NOUVELLES DU 18 EME

Publié le par LEPIC ABBESSES

Le camp de la rue Hermel est levé, mais la question du logement demeure

  par Philippe Bordier

Les tentes des victimes de l’incendie d’un hôtel rue Hermel, dans le 18e arrondissement de Paris, ont été démontées, mardi 17 novembre 2009, par l’association Droit au logement et les occupant eux-mêmes. Après de longues semaines de négociations, les 25 familles ont reçus des propositions de relogement. Récit.

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Sur le trottoir devant l’hôtel meublé, au 47, rue Hermel.

Il aura fallu attendre deux mois et demi pour que des solutions de relogement soient proposées aux familles victimes, fin août 2009, de l’incendie de leur hôtel meublé, rue Hermel, dans le 18e arrondissement de Paris. Le camp a finalement été levé, mardi 17 novembre 2009, par l’association Droit au logement (DAL). Huit familles sont déjà relogées dans différents arrondissements. Les autres attendent des propositions. Selon le DAL, il s’agit notamment de familles dont les enfants (54 au total) sont scolarisés à proximité. Elles patientent désormais dans le second bâtiment situé au fond de la cour, qui appartient aussi à l’hôtel meublé.

Trois jours après l’incendie, début septembre 2009, les sinistrés avaient été reçus par la municipalité du 18e. La mairie avait proposé des relogements d’urgence, dans des hôtels de l’arrondissement pour les familles dont les enfants étaient scolarisés dans les écoles du quartier. Le DAL, très tôt aux commandes, avait refusé toutes les solutions d’hébergement temporaire. Deux familles, un étudiant et un retraité étaient pour. Négociations bloquées, les premières tentes étaient immédiatement déployées sur le trottoir de l’hôtel. Il pleuvait. Les enfants préparaient la rentrée scolaire qui approchait dans des conditions épouvantables.

Au fil des jours, les discussions entre les différents acteurs allaient pourtant reprendre. Entre le DAL, la mairie, mais aussi la préfecture : en effet, près de 80 % des dossiers relevaient de la loi Dalo (Droit opposable au logement), votée en 2007 par le gouvernement. A toi, à moi, les dossiers passaient de main en main, sans que de véritables décisions soient prises. En parallèle, le DAL veillait aussi à l’organisation du campement, épaulait les sans-logis empêtrés dans un véritable imbroglio administratif, en butte aux errements financiers des patrons de l’hôtel, à l’impuissance des gérants… Finalement, l’association acceptait les propositions de toutes les parties (guère différentes de celles initialement proposées) et décidait de lever le camp, mardi 17 novembre 2009. En musique et devant la caméra d’une équipe de télé japonaise.

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1500 euros par mois pour une chambre de 12 m2.

Pourquoi un tel gaspillage d’énergie ? Comment des familles entières peuvent-elles vivre si longtemps sur un trottoir de Paris, en 2009 ? La mairie n’a pas voulu céder et a avancé le chiffre de 11000 familles en attente d’un logement social dans le 18e. En précisant qu’être victime d’un incendie n’offrait pas de priorité particulière. Il a aussi fallu attendre que la préfecture entre en jeu. Le DAL, de son côté, ne pouvait lâcher prise d’emblée et a joué le bras de fer : l’association avait aussi besoin de visibilité.

Mais, au centre de l’affaire, il y avait des hommes et des femmes qui se levaient tôt pour aller travailler. Le soir, les familles s’entassaient dans des pièces de 12 mètres carrés, sans sanitaires et dans des conditions de sécurité souvent précaires. Ces hôtels meublés appliquent les tarifs pratiqués dans les établissement miteux. Mais ça reste cher : 1500 euros par mois, largement financés par la ville de Paris via l’Aide sociale à l’enfance. Trois cents familles sont dans ce cas, dans le 18e arrondissement. Les marchands de sommeil voient la vie en rose. Combien d’incendies encore pour mettre un terme à cette situation absurde ? Voilà deux mois, la municipalité parlait d’Etats généraux du logement pour novembre 2009. Que deviennent-ils ?

 

 

 

 

Conseiller de quartier : « Notre atout c’est d’être sur le terrain »

18 novembre 2009 par Eloïse Daviaud

Dominique Augiron, vice-président du conseil de quartier Jules Joffrin - Clignancourt, explique le rôle d’un conseiller de quartier. Les 8 conseils de quartier du 18e arrondissement de Paris renouvelleront la moitié de leurs membres, mercredi 18 novembre, par tirage au sort. Instaurées par la loi Vaillant de 2002 (le maire du 18e était alors ministre de l’Intérieur), ces instances de démocratie locale sont souvent méconnues par les habitants des quartiers concernés. Interview.

Critiqués par certains, enscencés par d’autres, les conseils de quartier sont souvent mal connus de la population des villes de plus de 80 000 habitants, où ils sont obligatoires. Ils permettent pourtant aux habitants de participer à des débats sur la vie locale et municipale et de proposer des actions. Chaque conseil restreint est composé de 40 membres, dont 26 habitants tirés au sort parmi des volontaires, 10 représentants d’associations et 4 représentants d’institutions publiques de quartier, mais il organise aussi 3 à 4 réunions publiques par an, ouvertes à tous les habitants.

