NOUVELLES DU 18 EME

Publié le par LEPIC ABBESSES

Juillet 1942, la rafle
des juifs dans le 18e, témoignages

par Hélène

« La rafle », au cinéma mercredi 10 mars 2010, raconte l’histoire des 13 000 juifs arrêtés en juillet 1942 dans Paris, entassés au Vélodrome d’hiver, avant d’être transférés dans les camps d’extermination. Adolescente, Sarah Litmanovitch qui vivait dans le 18e arrondissement de Paris a vu ses parents arrêtés, déportés à Drancy, avant Auschwitz.

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Sarah Litmanovitch, dans son jardin, en banlieue parisienne.

Sarah avait 17 ans quand ses parents ont été raflés, l’un après l’autre, en juillet 1942 : sa mère à son domicile, son père dans la rue. Internés à Drancy puis déportés à Auschwitz, ils n’en revinrent pas.

« En juillet 1942, il faisait froid, raconte Sarah. Aux coups brutaux frappés à la porte, mon père courut se cacher sur le balcon ! Mais les agents en pèlerine voulaient seulement Madame Litmanovitch. Elle s’habilla et mit son gros manteau bleu. Elle alla sur le balcon et regarda en bas, avant de partir.

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Dessin : Sarah Litmanovitch.

Quelle était sa pensée à ce moment-là ?

En face il y avait un autobus entouré d’agents de police qui faisaient monter des gens, femmes, enfants et hommes. Sur le trottoir, une femme passa, tout droit, sans rien voir, en manteau et, sur la tête, une écharpe cousue qui formait un capuchon pointu : il faisait froid.

La veille, des bruits de rafle, de travail forcé, avaient couru... Mais on était en règle : le tampon, l’étoile, Monsieur Clapier, nommé par les Affaires Juives, pour gérer "l’entreprise", et on était en France depuis si longtemps...

Qu’entend-on ? Qui croire ? Que dit le Consistoire ? Il ne conseille pas : "ne répondez pas, partez, cachez-vous". Non. Il ne savait vraiment pas ce qui attendait les raflés ? Il craignait le pire... Quel pire ? Et dans le même temps, il ne fallait pas se faire voir. Des rumeurs parlaient de Vel d’Hiv... »

Le père de Sarah sera arrêté plus tard, rue Ramey. Engagée dans la résistance, la jeune fille survit dans la clandestinité. Elle se marie à la libération et, mère de deux filles, ne leur dit rien du destin de leurs grands-parents maternels… Jusqu’à ce qu’en 2000, à 75 ans, elle se décide enfin à raconter l’indicible en publiant un texte illustré de ses peintures « Devoir de Mémoire »

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L’escalier de la rue Muller, dessiné par Sarah dans son livre Devoir de Mémoire. Cliquez pour agrandir.

Sarah habitait 7 rue Ramey, où ses parents Isol et Bronia, émigrés nés en Russie, installèrent un atelier de broderies. Dans ses mémoires, elle raconte la vie du quartier : « C’était un quartier populaire d’ouvriers et d’employés calmes et industrieux. De nombreuses familles d’émigrés de l’Est, juives ou non, y vivaient. Rue Marcadet, il y avait plusieurs commerces spécialisés pour cette clientèle et à proximité, tous commerces de détails (confiseries et dépôts de lait MAGGI et HAUSER, avec livraison à 5 heures du matin !). Rue Calmel, le local des associations culturelles, politiques et philantropiques juives recevait adultes et enfants.

Les quatre premiers étages de notre immeuble comportaient deux appartements ; le cinquième, quatre logements ; le 6e, six locataires disposaient d’un seul poste d’eau et un W.C. à la turque ! Gare à la concierge ! De sa minuscule loge noire, elle surveillait, distribuait le courrier, les quittances de loyer, pouvait donner de bons ou de mauvais renseignements à la police, indiquait à son gré les logements vacants : il fallait être bien avec elle, généreux qu’on le puisse ou pas, et respectueux...

