NOUVELLES DU 18 EME

Publié le par LEPIC ABBESSES

« Roué de coups par des policiers à une fête chez moi »

Vendredi soir, notre riverain Ronan et ses colocataires organisaient une fête. Il raconte la visite violente de policiers à son appartement.

Des confettis sur des pavés (David Sifry/Flickr)

La soirée était organisée chez moi, dans le quartier de la Goutte d'or, boulevard Barbès à Paris. Nous étions une trentaine. Vers trois heures du matin, une de mes colocs vient me voir en me disant que des policiers lui ont hurlé dessus, alors qu'elle avait ouvert une des fenêtres, en lui demandant de « grouiller son cul » (sic) pour lui ouvrir la porte du bas, qui nécessite des codes.

On éteint la musique et on entend en bas les policiers qui frappent violemment à la porte. Quand mes colocs et moi leur ouvrons juste après, ils nous gueulent dessus en nous disant qu'ils sont en mission pour un cambriolage dans l'immeuble, et ils nous disent qu'on doit leur ouvrir. Etonnant : le lendemain, après vérification, aucun de nos voisins n'avait appelé pour un tel fait !

Etrange. lls n'ont pas un passe ? La personne ayant appelé ne peut pas leur ouvrir ? S'ils n'étaient pas tombés sur notre soirée, comment auraient-ils fait pour rentrer ? Ils auraient bourriné la porte jusqu'à ce que quelqu'un se réveille ! Cela ne tient vraiment pas la route.

Je répète aux policiers que je vais leur présenter les cartes d'identité

Ils nous poussent et montent au premier étage au pas de course. Arrivé en haut sur le palier, ils gueulent sur la colocataire restée sur le pas de la porte en lui demandant qui habite ici. Ils nous disent de nous dépêcher d'aller chercher nos pièces d'identité.

Nous arrivons, nous leurs disons que c'est nous qui habitons là. Mais qu'il faut se calmer. Je demande à mes colocs de ne pas donner leur pièce d'identité avant de savoir ce qui nous était reproché.

Un policier veut rentrer dans l'appartement, on lui dit qu'il n'en a pas le droit. Je répète aux policiers que je suis prêt à leur donner les cartes d'identité mais je leur demande de se calmer. Je leur redemande quel est le motif.

Roué de coups, menotté au sol

Vu la violence de leur propos, on leur demande leur matricule, leur nom et toujours la raison de leur intervention. Ils ne répondent pas et continuent à nous crier dessus pour avoir nos cartes. Ma coloc revient avec sa carte. Elle l'adresse aux policiers, je lui dis d'attendre.

A ce moment-là, j'étais dans mon entrée (certains policiers -mais pas tous- affirmeront dans leur déposition que je me trouvais sur le palier). Le policier le plus agressif et nerveux me fait une clé de bras, m'explose contre le mur, me passe une menotte.

Je lui hurle de me lâcher, et là c'est parti : il me plaque au sol, me met l'autre menotte, puis me roue de coups et m'étrangle car je crie à l'aide.

Tout le monde crie, mon frère arrive et leur demande en criant de me lâcher. Mais sans jamais les insulter ni les violenter d'après tous les témoins. Moi, je perds un peu connaissance suite à l'étranglement. Puis ils plaquent mon frère au sol, lui mettent les menottes et alors qu'il est à terre, lui écrasent la figure avec le pied. Il a une oreille noire et un traumatisme à la mâchoire qui est aujourd'hui encore toute gonflée.

D'autres ont voulu intervenir. Ils ont mis les matraques devant la porte et ont continué de nous taper alors que nous étions menottés et au sol et nous crions juste à l'aide. Certains ont essayé de filmer, mais les policiers ont fait tomber certains appareils. Mon frère a perdu connaissance, il avait la tête en sang

Je ne me rappelle pas une douleur comme celle-là

Ils nous ont traînés jusqu'à leur fourgon. Je leur suppliais en criant d'arrêter de me traîner en me tirant sur les poignets et en relevant mes bras. Bilan : contusion aux poignets -horrible, je ne me rappelle pas avoir connu une douleur comme celle-là.