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Dominique Augiron : « Les élus ont parfois du mal à comprendre que les habitants ont du bon sens et de bonnes idées »

Le renouvellement de la moitié des membres des 8 conseils de quartier du 18e arrondissement, mercredi 18 novembre, est l’occasion de revenir sur le rôle de cette instance de démocratie locale. Dominique Augiron, vice-président du conseil de quartier Jules Joffrin / Clignancourt, explique le rôle d’un conseiller de quartier à travers son expérience. Ce pré-retraité du secteur aéronautique de 59 ans a toujours habité le 18e arrondissement, et a été tiré au sort en 2004.

Dixhuitinfo - Comment devient-on conseiller de quartier ?
Dominique Augiron - La première des choses, c’est d’être motivé par la vie de quartier, sinon, ce n’est pas la peine. Ensuite, en répondant à l’appel de la mairie qui tire au sort les conseillers de quartier parmi des volontaires. Je me suis présenté en 2004 au moment d’un renouvellement. J’avais un peu de temps et participer à la vie de quartier m’intéressait. Et puis, c’est vrai qu’être conseiller de quartier, ça a un côté un peu honorifique aussi.

A quoi sert un conseiller de quartier ?
Le conseiller de quartier fait le lien entre la mairie, les élus, et la population. On fait remonter les désirs des habitants et on a une vraie force de proposition. Ça peut être le côté festif, avec l’organisation de fêtes de quartier par exemple, ou la résolution de problèmes du quotidien, comme la question du stationnement. Nous formulons des vœux, que le président du conseil de quartier (pour nous, c’est la conseillère de Paris et élu du 18e Laurence Glodgrab) présente au Conseil d’arrondissement.

C’est à partir du bureau, composé d’une dizaine de personnes, que nous mettons en place notre action. On reçoit des doléances d’habitants, on en discute en bureau, puis en conseil restreint. Ensuite, on décide ou non d’en faire une réunion publique. Notre atout, c’est d’être sur le terrain. On vit les problèmes au quotidien, les gens nous interpellent. Ils nous prennent parfois pour des élus, c’est pas toujours évident…

Est-ce que ça vous prend beaucoup de temps ?
Le bureau se réunit au minimum une fois par mois. Pour le comité restreint, c’est une fois tous les trimestres, mais pour la prochaine mandature, on voudrait que ce soit plus souvent. Et puis, il y a 3 ou 4 réunions publiques par an. Ça peut paraître peu, mais c’est la condition pour qu’elles soient réussies. C’est surtout un travail quotidien. Un conseil de quartier ne peut marcher que si le bureau fonctionne comme une véritable équipe, avec des taches bien définies et bien réparties. C’est un gage d’efficacité.

Justement, est-ce que la mairie écoute les conseils de quartier ?
Nos propositions ne sont pas toujours suivies d’effet, c’est vrai, mais ça remonte. On en a eu plusieurs exemples. L’année dernière, il y a eu un problème avec La Poste, rue Duc, qui avait sous-traité à la RATP le transport des postiers pour leurs tournées. Du coup, des gros bus stationnaient rue Duc et rue Duhesme. Une association d’habitants s’est créée, et le bureau du conseil de quartier Jules Joffrin a participé à plusieurs entrevues avec la mairie. On a fini par trouver un compromis.

Nous ne sommes pas décisionnaires, nous sommes consultés, car, et c’est normal, ce sont les élus qui ont le pouvoir. Problème, il peut arriver que nous commencions à faire des propositions sur des projets qui sont, en réalité, déjà arrêtés. Les élus ont parfois du mal à comprendre que les habitants ont du bon sens et de bonnes idées, dans la mesure où ils vivent le quartier au quotidien.

Qu’est ce que vous répondez à ceux qui pensent que les conseils de quartiers participent d’une illusion de démocratie ?
C’est facile à dire quand on n’est pas dedans. Si les gens ont vraiment envie, ils seront toujours écoutés et souvent entendus. De toutes les façons, il faut bien se dire que les conseils de quartier ne vont pas tout résoudre. Il y a des habitants qui viennent aux réunions publiques pour que l’on réponde à leur problème individuel.

Ce que l’on cherche, c’est à résoudre des problèmes collectifs. Mais on a quand même un peu de marge de manœuvre… Les vœux, écrits par le bureau, et discutés par le conseil restreint sont parfois adoptés par les conseils d’arrondissement. Sous la première mandature, il y en a un qui nous tenait particulièrement à cœur et qui a été plus ou moins été suivi d’effet. Il s’agit de la création de maisons relais dans l’arrondissement.

Quel bilan tirez-vous de votre expérience en tant que conseiller d’arrondissement ?
Dans l’ensemble, nous avons de bonnes relations avec l’équipe municipale. Mais, parfois, quand nous formulons des propositions, les élus les reprennent à leur compte, sans jamais mentionner qu’elles viennent du conseil de quartier. C’est assez énervant. Au-delà, la participation au conseil de quartier permet de créer et de renforcer le contact avec les élus, d’une part et avec les habitants, d’autre part.

Ce qui pêche le plus, c’est la communication. Il y a des associations qui ne connaissaient même pas l’existence des conseils de quartier ! Ce qui me chagrine aussi, c’est que cette communication passe désormais le plus souvent par Internet. Toute une partie de la population, et notamment les plus âgés, n’y a pas accès. On vient de mettre en place des panneaux d’affichages pour tenter d’y remédier.

Tirage au sort des conseillers de quartier, mercredi 18 novembre 2009 à 18h00 (candidatures possibles jusqu’au tirage au sort),

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