NOUVELLES DU 18 EME

Publié le par LEPIC ABBESSES



Social

Un sans-papiers enfermé dans un frigo

 

Des travailleurs sans papiers poussent tous les jours la porte du local. Certains dénoncent leurs patrons, qui refusent de les déclarer. D’autres sont sous-payés et menacés de renvoi à la moindre remarque. Mais les militants du Nouveau Centre du XVIII e arrondissement, qui tiennent une permanence rue des Poissonniers en bas de la Goutte-d’Or, ont rarement entendu une histoire aussi choquante que celle d’Ibrahim.


Hier, exceptionnellement, le vice- du groupe parisien, David Pierre-Bloch, a donc envoyé une lettre au ministre de l’Intérieur, , pour appeler son attention sur ce Mauritanien d’une trentaine d’années, employé dans un supermarché asiatique du quartier. « Ibrahim a demandé à ses employeurs des contrats permettant sa régularisation, qui lui ont toujours été refusés malgré douze heures de travail journalier rémunéré quatre heures seulement, débute l’homme politique. En réprimande à ses demandes, il s’est retrouvé à diverses reprises enfermé dans un réfrigérateur, poursuit-il. Une fois, plus de trois heures dont il est sorti en urinant du sang et hospitalisé quarante-huit heures. »

« Frigo : punition ! Frigo : punition ! »

Une feuille de soins rédigée par un interne des urgences de Lariboisière, en novembre 2008, et qu’Ibrahim a exhumée de ses vieux dossiers, en atteste. « C’était une façon pour eux de me punir, dénonce Ibrahim. Je restais au milieu des poissons surgelés, des produits frais… Je tapais sur la porte mais personne ne venait m’ouvrir. »
Cinq de ses anciens collègues, dont un l’a conduit personnellement aux urgences, sont prêts à témoigner. Pourtant, Ibrahim n’a pas porté plainte. « C’est logique, explique Guy Capitanio, au Nouveau Centre. Il n’a pas de papiers et risque de rester au commissariat s’il s’y rend. Nous sommes donc là pour faire entendre sa voix. » Car les militants sont persuadés qu’Ibrahim ne dit que la vérité. « Un jour, nous avions convoqué sa patronne à la permanence pour lui demander des attestations d’employeur. Quand il a parlé du frigo, elle n’a pas nié. Elle a même répété, dans un mauvais français au fort accent chinois : « Frigo : punition ! Frigo : punition ! » Des déclarations que nie totalement celle qui se présente comme une associée de la gérante, jointe mardi au téléphone. « Ces accusations sont absurdes, lâche-t-elle. Jamais personne n’a été enfermé dans un frigo chez nous. » Quid de l’emploi des sans-papiers ? « Nous sommes maintenant en règle avec la loi. » Mais à la suite d’un contrôle opéré le 16 décembre dernier par le commissariat du XVIII e , alerté par le Nouveau Centre, l’entreprise est tout de même poursuivie pour « travail dissimulé » et « emploi d’étrangers sans titre de travail. »

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