Mes autres colocs ont préféré fermer la porte en nous laissant nous faire tabasser pour ne pas que cela dégénère, car ils ont levé leur matraque sur les filles qui voulaient intervenir. Ils ont entendu en fermant la porte d'autres coups tomber. Tous les gens sont choqués et ne comprennent vraiment pas. Nous avons été mis en garde à vue.

Nous sommes ressortis seulement à 15 heures, samedi. Pendant cette garde à vue, nous sommes restés en T-shirt dans les cellules. On a refusé de nous donner des couvertures. Puis ils nous ont sortis dans le quartier de la Goutte-d'Or menottés au petit matin pour aller chez un médecin à environ 400 mètres du commissariat. En T-shirt alors qu'on leur a demandé une veste ou quelque chose.

Je leur ai dit que c'était totalement humiliant de se retrouver dans son quartier à 100 mètres de chez soi, menotté au petit matin, et de croiser ainsi plus d'une cinquantaine de personnes alors que nous étions tous les deux très calmes. Et que nous n'avions aucun motif réel d'arrestation. Ils sont restés totalement indifférents.

 

Nous apprenons aussi, en resortant à 15 heures, que quatre amis sont venus vers quatre heures du matin demander de nos nouvelles et voulaient savoir pourquoi nous étions maintenus en garde à vue. Ils ont aussi demandé l'identité des personnes qui nous ont arrêté. Refus : ils ont été expulsés du commissariat.

Un policier est revenu vers un des amis avec de la lacrymogène pour lui en appliquer en plein sur le visage à 20 cm, alors qu'il était plaqué au sol.

Cinq plaintes déposées et une vidéo fournie à l'IGS

Ils sont allés à l'inspection générale des services (IGS) porter plainte lundi 15 février, le matin. Idem pour nous, dans l'après-midi. Cinq plaintes au total. Mon frère et moi avons cinq jours d'incapacité totale de travail (ITT) d'après l'hôpital Lariboisière et notre ami trois jours.

Toutes les personnes présentes m'ont appelé, écris des mails et sont prêts à témoigner. Lundi soir, l'IGS a appelé dans la soirée trois autres personnes présentes lors des faits pour qu'elles fassent une déclaration et qu'ils apportent une vidéo prise durant les faits.

Cette vidéo montre l'intervention musclée de la police sur le palier et les coups qu'ils me portent alors que je suis menotté, à terre, et que je demande de l'aide. On ne voit pas exactement les coups mais on peut largement les supposer. On voit aussi qu'aucune des personnes présentes n'étaient agressive ou insultante -ce que les policiers nous reprochent.

« Je te parle pas toi, je ne parle pas marocain ! »

C'est tellement énorme, injuste et grave. Nous avons la chance d'être Français, blancs et ayant des professions : je suis enseignant et mon frère est cadre financier. Notre ami est tailleur de pierre.

Malheureusement, tout le monde n'a pas les mêmes moyens de se défendre. Or ce type d'actes de violence dont la police fait preuve est fréquent vis-à-vis de populations moins à même de se défendre.

Notre autre colocataire, qui est roumain et demande actuellement sa nationalité après cinq ans en France, hésite à porter plainte. Lorsqu'ils sont allés demander au commissariat pourquoi nous étions enfermés, un policier lui a dit :

« Je te parle pas toi, je ne parle pas marocain ! »

Cette personne est ingénieur et parle couramment français. Il a malheureusement pour lui un accent et un teint pas aussi blanc que leur interlocuteur.

 

 







Un habitant de la Goutte d’Or aurait été agressé par des policiers

L’information a été révélée mardi 16, via un témoignage publié sur le site Rue89. Un enseignant en sciences économiques qui organisait une soirée à la Goutte d’Or vendredi 12, dans le 18e arrondissement de Paris, aurait été agressé par des policiers.

Prétextant une alerte au cambriolage, les policiers seraient rentrés dans l’immeuble et auraient agressé l’enseignant ainsi que son frère. Les deux hommes auraient passé la nuit en garde en vue.

Des ITT de 5 jours leur auraient été délivrées.

Contactée, la Préfecture de Police a déclaré laconiquement « qu’elle ne communiquait pas sur le sujet. »

D’après le site du figaro.fr, l’Inspection générale des services ("la police des police") aurait ouvert une enquête.

 

 

 

 

http://www.dixhuitinfo.com/

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