NOUVELLES DE MONTMARTRE

Publié le par LEPIC ABBESSES

L'Académie Rabelais à la Bonne Franquette.

Fidèle à la devise de la maison "Aimer, manger, boire et chanter à Montmartre", le 14 décembre, Patrick Fracheboud a accueilli avec générosité et raffinement gastronomique l’Académie Rabelais à la Bonne Franquette.

 

Le lieu se prêtait admirablement à cette cérémonie conviviale où les académiciens et leurs invités ont fêté la lauréate. Rabelais aurait apprécié…

 

C’est dans cette belle maison montmartroises vieille de plus de quatre siècles et qui était encore au siècle dernier le lieu de rendez-vous des artistes : Pissarro, Sisley, Cézanne, Toulouse-Lautrec, Renoir, Monet, Zola et Vincent Van Gogh…que cette digne Académie  a remis son 31ème Prix Rabelais à Valérie de Changy pour son livre " Le fils de Rabelais " paru aux éditions Aden. Nous la félicitons très chaleureusement.

 

L’auteur est née en 1968 en Italie, d'une mère belge et d'un père français. Agrégée de Lettres modernes, elle a enseigné en région parisienne. Actuellement, elle vit à Bruxelles où elle se consacre à l'écriture.
Le choix d’une fiction historique lui a laissé la liberté d’écrire l’histoire telle qu’elle a du se passer sans prendre le risque d'affronter d'austères historiens :

 

" Pour son fils une seule chose comptait: prévenir Rabelais, lui faire savoir que l'étau se resserrait autour de lui, qu'en plus des censeurs de la Sorbonne il avait désormais des ennemis ici-même, à Chinon ou à Loudun [...] Justus était prêt à donner ses dernières forces pour tenir bon mais il sentait, dans sa poitrine, heurtant ses côtes, incontrôlables et douloureux, les battements affolés de son jeune cœur. "

 

Il se murmure que l’Académie Rabelais pourrait s’installer ses quartiers à Montmartre. Ce serait un excellent choix conforme à sa tradition et sa vocation.

Ce serait avec plaisir et honneur que la République de Montmartre deviendrait son partenaire et l'accompagnerait sur la Butte.

 

  Le livre est présenté dans notre rubrique "A la vitrine du libraire" cliquez:

http://www.republique-de-montmartre.com/a-la-vitrine-du-libraire.html 

 

Photo : remise du Prix par le Président de l'Académie à Valérie de Changy.

 

 

 

 

Valérie de Changy, Fils de Rabelais

  Editions Aden.

Paru le 16/09/2009

ISBN : 978-2-8059-0197-3
344 pages

 

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1544. L'heure n'est plus à l'optimisme dans le camp des humanistes. Le feu menace la République des lettres. L'étau se resserre autour de Rabelais et des siens qui se heurtent alentour à "plus de couillons que d'hommes".
Mêlant vérité historique et invention romanesque, l'auteure nous plonge dans la vie de maître François en une période riche et trouble. Mais, parce que le XVIe siècle évoque en de nombreux domaines notre siècle et parce que les questions qu'affrontent les personnages sont plus que jamais d'actualité, le roman raconte avant tout une histoire d'aujourd'hui : celle d'un fils qui doit s'éloigner du père, celle d'une jeune femme qui veut exister sans se marier, celle d'un écrivain qui ne peut écrire que sous le masque.

Valérie de Changy est née en 1968 en Italie, d'une mère belge et d'un père français. Agrégée de Lettres modernes, elle a enseigné en région parisienne. Actuellement, elle vit à Bruxelles où elle se consacre à l'écriture.


"Ainsi la guerre des esprits que son maître évoquait avec tant de colère se rapprochait-elle. Cette guerre-là, Justus avait cru qu'elle se limitait à des attaques par lettres, à des insultes par pamphlets, à des vengeances par livres et, au pire, à ce qui en était la peine capitale : la censure.
Mais il comprenait peu à peu qu'en engageant des idées, on s'engageait tout entier, que le conflit des esprits empoignait lui aussi des épées et que bientôt, on répondrait par le sang aux attaques menées à l'encre.
En réalité, tout cela avait déjà commencé depuis longtemps mais Justus avait été tenu à l'écart. Rabelais ne l'avait jamais informé du danger qui les cernait de plus en plus. Il voulait, plus que tout, former un enfant de concorde, et il savait que pour que l'homme aspire à la paix, il fallait qu'il l'eût connue et goûtée."
(extrait du chapitre : « Celui qui mitonne le grand potage de la vie ne manque point d'imagination » se dit Justus en regardant sous le couvercle)

