NOUVELLES DU 18 EME

Publié le par LEPIC ABBESSES

Place Django Reinhardt,
en hommage au guitariste gitan

  par Philippe Bordier

Bertrand Delanoë et Daniel Vaillant ont inauguré, jeudi 22 janvier 2010, en présence du ministre de la Culture, la place Django Reinhardt, située entre la porte de Clignancourt et les Puces de Saint-Ouen. Manière de rendre hommage au guitariste gitan, citoyen du 18e arrondissement de Paris, qui aurait eu 100 ans aujourd’hui.

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Petit concert de jazz manouche du côté de la porte de Clignancourt, lors de l’inauguration de la place Django Reinhardt.

Le guitariste Django Reinhardt, qui aurait eu 100 ans aujourd’hui, samedi 23 janvier 2010, entretenait une relation privilégiée avec le 18e arrondissement de Paris. Né en Belgique, Django vit dans la roulotte familiale qui s’installe, au début des années 20, du côté des fortifs, là où est érigé le marché aux puces. Le choix du Plateau des puces, entre la porte de Clignancourt et le boulevard périphérique, était donc indiqué pour baptiser une place au nom du musicien manouche.

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Daniel Vaillant, maire du 18e, Bertrand Delanoë, maire de Paris et Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, vienne de dévoiler la plaque au nom du virtuose gitan.

Et il y avait du beau monde, jeudi 22 janvier, dans ce coin grisâtre du 18e pour inaugurer la place. Bertrand Delanoë, le maire de Paris, bien sûr ; Daniel Vaillant, celui de l’arrondissement, évidemment ; mais aussi Frédéric Mitterrand, le ministre de la Culture, Lionel Jospin et quelques people. Au premier rang Desquels Patrick Timsit et l’ex-Guignol de l’info, Bruno Gaccio. Encadré par un orchestre de jazz manouche, Marcel Campion, patron des forains et guitariste lui aussi, a joué « innacessible », un titre-hommage composé pour l’occasion par Ninine Garcia, l’un des émules de Django.

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Bruno Gaccio ex Guignols de l’info et Patrick Timsit, comédien, fan de jazz manouche, ont assisté à l’inauguration.


Campion est d’ailleurs un peu chez lui dans le quartier. Il est propriétaire du bistrot La chope des Puces, sur le marché, côté Saint-Ouen. Rebaptisé Espace Django Reinhardt, l’établissement accueille régulièrement la descendance artistique du guitariste, Thomas Dutronc en tête. De Montmartre aux Champs Elysées, Django Reinhardt a joué et vécu partout dans Paris. Le virtuose gitan, à qui il manquait deux doigts perdus lors de l’incendie de sa roulotte en 1928, est mort en 1953, dans sa maison de Seine-et-Marne. Victime d’une hémorragie cérébrale.


Django Reinhardt - Jazz Hot Complete





L’épopée Django Reinhardt

Un musicien hors normes



Django, dont l’on célèbre aujourd’hui le centième anniversaire de naissance, a traversé la première moitié du XXe siècle, comme une fulgurance. Météorite guitaristique et jazzman de renommée internationale, ce "héros des gitans" a créé, durant sa courte vie, un style propre à la croisée du jazz et des musiques tsiganes.  



Enfance nomade et virtuose

De son vrai nom Jean-Baptiste Reinhardt, Django naît le 23 janvier 1910 dans une roulotte à Liberchies, près de Charleroi, en Belgique, au sein d’une famille manouche. Dès l’origine, le nomadisme rythme son quotidien : entouré de ses parents et de son cadet Joseph, alias "Nin-Nin", éternel complice, il parcourt la France, l’Italie, l’Afrique du Nord…

Après la Première Guerre mondiale et le départ du père, sa mère Laurence Reinhardt s’installe avec ses enfants près des "fortifs", à l’emplacement du périphérique parisien actuel, Porte de Choisy, puis Porte d’Italie : cette "Zone", où s’amoncelle la misère parisienne. Dès la prime enfance, Django se passionne pour la musique, et révèle d’étonnantes dispositions pour le banjo, la guitare, le violon…

La légende de cet enfant virtuose se répand dans les campements, et les milieux d’amateurs musicaux. Dès l’âge de douze ans, il cachetonne dans les bals, les bars, et les demeures du gratin parisien, puis enregistre son premier disque en 1928 avec l’appui de l’accordéoniste Jean Vaissade. Cette année-là, alors que le chef d’orchestre Jack Hylton lui propose une tournée à Londres, le jeune prodige réchappe de peu à l’incendie de sa roulotte, causée par l’inflammation de fleurs en celluloïd fabriquées par sa compagne. 18 mois à l’hôpital n’empêchent pas l’irrémédiable : Django perd l’usage de son annulaire et de son auriculaire. Pourtant, le courage et la ténacité suscitent le miracle. Avec la guitare offerte par son frère comme "instrument de rééducation", Django élabore une technique à trois doigts, qui ne cessera d’interpeler, et de confirmer son génie.

