NOUVELLES DU 18 EME

Publié le par LEPIC ABBESSES

Poursuivie pour avoir situé son polar au Marché Saint-Pierre

Jusque-là, aucun cinéaste ou romancier n'avait été attaqué parce qu'il faisait sauter son héros du haut du pont de la Tournelle avant d'assassiner la moitié de ses personnages à la gare de l'Est.

Dans le « Da Vinci Code », le conservateur du musée du Louvre se fait assassiner. Le film de Jean Mitry, « Enigme aux Folies Bergères », raconte des meurtres mystérieux dans la salle de spectacle du même nom et Gaston Leroux transforme l'Opéra Garnier en « maison hantée » dans son roman « Le Fantôme de l'Opéra ». Le point commun de ces trois œuvres et d'une centaine d'autres se déroulant dans des lieux réels : aucune n'a été attaquée en diffamation.

Lalie Walker, auteure de roman noir, elle, se voit poursuivie pour diffamation et injure pour avoir situé l'intrigue de son dernier polar au Marché Saint-Pierre, dans le XVIIIe arrondissement de Paris.

Couverture du polar Au malheur des dames de Lalie Walker« Aux Malheurs des dames », publié à l'automne 2009, débute avec la disparition de Violette, une caissière du Marché Saint-Pierre. Une curieuse odeur de brûlé, une autre disparition, des poupées vaudous clouées aux portes du magasin, le comportement étrange de ses directeurs… Telle est l'étrange atmosphère qui règne dans ce vieux marché parisien.

Atmosphère imaginée par Lalie Walker qui prend soin, en ouverture de son roman, d'avertir :

« Si le Marché Saint-Pierre existe bel et bien, si certains éléments proviennent de flâneries et de rencontres sur le terrain, tout ici est fiction, car seul l'espace de la fiction pouvait me permettre d'aller fouiller dans certains recoins de la psyché humaine.

C'est donc ma vision du Marché Saint-Pierre, lieu hautement réputé et visité, que je livre ici, et qui me sert d'unité de temps et de lieu romanesque. »

« C'est de la diffamation ! »

Village d'Orsel, gestionnaire du Marché Saint-Pierre (propriété de la famille Dreyfus), ne l'entend pas ainsi. Les propriétaires de la marque « Marché Saint-Pierre » ont fait citer à comparaître le fondateur des éditions Parigramme, François Besse, ainsi que Lalie Walker. Ils réclament l'arrêt de toute distribution de l'ouvrage, son retrait de chaque point de vente, et deux millions d'euros de dommages et intérêts.

Contacté par Rue89, Robert Gabbay, directeur général de la société, s'est montré très agacé :

« Ce livre cite notre marque ! C'est une marque déposée ! Ce site est protégé ! On ne touche pas et on ne parle pas du Marché Saint-Pierre sans l'autorisation du propriétaire et du dirigeant. C'est n'importe quoi, c'est de la diffamation. »

Une vengeance ?

La longue lecture de la citation directe devant le tribunal correctionnel nous apprend que la direction du Marché Saint-Pierre n'attaque pas uniquement l'auteure et son éditeur mais également deux anciens salariés de l'entreprise, Philippe et Hélène Madgelonnette.

Licencié en 2006, ce couple a manifesté quotidiennement devant le magasin pour protester contre son licenciement durant trois ans. Selon l'assignation, il ne fait pas de doute aux yeux de la direction que :

« L'auteur est manifestement téléguidé par Monsieur et Madame Magdelonnette, animés d'un sentiment de haine et de vengeance à l'endroit de Messieurs Elbaz et Gabbay et du désir de voir péricliter le magasin. »

Lalie Walker (DR)« Je ne les ai jamais rencontrés, je ne connaissais même pas leur histoire », répond Lalie Walker. Son éditeur, François Besse, confirme :

« Ce rapprochement est abusif. Ni l'auteur, ni moi ne les connaissons. Nous ne les avons jamais vus. Et puis il ne s'agissait pas de l'intention du livre. Ce n'est pas une enquête journalistique sur la situation sociale du Marché.

C'est un polar, une fiction ! Un tel mécanisme, écrire un livre téléguidé par d'anciens salariés pour se venger, supposerait une mécanique incroyable ! »

Une fiction peut-elle être injurieuse ?

