de jeter un emballage de bonbon à terre. Je n’oublierais jamais les réprimandes de mes parents. » Pour lui, la propreté, c’est avant tout « une question d’éducation ». Et de préciser : « Le recyclage et le tri sélectif des déchets sont déterminants dans une société de consommation. »

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« Peindre les encombrants est un moyen pour sensibiliser les citoyens à la gestion des déchets, » estime le photographe.

Né à Nancy voilà trente ans, habitant du 18e depuis une dizaine d’années, Vivian Daval, pratique son « art de la rue », comme il dit, en pleine lumière, sans se cacher. « Un policier m’a interrompu en plein travail voilà quelque temps, raconte-t-il. Il a voulu me coller une amende car des gouttes de peinture tombaient sur le trottoir. Je lui ai répondu être d’accord pour payer le PV, à condition qu’il retrouve le riverain qui avait déposé l’objet illégalement sur la voie publique. Il a tourné les talons. »

C’est le volet travaux personnels d’un photographe et réalisateur vidéo qui travaille aussi pour la publicité, le monde de l’entreprise et le business de la musique. Il place la photographie « dans la filiation directe de la peinture ». Pour lui, « c’est une recherche visuelle et esthétique, avant tout discours sur le réel ». Attaché à la photographie argentique, féru du procédé Polaroïd dont il peut retravailler les couleurs, Vivian Daval intervient dans les collèges et lycées pour sensibiliser les jeunes générations à des techniques en voie de disparition au profit du numérique.

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Vivian Daval peint les déchets en plein jour, sans se cacher.

Soucieux de populariser son travail auprès du plus grand nombre, le jeune homme est l’un des créateurs d’Images à louer, une agence de photographes qui propose au public d’acheter des photos originales en leasing (crédit-bail). « L’intéressé loue une image pendant trois ans, par exemple, détaille Vivian Laval, puis elle lui appartient définitivement. C’est une manière économique et originale d’investir dans l’art. » Les clichés des encombrants feront bientôt l’objet d’expositions. Petite consécration pour une performance initiée voilà deux ans : à l’époque, le garçon bombait systématiquement les déjections canines sur les trottoirs du 18e. En orange.

Sur le même sujet, lire aussi : 5760 tonnes d’encombrants ramassés dans le 18e en 2009

 

 

 

 

“ L'auteur doit céder la parole à son oeuvre. ”.
[Friedrich Nietzsche]

“ Je photographie ce que je ne désire pas peindre, et je peins ce que je ne peux pas photographier ”.
[Man Ray]

“ Qu'est ce qu'une oeuvre originale ?
Un plagiat pas encore détecté ”.
[William Inge]


Vivian Daval
41 rue de la Chapelle
75018 Paris
+33 (0)6 07 96 69 79

Vivian Daval











Autoportrait

Photographe de formation, il débute à Paris en tant qu’assistant pour plusieurs photographes et studios, puis élargit la palette de ses compétences à tous les domaines visuels : graphisme, vidéo, éclairage, peinture... et scénographe. Cela lui permettra d’organiser des expositions qui regroupent de jeunes photographes sous le nom d’« images à louer », tout en contrôlant le contenu et le contenant. Son univers photographique s’enrichit alors de ces expériences diverses, ainsi que de ses voyages à travers le monde.

De ces influences pluridisciplinaires, il garde le goût du travail pictural sur les supports et les matières. C’est une recherche visuelle et esthétique avant tout discours sur le réel Aujourd’hui il exploite ses différents travaux dans les domaines de la presse, catalogues, événementiels, pochettes de disque.

Il ressent également le besoin de transmettre son savoir en formant la jeune génération à la photographie argentique avant qu’elle disparaisse des mémoires. Il intervient dans les collèges et lycées en créant des projets artistiques au sein des établissements pour sensibiliser davantage la jeunesse à l’art.


Portrait réalisé par Vân Pham :

Photographie et peinture sont souvent considérées comme rivales. Aujourd’hui, la fille semble avoir surpassé l’aînée par son omniprésence, mais son statut en tant qu’art n’est admis que depuis peu.