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Le 7, rue Ramey, dessiné par Sarah dans son livre Devoir de Mémoire. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Au 6e étage, le logement consistait en une pièce de 20 m² environ, mansardée, petite fenêtre, tomettes au sol, chauffé par un Godin nourri aux boulets de charbon qu’il fallait monter de la cave. Le placard-cuisine comportait une cuisinière en maçonnerie supportant un réchaud à gaz. Il renfermait tous les ustensiles de cuisine et de toilette ; l’eau était prise au robinet sur le palier et il n’y avait pas d’écoulement des eaux usées... Hygiène, vous avez dit hygiène ? Le lavage du linge ? Accumulé dans les placards des soupentes, il était lavé à la main, après ébullition dans "la barbote", au lavoir de la rue Bachelet.

Le brodeur Isol travailla, puis dirigea pendant plusieurs années l’atelier de Madame Babinger. La broderie était très à la mode et, en plus de son travail, il donna des cours du soir municipaux pour former des ouvrières. Puis il acheta une machine Cornely d’occasion et se mit à son compte, présentant des modèles créations aux confectionneurs et tricoteurs.

A quelques rues de là, la Maternelle de la rue André del Sarte, où l’on ne parlait que le français, recevait gratuitement tous les enfants. Tout près, dès 7 ans, à la Communale l’on pouvait batailler et gagner les premières places de la classe. Le beau carnet, le tableau d’honneur comptaient beaucoup dans la tradition juive pour la réussite scolaire et les études. Elle confortait les parents dans leur reconnaissance pour la générosité de la France, même à l’égard des émigrés. »

Les témoignages de Lazare Pytckowicz et Justine Mayeur
Les 16 et 17 juillet, c’est la rafle du Vel d’hiv’. « En l’espace de deux jours, témoigne Lazare Pytckowicz, l’opération "Vent printanier" provoqua l’arrestation de 12 884 personnes dont 2 033 dans le 18e arrondissement : 687 hommes, 924 femmes, 463 enfants. Mes parents, une de mes soeurs et moi-même en étions... eux n’en réchapperont pas. » Ce matin-là, Justine Mayeur*, qui prend comme d’habitude son service vers six heures et demie à l’hôpital Bretonneau, est témoin de la scène : « Il était environ six heures du matin. Un autobus attendait devant la mairie. Je revoie toujours une pauvre femme traînant son gosse, sa valise s’ouvre, toutes ses affaires sont par terre, le flic crie "allez-allez, on n’a pas l’temps, on n’a pas l’temps, dépêchez-vous", il l’empêchait de ramasser ses affaires, en la tirant par les cheveux... C’était affreux ».

*Justine Mayeur, infirmière à l’hôpital Bretonneau, résistante de la première heure, ex-maire adjointe du 18e libéré.

Extrait de : Je me souviens de Montmartre
Renaud Siegmann
Editions Parigramme

 

 

 

 

Renaud Siegmann

Je me souviens de Montmartre

Parigramme, 1997


"Il y a plus de Montmartre à Paris que de Paris à Montmartre !"
[Formule attribuée aux carriers du XIX° siècle, faisant allusion au plâtre extrait de la Butte qui servit à édifier la plupart des immeubles de la capitale.]

Ne croyez pas que Montmartre n’existât que dans la tête de quelques fous. Les photos sont là, elles prouvent ! et les récits, les anecdotes, les plaques du cimetière Montmartre, sous le pont qui mène à la Place de Clichy. Pour s’en convaincre, il faut lire, contempler et butiner Je me souviens de Montmartre, un super livre destiné à tous ceux qui vivent, ont vécu ou aimeraient vivre – rien qu’une journée ou toute leur vie – sur la butte la plus célèbre du monde. La plus belle aussi, la plus poétique, la plus chargée d’histoire, celle où l’esprit popu a toujours cotoyé les plus grandes âmes.