A cette accusation s'ajoute celle d'avoir écrit un livre à charge contre le magasin de tissus à cinq étages et ses patrons. S'appuyant sur des passages du roman totalement fictifs, Village d'Orsel accuse :

« Cela constitue une diffamation comportant un aspect aggravant, consistant à atteindre l'honneur et la considération des requérants et dont l'objectif est de nouveau de chercher à faire fuir la clientèle. »

A titre d'exemple, cet extrait est considéré comme injurieux :

« Des bruits couraient chaque jour avec un peu plus de frénésie et de virulence, à propos d'étranges poupées en tissu clouées aux portes et contre les bois des étagères. Les frères Michel auraient reçu des lettres anonymes et des menaces de mort. Violette Margelin aurait été kidnappée pour leur faire cracher leurs supposés millions… »

Plus loin, lorsque Lalie Walker faire dire à l'un de ses personnages que les frères Michel, propriétaires fictif du magasins, seraient les kidnappeurs, les propriétaires réels s'offusquent :

« Ces faits d'enlèvements de femmes imputés aux dirigeants de la société Marché Saint-Pierre sont des propos diffamatoires, ruinant à l'honneur et la considération des requérants. »

Il serait trop long de citer tous les extraits reprochés à l'auteur, tant ils sont nombreux.

Pas de confusion possible

Guillaume Sauvage, avocat spécialisé en droit de la communication, se dit très surpris :

« Le livre a été publié chez Parigramme, dans la collection Noir 7.5. Comme le nom de la collection l'indique, il s'agit bien évidemment d'un thriller fictionnel. Un avertissement le rappelle au début de l'ouvrage.

Il peut y avoir diffamation, y compris dans la fiction mais le critère, c'est quand il peut y avoir confusion entre le réel et la fiction. Quand on lit le livre, il ne peut pas y avoir de confusion possible. Aucun nom de personne réel n'est donné. Les dirigeants du magasin sont frères, ce qui n'est pas le cas dans la réalité.

Deux millions d'euros, c'est démesuré. Ça ne correspond ni à ce qu'on réclame, ni à ce qu'on reçoit dans des affaires de diffamation. »

Les références à des lieux dans des fictions doivent-elles être soumises à l'approbation de leur propriétaire ? Pour pouvoir citer le Marché Saint-Pierre, faut-il n'en dire que « du bien » comme nous l'a suggéré un des directeurs ?

Lalie Walker se dit sonnée :

« Je suis allée au Marché Saint-Pierre quelques fois mais j'ai écrit un roman. C'est entièrement fictif. J'ai installé mon imaginaire au Marché Saint-Pierre et à Montmartre. C'est comme si on reprochait à Léo Malet les histoires de Nestor Burma à Paris.

Je ne comprends vraiment pas ce que je viens faire là-dedans, à une telle hauteur financière. Cette histoire menace les auteurs, on va avoir du mal à faire notre boulot si on nous attaque pour nos fictions. »

Rue89 a lu le roman. Aucun rapport avec la réalité, même implicite, ne saute aux yeux. Sauf le lieu. François Besse (le fondateur de Parigramme) et Lalie Walker doivent se présenter devant les juges de la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris le 9 avril prochain.

 

 

 

 

La fiction… à quel prix ?

 

La fiction… à quel prix ?

 






Jeudi 4 mars
Menace d’interdiction pour Aux Malheurs des dames (voir communiqué de presse plus bas) paru chez Parigramme

Les réactions et les soutiens fusent depuis le communiqué de presse des éditions Parigramme.
Alors merci à tous ceux qui nous soutiennent. Ça fait du bien !

Pour information :
Un article de Zineb Dryef sur le site de Rue89
Le journal du 18è en ligne
La librairie La Griffe Noire et Gérard Collard
Onirik, un site qui avait déjà chroniqué Aux Malheur des dames
4decouv, le blog d’un baratineur de livres qui est aussi un fidèle ami et fan, Fredo, également modérateur d’un groupe de lecteur sur Facebook, À l’ombre de Lalie.
Le site de Claude Le Nocher, action-suspense.
Sur le site de Livre Hebdo Sur blog-slate
Les amis et confrères, au masculin et au féminin. Merci Arnaud, Marin, Laurent, Jean-Paul, Perrine, Marie, Nathaly, les Palois, Fanny, la liste à Mizio, et Francis Mizio of course !
Et tous les autres à qui je n’ai pas encore eu le temps de répondre.

A suivre donc.
LW

Communiqué de presse des Editions Parigramme, en date du 3 mars.