Le travail de Vivian Daval retrace le lien entre ces deux champs artistiques et place la photographie dans la filiation directe de la peinture. Pour lui, « c’est une recherche visuelle et esthétique avant tout discours sur le réel ». La mémoire instantanée se trouve alors suspendue hors de son contexte. En fait, la réalité n’est qu’une matière première pour impressionner le film. Effets tachistes de l’émulsion périmée, transferts des substances sur le papier...

La photographie est exploitée dans sa nature chimique. Si l’inspiration de cet artiste prend sa source dans la peinture, l’oeuvre prend toute son ampleur par l’expérience photographique jusqu’au travail de sa substance. Grâce au procédé du Polaroïd, Vivian Daval affine sa démarche : « Ne pas avoir de négatif m’a fait prendre conscience de la rareté de l’image. Ainsi, comme un peintre fait naître sa toile de ses mains, je réalise chaque oeuvre en une pièce unique.

Dans cette société de consommation, tout objet subit l’industrialisation et la production de masse. L’image n’y échappe pas, elle est mâchée et très vite digérée. Je trouve important d’aller à l’encontre de cette vision. Il faut redonner la valeur aux choses par amour et par conviction. C’est pourquoi je contrôle toute la chaîne de travail d’une oeuvre et refuse toute duplication. »

 

 

5 760 tonnes d’encombrants ramassées dans le 18e en 2009

  par Geoffrey Bonnefoy

L’équivalent de 175 poids-lourds. Canapés éventrés, sommiers aux lattes cassées ou éviers brisés déposés dans les rues du 18e arrondissement de Paris, découvrez le travail des agents de la Propreté de Paris chargés de leur ramassage. Reportage. [Article mis à jour le 25 février 2010].

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Les canapés posés sur le trottoirs finissent irrémédiablement broyés

Étonnant, non ? Les encombrants ne disparaissent pas comme par enchantement. Chaque jour, ils sont collectés par l’un des 354 agents qui travaillent pour la Direction de la propreté et de l’eau. En 2009, 5 760 tonnes d’encombrants on ainsi été ramassés, pour moitié du dépôt sauvage, pour l’autre du dépôt « légal », c’est-à-dire que les particuliers préviennent via le 3975 ou le site encombrants.paris.fr.

Lundi matin, 7h00. C’est l’heure de la tournée de la broyeuse, comme on l’appelle. Une belle bête : plus de trois mètres au garrot, pour un volume de 16 m³, toute de verte vêtue et tatouée "PP" - "Propreté de Paris" - sur les flancs. De quoi faire des jaloux dans la catégorie poids-lourd. La broyeuse circule les lundis et mardis matins sur les grands axes du 18ᵉ arrondissement et récupère en priorité les encombrants déposés illégalement sur les trottoirs. À bord, le conducteur, Patrice, et deux "ripeurs", Jean-Philippe et Laurent. D’ordinaire, les deux ripeurs travaillent dans d’autres services : aux balais, ou à la conduite d’engins. Pour varier, ils embarquent régulièrement dans la broyeuse à la chasse aux encombrants.

Canapés, portes, éviers, sommiers, les ripeurs de la broyeuse récupèrent quasiment tout ce qui traîne. « Tout, sauf les appareils électro-ménagers, les gravats et les cartons. Ce sont d’autres collègues qui les ramassent. Ça nous permet de faire un premier tri », précise Laurent. Un deuxième tri sera ensuite fait. La broyeuse pleine ira déposer son chargement dans un centre spécialisé. « On peut se permettre de tourner aussi longtemps avec la broyeuse, sans polluer, car elle roule au gaz de ville. Son autonomie est d’un jour et demi environ, » précise Patrice.

L’avenir des objets ramassés, vous le connaissez déjà : ils finiront broyés et compressés sur place. « Le véhicule fonctionne avec un vérin hydraulique. Plusieurs tonnes de pression, » souligne Patrice, le chauffeur. Les canapés sont sectionnés en deux comme on coupe une plaquette de beurre mou, l’évier est, lui, pétri aussi facilement que de la pâte à modeler.