Images choc. Voir la rue Caulaincourt en travaux, barrée de barricades ou parcourues par les chevaux. Les Nazis sur les marches du Sacré-Coeur, double blessure pour les habitants de la Butte. Le Maquis, repère des bohèmes, des apaches, des chiffonniers, des ermites et des saltimbanques. Poulbot y vécut quelques années, au début du siècle que nous venons de quitter. Vers la fin de la Belle époque, presque toute entière résumée par les peintres de la Butte – dont Toulouse-Lautrec est le plus célèbre représentant, le Maquis fut détruit. C’était un peu avant que la grande guerre vide le lieu de ses habitants, comme un peu partout en France. Il fallait faire de la place aux beaux immeubles, Haussmanien après l’heure. Les habitants de Montmartre avaient résisté pendant plusieurs décennies aux grands travaux d’aménagement urbain, évitant quelques crimes majeurs, dont le principal consistait à couper la butte en deux par un boulevard qui aurait relié le nord et le sud de l’arrondissement. Regroupés au sein de la Commune libre de Montmartre, les citoyens de la Butte défendront leur quartier becs et ongles, comme en 1871 ils luttèrent contre les Versaillais, qui tuèrent la Commune sous les ordre de Thiers et le regard amusé de Bismarck.

Tristan Tzara, Céline, Dalida, Marcel Aymé, Pierre Dac, Gérard de Nerval, Verlaine, Van Gogh, Picasso, Chagall, Piaf, Brassens, Henry Miller : de siècle en siècle, de la rue Lepic à la rue Lamarck, des bars aux marchés, les poètes, les peintres, les artistes en tous genres se parlent en écho, dans des rues qui conservent le souvenir de ces épopées artistiques. Ça remonte à loin. Henri IV venait sur la Butte pour conter fleurette à ses maîtresses, Napoléon venait y admirer Paris, en stratège averti. Georges Clémenceau y débuta sa carrière de médecin, rue Capron. Il devint maire de Montmartre après la guerre de 1870.

De Pigalle à la Mairie du XVIII°, de la place de Clichy à Barbès, Montmartre est là, figé dans une époque incertaine, résonnant encore de la folie des fêtes lointaines et des chansons données au monde, et à ses révolutionnaires. Ici fut composé Le temps des cerises en tête, par Jean-Baptiste Clément, montmartrois dans l’âme et maire de la Commune en 1871. Montmartre demeure, malgré les touristes et les bagnoles, un des plus beaux endroits du monde. De la rue du Poteau aux Abbesses, vous ne regretterez pas la ballade.

 

 

 

"La Rafle" du Vel’ d’Hiv’ : Séances sous-titrées et


Ce mercredi 10 mars 2010 sort sur les écrans "La Rafle" de Roselyn Bosch, avec dans les rôles principaux Gad Elmaleh, Mélanie Laurent et Jean Réno. Pour la première fois, un film relate la rafle du Vel d’Hiv, survenue à Paris le 16 juillet 1942. Le parti pris est clair : « Tous les personnages du film ont existé. Tous les événements, même les plus extrêmes, ont eu lieu cet été 1942 ».

Séances sous-titrées (pour malentendants) et audio décrites (pour les malvoyants).
Gaumont Marignan (27 av des Champs Elysées – 75008 Paris)
Tous les jours séances sous-titrées à 14h

L’Arlequin (76 rue de Rennes – 75006 Paris)
Tous les jours séances sous titrées et audio décrites à 11h

MK2 Quai de Seine (Quai de Seine – 75019 Paris)
15 séances sous-titrées dans la semaine
www.mk2.com

Le scénario

Le film relate l’histoire de Joseph (joué par le jeune Hugo Leverdez), un petit garçon juif âgé de onze ans. Un matin de juin 1942, il doit aller à l’école, une étoile Jaune cousue sur sa poitrine... .