Aux malheurs des dames, un polar à deux millions d’euros !

Dans son roman publié en novembre 2009 aux éditions Parigramme, Lalie Walker noue son intrigue au marché Saint-Pierre, temple du tissu au mètre. Menaces, phénomènes étranges, enlèvements et meurtres nourrissent une peur contagieuse dont l’étau ne se relâche qu’avec l’issue finale. Tout est bien sûr fiction dans ce thriller haletant, personnages comme situations ; il n’échappe pas aux lecteurs que la butte Montmartre est ordinairement paisible et heureusement épargnée par les agissements de tueurs psychopathes. Le propre d’un roman est précisément d’inventer des histoires et d’animer des personnages de papier qui n’ont pas d’existence réelle ni même de rapport avec la réalité.
Mais les dirigeants du Déballage Dreyfus ne l’entendent pas de cette oreille, qui veulent faire interdire le livre et réclament pas moins de deux millions d’euros de dommages et intérêts.
Rendez-vous le 9 avril devant la 17e chambre du tribunal correctionnel.

Aux malheurs des dames … à lire avant qu’il ne soit trop tard !


De mon côté, j’avoue avoir été stupéfaite par la réaction des dirigeants du Déballage Dreyfus.
Au point que j’éprouve quelque difficulté à écrire depuis.
Au point que je m’interroge beaucoup à propos de ma propre liberté d’écrivain, précisément dans le domaine de la fiction.
Pour l’instant, je réfléchis à cette procédure judiciaire à venir, et aux questions qu’elle soulève d’ores déjà. Les commentaires viendront plus tard.

 

 

 

 

N'importe quoi ! Mais où est passée la liberté de création ?

Aux malheurs des dames, un polar à deux millions d’euros !

Dans son roman publié en novembre 2009 aux éditions Parigramme,
Lalie Walker noue son intrigue au marché Saint-Pierre, temple
du tissu au mètre. Menaces, phénomènes étranges, enlèvements et
meurtres nourrissent une peur contagieuse dont l’étau ne se
relâche qu’avec l’issue finale. Tout est bien sûr fiction dans
ce thriller haletant, personnages comme situations ; il n’échappe
pas aux lecteurs que la butte Montmartre est ordinairement
paisible et heureusement épargnée par les agissements de tueurs
psychopathes.

Le propre d’un roman est précisément d’inventer des histoires
et d’animer des personnages de papier qui n’ont pas d’existence
réelle ni même de rapport avec la réalité.

Mais les dirigeants du Déballage Dreyfus ne l’entendent pas
de cette oreille, qui veulent faire interdire le livre et
réclament pas moins de deux millions d’euros de dommages et intérêts.

Rendez-vous le 9 avril devant la 17e chambre du tribunal correctionnel.

Aux malheurs des dames… à lire avant qu’il ne soit trop tard !




Paris est sous copyright ! La création artistique va se faire de plus en plus difficile puisque le marché Saint-Pierre vient de porter plainte contre la maison d’édition Parigramme qui avait lancé une nouvelle collection, Noir 7.5, ayant pour sujet des polars se situant dans la capitale, dont Au bonheur des dames.

En effet, l’auteur Lalie Walker avait choisi de situer une partie de son intrigue au célèbre marché Saint-Pierre qui bénéficie d’une super réputation liée non pas à ses prix compétitifs (essayez le marché aux puces de Montreuil, pour cela) mais pour son choix plus que varié en terme de tissus pour vêtements, décoration d’intérieur en fait un temple de tous les jeunes artistes, fêtards, bobos ou originaux.

Le marché Saint-Pierre souhaite des dommages de 2 millions d’euros... Cela fait mal au porte-monnaie de Parigramme et mal aux futurs romans se servant de Paris en toile de fond...

Rendez-vous le 9 avril devant la 17e chambre du tribunal correctionnel, et en attendant, vous pouvez vous procurez le roman avant qu’il soit retiré des étagères...






La romancière Lalie Walker assignée en justice, avec son éditeur, pour un des ses livres ? Ça semble absurde, puisqu'il s'agit d'une œuvre de fiction. Dans l'interview qui suit, notre amie Lalie réagit en exposant la situation.LALIE-W2


Dans ton roman “Aux malheurs des dames”, publié en 2009 aux éditions Parigramme, l'intrigue a pour décor le marché Saint-Pierre, temple du tissu au mètre. Menaces, phénomènes étranges, enlèvements et meurtres nourrissent un suspense intense. Tout est fiction dans ce thriller, personnages comme situations, la butte Montmartre étant heureusement épargnée par les agissements de tueurs psychopathes. Le propre d’un roman est d’inventer des histoires, d’animer des personnages de papier qui n’ont pas d’existence réelle, ni même de rapport avec la réalité. Mais il semble que ce roman entraîne quelques complications ?