"Le tableau était saisissant. Imago, au centre du groupe, semblait guider la marche mais ses rênes pendantes et son harnachement assez sommaire lui donnaient un air frondeur et négligé. Elle était sous surveillance étroite des deux imposants chevaux qui l'entouraient mais elle se tenait aussi fièrement que s'ils n'étaient là que pour lui obéir. Tandis que les autres s'arrêtaient souplement, Imago continua de trotter allègrement jusqu'à venir couvrir Justus de son souffle chaud et humide. Il plongea la main gauche dans le toupet de sa jument et s'aida de cette prise pour se relever prestement. Face à lui se tenaient les deux chevaux qui avaient raccompagné Imago. À droite, un splendide roncin gris pommelé, tout en rondeurs, natté et harnaché comme un jour de fête, monté en amazone par une dame élégante, dont les harmonieuses couleurs étaient mises en valeur par celles de sa monture. Justus inclina la tête sous le regard de la dame et prépara quelques mots de remerciements. Il avait déjà eu maintes occasions de croiser de nobles personnes et il avait acquis au contact de Rabelais une facilité à saluer les uns et les autres sans affectation ni timidité, sans marquer de respect mensonger ni de servilité dégradante. Rabelais lui avait enseigné à ne pas s'abaisser lui-même et à toujours regarder l'autre en recherchant ce qu'il avait de singulier. Aussi Justus abordait-il les inconnus avec une certaine confiance en lui et un intérêt réel pour l'autre, ce qui le rendait forcément avenant."
(extrait du chapitre : Comment Justus découvre en chemin que les dames merveilleuses n'existent pas que dans les livres)

"Justus hésita. Il eût volontiers confié à son maître une pleine brouettée de ses découvertes et de ses incompréhensions de la veille. Un fourre-tout hétéroclite de questions. La déception de la récolte ratée et cette vision merveilleuse de l'animal ; la rencontre de la dame ; et puis les inquiétudes de la tante ; la menace que faisait peser Puits-Herbault ; ses interrogations sur la valeur démesurée que l'on accordait aux choses rares et le trop peu d'intérêt que l'on portait à ce qui était courant ; les critiques du meunier ; sa discussion avec Armand ; et Seuilly, où il ne voulait plus retourner. Toutes ces petites choses de sa journée, Rabelais les aurait éclairées d'une lumière différente. Il aurait trouvé une interprétation valable. Il l'aurait aidé à lire ces anecdotes « en sens agile ». Et pourtant Justus garda tout cela en lui-même. Ce jour-là, il trouvait bien difficile d'ouvrir son coeur à son maître…
— Maître, j'ai ramassé en une journée un plein panier de questions. De quoi faire une belle fricassée. Mais je vais d'abord faire le tri tout seul et je vous les servirai quand elles seront bien préparées. Légèrement croustillantes, c'est cela ?
Justus avait appris de Rabelais à se sortir des situations difficiles par le rire et cette dérobade pudique toucha Rabelais qui reconnut en lui son disciple. Mais il sentait que l'enfant était tourmenté et qu'il fallait l'aider à parler. Alors il sourit. Et il attendit."
(extrait du chapitre : Quand Rabelais tente d'expliquer à Justus qu'écrire est une autre manière de vivre)

 

 

 

 

Pantagruélique Valérie de Changy


Littérature. Le prix Jean Muno récompense « Fils de Rabelais ». Le 5e prix Jean Muno récompense l'histoire d'un fils imaginaire de Rabelais. Pour François Emmanuel, « une nouvelle étoile s'est ajoutée au ciel » de la littérature.

Pantagruélique Valérie de Changy

Valérie de Changy a reçu un chèque de 2500 euros pour l’encourager à poursuivre dans la voie de l’écriture © RENÉ BRENY

Toute timide, impressionnée par les décors du château de La Hulpe, qu'elle disait découvrir pour la première fois, elle n'avait osé aller s'asseoir aux premiers rangs où des places lui avaient pourtant été réservées, ainsi qu'à ses amis. Une manière pour les non-initiés de connaître, avant même la proclamation, le nom de l'écrivain récompensé du prix Jean Muno 2010. De l'écrivaine en l'occurrence, avec Valérie de Changy, née en 1968 en Italie d'une mère belge et d'un père français, et vivant actuellement à Bruxelles, pour son livre Fils de Rabelais (Éditions Aden).