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Vue dans la caméra de contrôle de la broyeuse

8h30. Dans la broyeuse, entre deux descentes, on écoute les infos. Sujet principal du jour : la réforme des retraites. Après un premier « sans commentaires », les langues se délient. Tous sont contre travailler plus, mais ne se font guère d’illusions. « C’est mal barré » lance Jean-Philippe, 33 ans. Avec un salaire de 1500 euros, il s’attend à une retraite de 1100 euros par mois. C’est moins que la moyenne nationale, à 1288 euros. « Et puis, on est dehors tout le temps. Qu’il fasse beau, qu’il pleuve, dans la pollution, à manipuler des objets qui peuvent être lourds ». Pas question de se plaindre, mais il faut être réaliste. « Pour accéder à la cabine de la broyeuse, les marches sont hautes. À 35 ans, c’est faisable. Passés 55 ans, ça se complique... »

« Le 18e, c’est crade »
09h30. Vingt minutes de pause et un premier bilan : trois canapés, deux éviers, des tiroirs de commode, des bouts de bois, deux commodes, une porte, un sommier et deux matelas ramassés. La conclusion vient d’elle même pour Laurent : « le 18e, c’est crade. Les gens sont sales. Ils nous voient passer tous les jours, se disent que de toute façon, ce sera ramassé - c’est le cas -, alors ils jettent. »

Voilà pour le dépôt sauvage. Heureusement, dans l’arrondissement, il n’y a pas que çà. « De plus en plus de gens prennent le réflexe de nous contacter », via le 3975 ou le site internet de la mairie de Paris, confirme-t-on au centre opérationnel du 18ᵉ. L’opération est simplissime : un coup de fil ou un clic pour préciser la nature de l’encombrant, le jour et l’horaire de dépôt souhaité, et c’est tout. Le prix ? C’est gratuit. Plus besoin de se déplacer à la déchèterie.

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En moyenne, 4 jumpers d’encombrants sont récupérés chaque jour rien que dans le 18e

10h00. Changement de groupe. On embarque avec Raymond et Pascal à bord d’un « jumper ». Muni de la liste des encombrants déposés ce jour et des adresses de leurs emplacements, ils vont vérifier chacune d’entre elles et tout empiler à l’arrière. Ici, pas question de broyer, mais de trier avant de les déposer à la déchèterie, Porte de La Chapelle. « Avec des extras. Bien sûr que si ont tombe sur un dépôt sauvage on s’arrête et on le ramasse, » précise Raymond. Gravats, électroménagers, meubles en tout genre, fenêtres, carcasses de vélo et parfois de moto, il y a de tout.

Raymond et Pascal circulent depuis 7h00 ce matin dans l’arrondissement. À 10h00, le jumper est déjà bien chargé. Chaque jour, l’équipe du matin et de l’après-midi le remplisse en moyenne quatre fois ; près de 15 m³ de déchets en tout genre.

11h15. Direction la déchèterie, sous l’immense et bruyant échangeur de la Porte de La Chapelle. Le jumper est vidé, son contenu trié : les électroménagers d’un côté, la ferraille d’un autre. Un conteneur réservé aux gravats, et un autre au « tout-venant » pour les canapés et les matelas, notamment.

12h00. La journée se termine pour les équipes du matin. Celles de l’après-midi prendront bientôt le relais, avec les mêmes missions, passant bien souvent aux même endroits... avec de nouveaux encombrants déjà déposés. Un éternel recommencement.

Amendes
Ne vous fiez pas à ce que vous pouvez lire sur les camions. L’amende pour dépôt sauvage a été revue à la baisse, passant de 183 à 35 €. À condition, d’être pris : 1. en flagrant délit ; 2. de ne pas avoir le temps de se réfugier dans son immeuble. Les inspecteurs Insalubrité, bien qu’assermentés, non pas le droit de pénétrer dans une propriété privée. « L’amende n’est pas dissuasive, râle-t-on au centre opérationnel. Il y a des entreprises qui déposent des déchets, des gravats notamment : ça leur coûte moins cher que de faire appel à une entreprise privée. »

> Consultez la carte Google du reportage ici

Ramassage des encombrants
Via le 3975 ou le site internet encombrants.paris.fr
Dépôt entre 6h et 8h, ainsi qu’entre 12 et 14h, à l’endroit signalé.
Service gratuit

Déchèterie porte de La Chapelle
17 avenue de la porte de La Chapelle - 75018 Paris (sous l’échangeur)
01 40 37 15 90

 

 

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