Lalie Walker : Effectivement, on peut parler de complications.

Lorsque j'ai été contactée par l'huissier correctionnel, je n'en croyais pas mes oreilles : diffamation… Ça m'a sonné.
Je ne prends pas ça à la légère.

J'ai répondu à la commande des éditions Parigramme, car ce projet d'une collection polar où les auteurs allaient pouvoir développer leurs intrigues (fictives rappelons-le) dans le Paris d'aujourd'hui était vraiment enthousiasmant.

Alors, trois mois plus tard, le fait de me retrouver face à cette situation qui menace mon travail, puisqu'il y a, en dehors des dommages et intérêts exorbitants – 2 millions d’euros - une demande d'interdiction de vente, c'est aussi inattendu que perturbant.

Lalie WALKER-2009 J'en éprouve une réelle difficulté à écrire. Soudain, c'est comme si chacun de mes mots pouvaient être déformés, et se retourner contre moi. Sans aucune paranoïa, simple répercussion. Comme je le disais plus haut, ça sonne. Ça remet brutalement en cause mon travail d’écrivain. Si les gens du réel tentent de vouloir prouver par voie judiciaire qu’ils sont "des personnages", ce qui n’est en l’occurrence absolument pas le cas, que faire ? Comment délimiter après ça les frontières entre fiction et réel ? Qu’écrire ? Et chez qui ? Car il y a aussi cette question, quel éditeur est capable de supporter ce type d’action qui semble devenir de plus en plus courante, sans doute en raison d’une vision du monde où l’on devient de plus en plus procédurier. Comme aux Etats-Unis.

Pourtant, on peut dire que tu était honorée et heureuse que “Aux malheurs des dames”parmi les sélectionnés du Prix SNCF du polar 2010 ?

Lalie Walker : Et je le suis toujours ! Si j’ai choisi ce quartier et ce décor des marchands de tissus, c’est bien parce que j’adore cet endroit où j’ai vécu pendant des années. Et je ne suis pas la seule, comme j’ai pu le constater lors de mes derniers salons, les lecteurs ont plaisir à retrouver ce lieu qu’ils ont un jour découvert et apprécié. En écrivant ce récit, je voyais donc l’intrigue policière s’inscrire en forme de clin d’œil sympathique.

Lalie WALKER-2010Quant au Prix SNCF du polar, nous savons bien dans le milieu que c’est important, que ça porte notre travail et que c’est un acte de reconnaissance qui compte. Il n’y a qu’à avoir la réaction des lecteurs de littérature noire qui m’ont immédiatement fait part de leur solidarité – concernant la procédure tant à mon encontre qu’à celle de mon éditeur – et de leur soutien en allant voter pour ce prix qu’ils connaissent bien. Le train, le voyage et la littérature noire, c’est une rencontre qui se décline à l’infini.

Tu viens également de publier chez Actes Sud/Actes Noir un nouveau suspense noir : “Les survivantes”. Quelques mots sur cette histoire ?

Lalie Walker : C’est l’histoire – fictive – d’une femme, Anne Boher, médecin légiste à Strasbourg, qui glisse dans l’irrationnel, elle qui est habituée au pragmatisme et à la rigueur de son métier. C’est une femme dont l’équilibre psychique se rompt sous diverses pressions – professionnelles, psychiques, familiales.

J’ai choisi Strasbourg qui est une belle ville, avec un centre-ville très agréable. J’avais besoin que mon personnage de légiste en vienne à voir tout de travers – que même ce qui est beau et doux lui devienne insupportable et laid. Si j’avais planté l’action dans une ville glauque, je n’aurais pas obtenu le bon contraste entre l’état de mon personnage et celui de la ville. Le lecteur aurait pu croire qu’Anne Boher glissait dans une sorte de psychose à cause du sale climat ou d’un environnement déprimant. Alors que les raisons viennent d’ailleurs.