L’appel du jazz : le quintette

Au début des années 1930, un son nouveau envahit la France, venu d’Outre-Atlantique : le jazz. Sur la Côte d’Azur, que sillonnent alors Django et son frère, il découvre, par l’intermédiaire du peintre Emile Savitry, cette musique éprise de liberté et reconnaît en Louis Armstrong, un "frère". Dès lors, il n’aura de cesse de mêler les accents swing nord-américains à ceux de ses origines tsiganes.

De retour à Paris, il se distingue à la Boîte à Matelots. Au gré des nuits parisiennes, le repèrent Mistinguett et Jean Sablon dont il accompagne le tour de chant en 1933. Mais c’est une rencontre, en 1934, celle du réputé violoniste "gadgé" Stéphane Grappelli, qui décidera de la plus grande aventure de sa carrière. Ensemble, ils fondent le Quintette du Hot Club de France (avec Joseph Reinhardt et Roger Chaput à la guitare rythmique, et Louis Vola à la contrebasse). Cette formation innovante et prolifique (plus de 200 titres gravés en six ans), symbole du son d’une époque, voit défiler dans ses rangs des noms aussi illustres que Louis Armstrong, Barney Bigards, ou Coleman Hawkins.

Mais la guerre éclate en 1939, et lors d’une tournée à Londres, Grappelli décide de s’installer en Angleterre. Django, lui, passe la guerre en France, en Zone libre, où il enregistre, en 1940, l’un de ses imparables tubes, Nuages, avec le clarinettiste et saxophoniste Hubert Rostaing. Durant toute cette période, il semble bénéficier de la protection d’officiers allemands amateurs de jazz, qui lui évite la déportation, triste sort réservé aux tsiganes.

A l’issue de la guerre, il scelle ses retrouvailles avec Grappelli par une Marseillaise restée célèbre et entame, en 1946, une "tournée américaine" dans le groupe de Duke Ellington, qui lui laissera un goût amer. Il a en effet du mal à se plier à la discipline qu’exige la formation (il "oubliera" ainsi de se présenter à la deuxième partie de soirée au Carnegie Hall), et n’apprécie guère son statut de simple "guest star".

De retour en France, il gratte du côté du be bop, joue avec l’avant-garde, tâte de la guitare électrique... Puis achète, en 1951, une maison à Samois-sur-Seine, où il mène une existence paisible, partagée entre la pêche, le billard et les copains. Deux ans plus tard, peu après l’enregistrement d’un ultime disque aux côtés de Martial Solal, il décède d’une congestion cérébrale le 16 mai 1953, laissant derrière lui de nombreux héritiers, parmi lesquels son fils Babik et son petit-fils David.

43 ans, soit la fulgurance d’un génie libre. Lors de sa disparition, Jean Cocteau, l’un de ses fans, a laissé cette sorte d’épitaphe : "Django mort, c’est un de ces doux fauves qui meurent en cage. Il a vécu comme on rêve de vivre : en roulotte".

 

 



Le mois Django

Des événements qui ponctuent le centième anniversaire de sa naissance



Durant le mois de janvier 2010, une foule d’événements viennent célébrer les 100 ans de la naissance de Django Reinhardt : concerts, rééditions, rendez-vous médiatiques… RFI Musique vous propose un tour d’horizon non exhaustif de ce feu d’artifice hivernal et swingué. Top Départ !



Sur scène : l’esprit de Django

La fête a déjà commencé dans de nombreux clubs parisiens avant même la date anniversaire, mais l’un des événements centraux de cette célébration n'est autre que le célèbre festival Les Nuits Manouches qui s’étale au fil de huit soirées – du 19 au 30 janvier – à l’Alhambra, à Paris. Depuis quatre ans, cette manifestation au succès non démenti présente en effet toute la palette du jazz manouche, à l’héritage exceptionnellement vivant. Se sont succédés la tradition brillante de Tchavolo Schmitt (19), les harmonies libres de Christian Escoudé (20), les insolences adolescentes de Steeve Laffont (21), les horizons larges de Raphaël Faÿs (22). On peut encore aller écouter le prolixe duo Beier/Debarre (26), le côté rock de Yorgui Loeffler (27), le petit-fils David Reinhardt (28), et les envolées malicieuses du violoniste Costel Nitescu (29)…Intitulées Django et Rien d’autres !, les soirées du 23 et 30 janvier proposent, quant à elles, de revisiter en toute pertinence le répertoire du maître, interprété par un trio uni pour l’occasion, Faÿs-Laffont-Loeffler.