Il reçoit les encouragements d’un voisin brocanteur. Les railleries d’une boulangère. Entre bienveillance et mépris, Jo, ses copains juifs comme lui, leurs familles, apprennent la vie dans un Paris occupé, sur la Butte Montmartre, où ils ont trouvé refuge. Du moins le croient-ils, jusqu’à ce matin de 16 juillet 1942, ou leur fragile bonheur bascule...

Du Vélodrome d’Hiver, où plus de 13 000 raflés sont entassés, au camp de Beaune-La-Rolande, de Vichy à la terrasse du Berghof, La Rafle suit les destins réels des victimes et des bourreaux.

 

 

 

 

« On a marchandé les enfants »


Son film revient sur la tragédie du Vel d'Hiv : 13 000 juifs, dont un tiers d'enfants, livrés par la police française

  

Le 16 juillet 1942, à Paris, la police française embarque 13 000 juifs, dont 4 051 enfants, qu'elle entasse dans le Vélodrome d'Hiver, avant de les déporter dans des « camps de transit » français, ultime étape vers Auschwitz. La rafle dite « du Vel d'Hiv » est la plus importante rafle de juifs réalisée en Europe. 25 personnes seulement en sont revenues.

Rose Bosch, prénom de victime et homonyme de bourreau, revient sur leur parcours funèbre. C'est son second film. La scénariste de « Bimboland » était passée derrière la caméra avec « Animal », un thriller américain déjà obsédé par le mal absolu : un biologiste y expérimentait la violence en s'injectant l'ADN d'un serial killer.

Cette « rafle » a-t-elle un écho particulier dans votre vie ?

Je ne suis pas juive. Mais l'Holocauste a une résonance universelle. Mon père a été interné, en tant qu'anarchiste catalan dans les camps de Franco. Il s'est évadé, comme Joseph Weismann dont « La Rafle » est l'histoire.

Pourquoi le Vel d'Hiv ?

Le cinéma n'a jamais parlé frontalement de cette histoire. Elle apparaît, en toile de fond, dans « Monsieur Klein » de Losey et « Les Guichets du Louvre » de Michel Mitrani. Je voulais la prendre à bras-le-corps de A à Z, du 6 juin 1942, jour du port de l'étoile, jusqu'à la fin août où sont partis les convois.

Je souhaitais surtout montrer le camp de Beaune-La-Rolande, dans le Loiret. Trop de personnes ignorent qu'il y a eu de tels camps sur le sol français.

Je prends le pari que les gens vont apprendre des choses. Comme l'existence d'un fichier juif. Ou qu'il y a eu en 1942, une enquête des Renseignements Généraux sur ordre de Pétain et Laval, pour savoir ce que les Français penseraient en cas de déportation des juifs vers l'Allemagne.

Résultat du sondage : « nos concitoyens ne sont pas assez antisémites pour tolérer la déportation massive des juifs de France ». On ne peut que se réjouir de la désobéissance des Français qui, le jour du Vel d'Hiv, ont caché et sauvé plus de 10 000 juifs.

Le raconter à travers le regard d'un enfant, n'est-ce pas tirer vers le mélo ?

On dit qu'il n'ya pas de victimes plus « victimes » que les autres. Je ne suis pas d'accord avec cette théorie. Cette barbarie, qui est tombée sur les enfants, est de surcroît le fruit d'un marchandage humain. Le gouvernement de Vichy est allé au-devant de la demande des Allemands qui, au départ et pour des raisons « techniques », ne voulaient pas d'enfants. La police collaborationniste française, incapable d'honorer son quota de 23 000 juifs, a proposé d'embarquer les enfants, les malades des hôpitaux, tout le monde…

Comment avez-vous connu Joseph Weismann, dont vous racontez l'hiloire ?

J'avais une idée très précise de l'histoire à raconter. Je voulais qu'elle commence à Montmartre, où vivait une communauté juive très importante, d'origine modeste, qui a « fourni » 800 enfants. Le producteur du film, Ilan/Alain Goldman, est originaire de Montmartre. Ses parents ont échappé à la rafle. J'ai cherché, sans espoir, le destin d'un enfant qui a pu s'extirper de cette tragédie. Jusqu'à ce que je tombe sur une cassette de l'émission «La Marche du siècle».

