NOUVELLES DU 18 EME

Publié le par LEPIC ABBESSES

En maraude avec la Bapsa
au contact des sans-abris du 18e

  par Geoffrey Bonnefoy

La Brigade d’aide aux personnes sans abris (Bapsa) organise tous les jours des maraudes dans Paris pour proposer un hébergement d’urgence aux SDF. Reportage embarqué avec une de ses équipes dans le 18e arrondissement et les arrondissements limitrophes.

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Alexandra tente de convaincre Félix d’accepter un hébergement d’urgence.

Christian et Alexandra sont tous deux flics. L’un est brigadier, l’autre est gardien de la paix. Ce soir, ils vont patrouiller en tenue dans les rues du 18e arrondissement de Paris pour proposer un hébergement d’urgence aux SDF. Ils font partie de la Bapsa, la brigade d’aide aux personnes sans abris, qui compte 70 personnes. Une branche sociale de la police nationale unique en France. Gérée par la Préfecture de Police de Paris, sa création remonte à l’hiver 1954-1955.

Plusieurs équipes se relaient sur terrain, entre 6h30 et 23h. Le samu social leur transmet les emplacements de sans abris repérés grâce au 115. Les maraudes se rendent ensuite sur place pour proposer un hébergement d’urgence au centre d’hébergement et d’assistance aux personnes sans abris (Chapsa), à Nanterre (92).

La nuit s’annonce glaciale. Nous sommes fin décembre 2009 et les premiers flocons sont annoncés à Paris dans les jours qui viennent. « Il y a déjà eu 58 appels depuis le début de la journée. C’est une journée froide, donc chargée, » explique Alexandra.

19h : le départ est imminent. Première destination ? Le 18e, rue Aimé Lavy…

Rue Aimé Lavy
Derrière l’église Saint-Pierre de Montmartre, rue Aimé Lavy. L’endroit est connu de la Bapsa. Ce soir, trois personnes ont installé un abri de fortune fait de matelas à même le sol et de couvertures. Beaucoup de couvertures. Mais est-ce bien suffisant alors que la température flirte avec les valeurs négatives ?

La voiture s’arrête. Alexandra descend et engage la conversation : « Salut Patounet. On se connaît, on s’est rencontré, tu te souviens ? ». L’homme, Jean-Patrick, acquiesce. La jeune femme poursuit : « Comment vas-tu ? Il fait très froid ce soir. On peut t’emmener avec tes amis au Chapsa de Nanterre si vous le voulez. » Les trois personnes refusent. « Tu es nouveau toi, on ne se connaît pas. Comment t’appelles-tu ? » demande le gardien de la paix. « Je m’appelle Singh, répond l’homme emmitouflé sous deux couvertures. Tu n’as pas à manger ? ». « Non, je n’ai rien. Appelez le 115, ils vous apporteront du café chaud et des couvertures », conseille Alexandra qui ne peut rien faire de plus.

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Rue Aimé Lavy, derrière l’église Clignancourt.

La rencontre aura duré une dizaine de minutes. Dans la voiture, Alexandra explique que la Bapsa « propose juste de l’hébergement d’urgence. Pas de couvertures, pas de boissons chaudes. Nous ne sommes pas une association. On travaille dans l’urgence, du mieux que l’on peut, avec les moyens que nous avons. On essaye d’apporter un peu de bonne humeur… » Prochaine destination ? Le square Serpolet, toujours dans le 18e arrondissement.

Square Serpolet
Un sans abris a été signalé au 115, square Serpolet. Sur place, personne. Alexandra et Christian s’arrêtent et demandent aux passants s’ils ont vu quelqu’un. « Non, personne ce soir, précise une passante. D’habitude ils sont là –elle désigne un coin de rue abritée– mais ce soir… » Personne.

Gare Saint-Lazare
Appel du central, situé rue de la Villette, dans le 19e arrondissement. Un SDF vient d’être signalé devant la gare Saint-Lazare, dans le 8e arrondissement. « C’est pas loin, on y va. » Devant la gare, est assis Robert, 29 ans. Sur une bouche d’aération du métro, maigre source de chaleur, il lit, au milieu de la nuée de gens pressés de prendre leur train. « Bonjour, je m’appelle Alexandra, on est de la Brigade d’aide aux sans abris. On peut te conduire dans un endroit chaud pour la nuit si tu veux. » Robert accepte.

Dans la voiture, il raconte son histoire : immigré polonais, il vit en France depuis sept ans et travaille à Périgueux (24) comme boucher-charcutier. Il a même un appartement. Que fait-il dans les rues de Paris ? Il a perdu son passeport et son employeur, qui ne veut pas avoir d’ennuis, lui a demandé de le faire refaire. Il est arrivé il y a 5 mois, pensant que ça irait vite, mais se heurte à l’administration : « Au consulat, je dois venir avec un ami polonais pour prouver que je suis Polonais, mais je ne connais personne ici ». Depuis, il est à la rue. « Tu ne veux pas retourner en Pologne ? » demande Alexandra. « Non. Sarkozy dit que si tu es en France, tu dois parler français. Et bien voilà, je parle français, je veux rester. »

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La Bapsa sur le périphérique.

Ce soir, les 145 places du Chapsa de Nanterre sont toutes occupées. Christian appelle le commandant de la Bapsa, lui demande si des places sont libres dans les centres de Paris (la capitale compte 3900 places d’hébergement d’urgence, renforcé pendant les périodes de grand froid). Réponse dix minutes plus tard : une place est libre au gymnase Lancette, dans le 12e. Avant d’y déposer Robert, la Bapsa doit vérifier un dernier lieu.

Boulevard de Rochechouart Félix est couché sur un banc boulevard de Rochechouart, pas loin de Pigalle, sous trois couvertures. Alexandra s’approche et lui demande si ça va. Il dégage sa tête et s’interroge sur l’identité de la personne qui lui pose cette question. « C’est la Bapsa. On peut vous emmener dans un endroit chaud ce soir ». Félix refuse, la brigade repart, direction le gymnase Lancette. En chemin, Alexandra donne à Robert l’adresse de l’association la Maison dans la rue, gérée par Emmaüs. « Tu peux arriver le matin, prendre une douche et manger. Tu n’es pas obligé d’y rester. Vas-y ».

23h. La maraude de Christian et Alexandra est terminée. Retour au centre pour la rédaction du rapport et le debriefing avec les autres équipes. La nuit, associations et samu social prennent le relais pour apporter un peu de réconfort aux plus fragiles.

La carte google du reportage, c’est par ici.

Note : Tous les jours, des transports sont organisés vers le Chapsa (le centre d’hébergement de Nanterre), à 15h00 et 18h00 (départ 1bis avenue de la Villette). Retour à Paris le lendemain, à 9h00.

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