Les régions ne sauraient non plus être en reste. Direction Lyon et sa Bourse du Travail le 29 janvier avec le Gypsie Planet qui, à l’initiative de Christian Escoudé, réunit sur un même plateau Marcel Azzola, David Reinhardt, Florin Nicolescu et…Biréli Lagrène. A Grenoble, à la Maison de la Culture, Django 100 (Boulou et Elios Ferré, Angelo Debarre, Romane, Stochelo Rosenberg, David Reinhardt…) fait revivre l’esprit du maître le 23 et 24 janvier. 1001 raisons d’aller écouter le son Django !

Des collections pulsées

Mais ce n’est pas tout ! Le centenaire de naissance de Django Reinhardt voit également l’apparition de nombreuses rééditions-hommages. Ainsi, le label Le Chant du Monde, à l’origine du festival Les Nuits Manouches, publie Le Manoir de ses rêves, luxueux coffret de 25 CDs qui comprend 623 enregistrements studio, et quelques rares prises live. Mais c’est à l’excellente maison de disque Frémeaux & Associés que l’on doit l’objet le plus exhaustif : après avoir publié, de 1996 à 2005, l’intégralité des enregistrements sur lesquels joue Django (825 au total), elle les réédite aujourd’hui en trois "Saisons" et 40 CDs.

Citons également la Rétrospective Django Reinhardt chez Universal, trois CDs augmentés d’un court-métrage rarissime sur le maître, ou encore Django 100 (JMS), qui reprend dans l’orthodoxie les tubes Nuages, Minor Swing…par Angelo Debarre, Romane, Boulou et Elios Ferré. Et pour ouvrir les fenêtres de l’héritage, étaler les déclinaisons du Tsigane, Francis Dreyfus sort Génération Django où ses œuvres resplendissent sous les talent lumineux de Richard Galliano, Caravan Palace, Sanseverino, Henri Salvador…

Pour les aficionados ou les simples curieux, paraît enfin, en librairie, le livre de Jean-Baptiste Tuzet Django Reinhardt et le jazz manouche : ou les 100 ans du jazz "à la française" (Edition Carpentier)…De quoi passer un hiver swingué !

Dans les médias

Alors que le magazine spécialisé Jazz Magazine consacre sa Une à l’éminent Tsigane, et publie en supplément (28 p.), Django, le roman d’une vie, biographie écrite par l’écrivain Yves Salgue, publiée en feuilleton dans le journal de décembre 1957 à octobre 1958, les ondes de la radio FIP rendront hommage à sa guitare vagabonde toute la journée du 23.

Pèlerinages et symboles

Mais les événements les plus émouvants reviendront sans doute aux lieux chers, ceux qui ont vu naître, vivre et grandir Django. Les 23 et 24 janvier, Liberchies, sa ville natale, lui rend ainsi hommage au fil de diverses manifestations (concerts, visite du musée), tandis qu’une statue à son effigie sera inaugurée à Samois. A Paris, a été également baptisée, le 21 janvier dernier, près de la Porte de Clignancourt, l’Esplanade Django-Reinhardt, avec une colonne Morris à son image !

Le mois de janvier sera Django, ou ne sera pas !

Un style en héritage

Etat des lieux



Django Reinhardt est le jazz manouche. Il n’y eut pas d’avant, il y aura tant d’après. Comme Miles, son prénom suffit à le nommer, la distinction des plus grands. Comme peu, il a inventé un style, une tradition, des standards repris jusqu’au fin fond des Etats-Unis, mais aussi remis au goût du jour dans nos lucarnes cathodiques. Pas une année sans que son influence ne se fasse entendre sur les fréquences. En versions originelles ou en visions originales. Django mort officiellement en 1953, mais depuis bel et bien vivant, encore et toujours plus grand. Le pléthorique guitariste a semé aux quatre vents, telle une intarissable source d’aspiration. Etat des lieux de sa descendance à l’heure du centenaire de sa naissance.