Dans son témoignage, Joseph Weismann, parle de ses 11 ans, de Montmartre où il a vécu, du Vel d'Hiv, de la gare d'Austerlitz, du camp du Loiret, de son évasion sous 5 mètres de barbelés avec un autre petit gars. Il terminait par ces mots : « Personne n'osera en faire un film. On est hors de l'humain».

Propos recueullis par David S. Tran

Une leçon d'histoire, pas de cinéma

Le sujet et rien d'autre. L'indispensable témoignage du film de Rose Bosch suffit-il à le placer au-delà d'un sentiment de gâchis? Certes, il y a les faits historiques, qu'elle illustre avec une ardeur qui, forcément, remplit son office en étranglant de douleur et de tristesse. Emotion garantie. Il y a aussi la responsabilité de la police française, qu'elle rappelle avec force. Et enfin, il y a « La Rafle » en tant qu'objet de cinéma. Et c'est là où ça coince. Si Rose Bosch passe, haut la main, l'examen du rappel historique, elle rate l'épreuve de création. Le compassionnel n'excuse ni la mise en scène convenue ni la caractérisation appuyée. La commerçante antisémite est forcément grosse et mal maquillée. Les enfants sont de véritables angelots (le coup du « ils vont faire du mal à mon nounours ?» est d'une complaisance lacrymale intolérable). L'apparition d'Hitler, inutile et maladroite, est presqu'aussi (involontairement) drôle que le «Nein Nein Nein!» du récent Tarantino. Enfin, quitte à faire un film vrai et choc, pourquoi ces invraisemblances (qu'il est facile de faire passer des paquets dans le camp truffé de miradors !) et cette fin presque rassurante ? Rose Bosch est pourtant catégorique : « Aucun des 4051 enfants du Vel d'Hiv (qui sont montés dans les trains) n'est revenu ».

Le 7 rue Ramey,
Paris 18e arrondissement, 1942

  par Hélène

Régulièrement, dixhuitinfo présente des clichés de François Gabriel, qui photographia, au début du XXe siècle, les Montmartrois sur les escaliers de la rue Muller, dans le 18e arrondissement de Paris. Hélène, sa petite fille, a retrouvé des photos de Sarah, 17 ans en 1942, qui habitait rue Ramey, avant que ses parents ne soient déportés vers les camps de concentration. Contribution et témoignage.

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La petite Sarah, signalée par une croix au crayon, entourée de ses parents, sur les escaliers de la rue Muller. Cliquez sur la photo pour l’agrandir.

Les photos prises sur les escaliers de la rue Muller par mon grand-père François Gabriel se retrouvent dans les archives familiales et apparaissent parfois au détour d’un livre déniché dans une bibliothèque : « Images de la mémoire juive » (1) présente huit photographies, prise de 1926 à 1936, d’une petite fille, Sarah, et de ses parents.

Sarah avait 17 ans quand ses parents ont été raflés, l’un après l’autre, en juillet 1942 : sa mère à son domicile, son père dans la rue. Internés à Drancy puis déportés à Auschwitch, ils n’en revinrent pas. Engagée dans la résistance, Sarah survit dans la clandestinité. Elle se marie à la libération et, mère de deux filles, ne leur dit rien du destin de leurs grands-parents maternels…

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La petite Sarah, signalée par une croix au crayon, entourée de ses parents, sur les escaliers de la rue Muller. Cliquez sur la photo pour l’agrandir.

Jusqu’à ce qu’en 2000, à 75 ans, elle se décide enfin à raconter l’indicible en publiant un texte illustré de ses peintures « Devoir de Mémoire » (2). Elle se consacre désormais à témoigner, en particulier à travers une exposition de peintures « Mémoires libres » organisée par l’Atelier d’arts Plastiques de Maurepas, en banlieue parisienne, à l’initiative de sa fille aînée Francine. Et si la Mairie du 18ème accueillait cette exposition d’une « enfant du quartier » ?