Je travaille également autour des processus de culpabilité et d’exclusion, de l’incroyable difficulté pour certains individus à survivre, avec en fond les difficultés d’un milieu hospitalier harassé par une canicule bien pire que celle de 2003… puisque imaginaire !

Revenons à “Aux malheurs des dames” et à ce procès qui s'annonce. Comment peut évoluer la situation ?

LALIE-W3Lalie Walker : Je l’ignore... Un journaliste me demandait s’il n'aurait pas mieux fallu prendre contact avec les dirigeants du Marché Saint Pierre avant d’écrire mon roman.

Je suis romancière, je fais de la fiction, je ne vais pas enquêter au préalable (au risque pour le coup de laisser le réel envahir le champ fictionnel, ce qui n’est pas mon registre d’écriture dans le roman) ou demander l'autorisation ou la biographie des habitants d'un quartier sous le prétexte que je vais déployer une intrigue dans telle rue, tel décor. Autant faire des articles de presse ou du documentaire sinon.

J’enfonce un peu le clou sur cette question du fictif, mais ce n’est pas parce que j’installe mes romans dans telle ville ou tel décor emblématique que ce qui s’y passe en terme d’intrigue vient du réel. On me "reproche" habituellement d’être trop baroque, pas assez rigoureuse avec une certaine réalité… Il semble que cela ne suffise pas, ou plus.

Vais-je devoir me reconvertir à la science-fiction ?

(Ici, la chronique sur "Aux malheurs des dames")

Action-Suspense invite ses visiteurs à réagir dans les commentaires, sans agressivité. Donnez votre point de vue sur ces cas de romans entraînant des poursuites en justice. Lalie Walker a besoin de votre soutien.

Le Marché Saint-Pierre se fâche contre Parigramme

Publié le 03 mars 2010 par cc

 

Le célèbre marchand de tissus de la Butte-Montmartre attaque le polar de Lalie Walker et son éditeur Parigramme.

Le Village d’Orcel, société qui exploite le Marché Saint-Pierre, attaque pour diffamation les éditions Parigramme, leur fondateur François Besse et Lalie Walker, l’auteure d’Aux malheurs des dames.

Ils sont cités à comparaître le 9 avril devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris.

La célèbre enseigne de tissus au pied de la Butte-Montmartre ­– connue de générations de Parisiens – les poursuit pour “diffamation, injure, et préjudice pour atteinte à l’image”.

Elle réclame que “cesse toute distribution de l’ouvrage, son retrait de chaque point de vente, et deux millions d’euros de dommages et intérêts”.

Publié en novembre 2009, Aux malheurs des dames est un des trois premiers titres de la collection “Noir 7.5” dirigée par Olivier Mau, dont les romans ont pour cadre la capitale, version moderne des “Nouveaux mystères de Paris”.

Lalie Walker a choisi le 18e arrondissement et met en scène le mythique magasin, “temple du tissu au mètre”, en proie à des “lettres anonymes, menaces, étranges poupées de chiffon clouées aux portes, persistante odeur de brûlé dans les étages” et à la disparition de ses employés. L’héroïne, Rebecca Levasseur, mène l’enquête.

L’auteure a pris la peine de faire figurer l’avertissement suivant : “Si le Marché Saint-Pierre existe bel et bien, si certains éléments proviennent de flâneries et de rencontres sur le terrain, tout ici est fiction, car seul l’espace de la fiction pouvait me permettre d’aller fouiller dans certains recoins de la psyché humaine. C’est donc ma vision du Marché Saint-Pierre, lieu hautement réputé et visité, que je livre ici, et qui me sert d’unité de temps et de lieu romanesque”.

En 2007, un autre roman noir, Camino 999 de Catherine Pradier, publié par la petite maison Après la lune, avait été poursuivi devant la même chambre par l’Opus dei, qui a perdu le procès en appel.

 

 

 

 

Les malheurs de Lalie

Marché Saint-Pierre

 

 

Les vendeurs de tissus n’aiment pas les polars. Pas ceux du célèbre Marché Saint-Pierre en tout cas. Et c’est une auteure française et son éditeur qui risquent d’en faire les frais. L’histoire a tout du mauvais… polar. Tout commence en novembre dernier quand Lalie Walker publie Aux Malheurs des dames. Un roman, paru aux éditions Parigramme dans leur toute nouvelle collection intitulée Noir 7.5 qui, comme son nom l’indique, propose des livres dont l’action se déroule dans la capitale. Et voilà qu’aujourd’hui, on apprend que l’une des enseignes les plus connues du Marché Saint-Pierre, Déballage Dreyfus, attaque Lalie Walker et son éditeur pour “diffamation, injure, et préjudice pour atteinte à l’image”.