Après lui donc, une longue filiation, de sang et d’esprit, une veine qui continue d’irriguer la communauté des nomades en l’âme, la confrérie des curés du jazz aussi. Les premiers en retiennent avant tout un bon sens de l’improvisation, un état d’esprit, une ouverture aux mondes des musiques, un goût pour l’altérité, une rigueur qui rime avec fraîcheur, non sans humour. Pour les autres, les compositions et l’interprétation du maître Jean-Baptiste (son véritable prénom), la figure christique de tout un peuple, raisonnent comme des paroles d’évangile, des textes sacrés qu’il s’agit de reprendre à la virgule près.

Pour tous, le guitariste est un objet de culte, honoré chaque année d’un festival à Samois-sur-Seine où il est enterré. Depuis plus d’un demi-siècle, on ne compte plus les exégètes de celui qui a essaimé au-delà de nos frontières. Woody Allen en fera le sujet d’un film, Accords et désaccords avec Sean Penn. Le Roumain Florin Niculescu publiera Djangophonie en 2005, avec un bel écho. Le succès rencontré par le clarinettiste Evan Christopher, Django à la créole, en est l’un des récents exemples. Un parmi tant.

Mélodie du crépuscule

 
 

  par Florin Niculescu

En ce début 2010, l’Hexagone célèbre donc le tutélaire guitariste, devenu héros de l’identité nationale jazz, bien que né en Belgique le 23 janvier 1910. Le mensuel de référence Jazz Magazine publie un texte d’Yves Salgues, La légende de Django que tout amateur se doit de lire, et passe à la question certains des plus ou moins jeunes héritiers. Et ceux-ci ne manquent pas !

Le véloce Bireli Lagrène, guitariste emblème du swing manouche made in France, en reste le premier de la liste, même si son récent opus marque une pause sur le sujet. "C’est quand même le guitariste qui m’a donné envie de jouer. Grand et profond respect !" L’autre émule qui a beaucoup fait couler d’encre récemment est le Lorrain Dorado Schmidt, qui vient de publier un beau Family sur le même label. Avec à la clef quelques standards du maître dont l’inévitable Nuages, mais aussi un convaincant original intitulé Miro Django en guise d’introduction. Son cousin, le rigoureux Tchavolo Schmitt, né à Paris un an après la mort de Django, "le Mozart du peuple gitan" selon lui, est aussi l’un des plus fidèles légataires de l’héritage.

Micro

 
 

  par Biréli Lagrène

A ceux-là, il faut ajouter les excellents Stochelo Rosenberg et Samson Schmitt, Christian Escoudé dont le Trio Gitan réinvestit avec ténacité l’univers de Django mais aussi celui d’Angelo Debarre, esthète de l’improvisation, Ninine Garcia qui entend préserver l’héritage de Django tout en s’affirmant comme un sérieux compositeur… Ou encore Boulou Ferré, avec ou sans Elios, sevré depuis tout petit. "Je chantais par cœur des centaines de chorus de Django, mais il m'était interdit de toucher la guitare. C'était la technique de mon père : une question de respect, une façon de faire monter l'envie, jusqu'à ne plus en pouvoir"*. 

Dans la même classe (d’âge), il faut également mettre l’accent sur Romane, Gadjo qui s’est imposé comme l’un de ses meilleurs disciples, loin d’être un simple épigone, sur une scène pourtant fournie en la manière.

"Le jour où j’ai découvert Django Reinhardt, j’ai été foudroyé. J’ai commencé à relever tous les solos à l’oreille, j’ai lu tous les bouquins sur sa vie." Voilà comment Thomas Dutronc, autre gadjo dont la renommée a beaucoup fait pour Django auprès des plus jeunes, est devenu comme un manouche avec guitare. Le fils du grand Jacques ne doit surtout pas masquer une nouvelle génération qui marche à grands pas dans les traces de l’illustre aîné. Des noms ? Le tout jeune Swann Lamberger, formé par son père, qui s’inscrit dans la grande tradition d’une musique rythmée par l’émergence de talents aussi précoces qu’autodidactes.

Dans la famille de tous, on naît guitariste. Il en va ainsi du virtuose Steeve Laffont et du méconnu Samy Daussat, à suivre de près. Remarqué par la presse, le premier disque de Rocky Gresset l’a distingué pour sa technique sans faille. Enfin, "last but not least" de cette liste, David Reinhardt, petit-fils de Django et fils de Babik, anime son propre trio où l’on remarqua il y a quelques années déjà son cousin Noé, pas moins intéressant quand il pose ses doigts sur la fameuse Selmer 607.

Comme un manouche sans guitare

 
 

  par Thomas Dutronc

* Boulou et Elios ferré, fils de Matelo Ferré, compagnon de route de Django Reinhardt et membre du Quintette du Hot Club de France


 



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