Sarah habitait 7 rue Ramey, où ses parents Isol et Bronia, émigrés nés en Russie, installèrent un atelier de broderies. Dans ses mémoires, elle raconte la vie du quartier :

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L’escalier de la rue Muller, dessiné par Sarah dans son livre Devoir de Mémoire. Cliquez pour agrandir.

« C’était un quartier populaire d’ouvriers et d’employés calmes et industrieux. De nombreuses familles d’émigrés de l’Est, juives ou non, y vivaient. Rue Marcadet, il y avait plusieurs commerces spécialisés pour cette clientèle et à proximité, tous commerces de détails (confiseries et dépôts de lait MAGGI et HAUSER, avec livraison à 5 heures du matin !). Rue Calmel, le local des associations culturelles, politiques et philantropiques juives recevait adultes et enfants.

Les quatre premiers étages de notre immeuble comportaient deux appartements ; le cinquième, quatre logements ; le 6e, six locataires disposaient d’un seul poste d’eau et un W.C. à la turque ! Gare à la concierge ! De sa minuscule loge noire, elle surveillait, distribuait le courrier, les quittances de loyer, pouvait donner de bons ou de mauvais renseignements à la police, indiquait à son gré les logements vacants : il fallait être bien avec elle, généreux qu’on le puisse ou pas, et respectueux...

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Le 7, rue Ramey, dessiné par Sarah dans son livre Devoir de Mémoire. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Au 6e étage, le logement consistait en une pièce de 20 m2 environ, mansardée, petite fenêtre, tomettes au sol, chauffé par un Godin nourri aux boulets de charbon qu’il fallait monter de la cave. Le placard-cuisine comportait une cuisinière en maçonnerie supportant un réchaud à gaz. Il renfermait tous les ustensiles de cuisine et de toilette ; l’eau était prise au robinet sur le palier et il n’y avait pas d’écoulement des eaux usées... Hygiène, vous avez dit hygiène ? Le lavage du linge ? Accumulé dans les placards des soupentes, il était lavé à la main, après ébullition dans "la barbote", au lavoir de la rue Bachelet.

Le brodeur Isol travailla, puis dirigea pendant plusieurs années l’atelier de Madame Babinger. La broderie était très à la mode et, en plus de son travail, il donna des cours du soir municipaux pour former des ouvrières. Puis il acheta une machine Cornely d’occasion et se mit à son compte, présentant des modèles créations aux confectionneurs et tricoteurs.

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La Mansarde, dans l’appartement de Sarah et de ses parents, utilisé aussi par son père comme atelier de couture. Cliquez pour agrandir la photo.

A quelques rues de là, la Maternelle de la rue André del Sarte, où l’on ne parlait que le français, recevait gratuitement tous les enfants. Tout près, dès 7 ans, à la Communale l’on pouvait batailler et gagner les premières places de la classe. Le beau carnet, le tableau d’honneur comptaient beaucoup dans la tradition juive pour la réussite scolaire et les études. Elle confortait les parents dans leur reconnaissance pour la générosité de la France, même à l’égard des émigrés. »

(1) Images de la mémoire juive
Immigration et intégration en France depuis 1880
Préface de Georges Charpak
Association Mémoire juive de Paris & Editions Liana Levi 1994
(réédité en format poche en octobre 2009).

(2) Devoir de Mémoire
Sarah Chaumette
Editions "ça presse"
Mai 2002.

Le diaporama ci-dessous présente des peintures réalisées par Sarah Chaumette et sa fille Francine Playe, dans le cadre de l’exposition "Mémoire Libre", qui rassemble un collectif d’artistes de l’Atelier d’arts plastiques de Maurepas, en région parisienne.

 

 

 

 

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