Cités à comparaître devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris, François Besse (le fondateur de Parigramme) et Lalie Walker doivent donc se présenter devant les juges le 9 avril prochain. Mais que leur reproche-t-on sinon d’avoir écrit et publié un bon polar ? J’avoue que ce genre d’affaire (on se souvient que l’Opus Dei avait tenter une action similaire contre l’excellent Camino 999 de Catherine Pradier en 2007 et avait perdu, heureusement) m’exaspère au plus haut point. Alors quoi, on n’a plus le droit d’écrire, de raconter des histoires qui se passent dans des lieux existants réellement ? Mais le polar est, par définition, ancré dans le réel !

Pire encore, non content d’attaquer pour diffamation et atteinte à l’image, Déballage Dreyfus, par l’intermédiaire de la société Le Village d’Orcel, réclame que cesse toute distribution de l’ouvrage, son retrait de chaque point de vente, et deux millions d’euros de dommages et intérêts. Rien que ça. Je ne sais pas si les dirigeants de cette institution du textile mesurent la portée d’une telle demande. Faire interdire un livre, cela s’appelle purement et simplement de la censure. Lalie Walker précise bien d’ailleurs, dans un avertissement au début de l’ouvrage :

“Si le Marché Saint-Pierre existe bel et bien, si certains éléments proviennent de flâneries et de rencontres sur le terrain, tout ici est fiction, car seul l’espace de la fiction pouvait me permettre d’aller fouiller dans certains recoins de la psyché humaine. C’est donc ma vision du Marché Saint-Pierre, lieu hautement réputé et visité, que je livre ici, et qui me sert d’unité de temps et de lieu romanesque.”

Ce roman, semble craindre le Marché Saint-Pierre, pourrait avoir des effets néfastes sur sa réputation (et son business ?). Voici comment l’éditeur le présente : la tension monte au Marché Saint-Pierre, temple du tissu au mètre. Lettres anonymes, menaces, étranges poupées de chiffon clouées aux portes, persistante odeur de brûlé dans les étages… Et bientôt des employées manquent à l’appel. Alors que la peur envahit les pentes de Montmartre, le brouillard s’épaissit. Qui peut bien être à l’origine de ces agressions : un concurrent malveillant, des prédateurs liés au Milieu, un fou… ? La police piétine, l’étau d’une construction implacable se resserre sur le Marché. Dans la psychose générale, Rebecca Levasseur prend l’enquête en main, arpentant les ruelles de la Butte, sondant les âmes et les consciences à la recherche des disparues. Saint Pierre, priez pour elles ! Bref, une intrigue et une action originales pour un thriller haletant. Je ne vois pas où est le mal. Et vous ?

Parigramme entend bien se défendre et a déjà réagit avec un communiqué dans lequel la maison d’édition explique affirme :

“Il n’échappe pas aux lecteurs que la butte Montmartre est ordinairement paisible et heureusement épargnée par les agissements de tueurs psychopathes. Le propre d’un roman est précisément d’inventer des histoires et d’animer des personnages de papier qui n’ont pas d’existence réelle ni même de rapport avec la réalité.”

Quant à la principale intéressée, Lalie Walker, elle fait part de sa sa surprise sur son site, mais aussi des conséquences d’une telle action en justice sur son travail d’écrivaine.

“J’avoue avoir été stupéfaite par la réaction des dirigeants du Déballage Dreyfus. Au point que j’éprouve quelque difficulté à écrire depuis. Au point que je m’interroge beaucoup à propos de ma propre liberté d’écrivain, précisément dans le domaine de la fiction.”

Au-delà de cette affaire, se pose la question de la création, de l’écriture romanesque comme de la place de l’art dans notre société. Bien plus que de la diffamation ou du dommages et intérêts. Si condamnation il y avait, le polar serait dans de sales draps. Car chaque auteur pourrait être poursuivi pour délit de sale genre.

Affaire à suivre.

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Couv Aux Malheurs des dames

A lire avant qu’il ne soit trop tard donc : Aux Malheurs des dames, de Lalie Walker, éditions Parigramme, collection Noir 7.5, 276 pages, 15 €.

 



À suivre…

Lalie Walker

 

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