« Je reçois ce prix comme un encouragement dans la rédaction d'un nouveau roman, quand l'écriture est toujours difficile, a-t-elle commenté. C'est une grande chance, d'autant plus que, dans la liste des romans en lice, il y en avait d'autres magnifiques qui auraient mérité le prix. J'espère que ce prix va m'aider à écrire de belles pages pour les lecteurs. »

Après Daniel Soil et Vent faste en 2001, Chantal Deltenre et « La plus que mère » en 2003, Grégoire Pollet et « Madrid ne dort pas » en 2005 et In Koli Jean Bofane et « Mathématiques congolaises » en 2008, Valérie de Changy est le cinquième auteur à être récompensé d'un prix de 2.500 euros financé par la Communauté française, organisé par le Centre culturel du Brabant wallon et soutenu par la Jeune Province. un prix, auquel participaient 32 ouvrages, pour soutenir le premier roman d'un écrivain en devenir et perpétuer de la même manière le talent de l'écrivain brabançon, Jean Muno. Jean-Baptiste Baronian, son ami, s'en est chargé avec brio.

Une langue élégante

« Un livre palpitant. Des personnages de caractère, des héros attachants, en quête de spiritualité et de liberté, luttent opiniâtrement et avec créativité contre les obstacles de leur époque et le passage des générations. Une langue soignée, élégante et agréable, sans lourdeur ni préciosité, mise au service de l'expression charmante mais primordiale du goût de la vie », notent les membres du jury, qui saluent par ailleurs « La femme qui pleure » de Vicktor Lazlo (Albin Michel) et « Éternels instants » d'Edgard Kosma (Luc Pire). Et l'écrivain François Emmanuel d'ajouter : « Un livre tout en justesse, rythme et élégance qui nous fait revivre le XVIe siècle par un enchantement de l'écriture. Avec Valérie de Changy, une étoile s'est ajoutée au ciel pour parfaire le monde. »

Valérie de Changy devient ainsi « fille pantagruélique » de Rabelais puisque ce prix Jean Muno 2010 s'ajoute au prix de la Première Œuvre de la Communauté française 2010 et au prix Contrepoint de littérature 2010. Son livre avait aussi été finaliste du prix Rossel en 2009, tandis qu'il est en lice pour le prix Indications et pour le prix des Lycéens.

 

 

 

Fils de Rabelais, Valérie De Changy, Aden, 2009

Tous les deux ans, le Centre culturel du Brabant wallon décerne le prix Jean Muno, en mémoire du grand écrivain brabançon. Il honore un premier roman belge et a consacré cette année la très lumineuse Valérie De Changy pour Fils de Rabelais, publié chez Aden. Roman qui collectionne d’ailleurs les distinctions : Prix de la Première œuvre de la Communauté française,  Prix Contrepoint de littérature, Prix Rabelais, sélection pour le Prix des Lycéens …

Et pour cause, ce roman historique chaleureux nous plonge dans le 16ème siècle des humanistes curieux de culture et de nature, cultivant leur esprit comme leur jardin, questionnant la politique comme la médecine, la poésie comme la cuisine, bref épris de savoir et de liberté. Mais l’époque est troublée, ces esprits novateurs sont menacés par les forces conservatrices de la Sorbonne ou du Parlement pour qui toute remise en question signifie une fragilisation inacceptable, et qui préfèrent la généralisation de l’ignorance bien plus facile à gérer.

Ainsi, l’on présenterait volontiers le roman de Valérie de Changy comme un livre engageant à la résistance tant le titre Fils de Rabelais sonne moins comme une insulte que comme un étendard. Nous sommes en 1544, Rabelais, bien qu’il se soit fait censurer et est menacé, se lance dans l’écriture de son Tiers-Livre, traduisant avec ses facétieuses histoires de géants toute son avidité intellectuelle et jouissive et camouflant sous la bouffonnerie ses visées progressistes. Mais Valérie De Changy dote l’ancien moine (quoique toujours prêtre) d’un fils adoptif et fictif, vrai protagoniste du roman. Le jeune Justus (13 ans) a reçu de son père et maître de quoi grandir et vivre une vie d’homme libre. Car, pour Rabelais l’éclairé, l’éducation de ce jeune garçon représente l’espoir qu’il existe un jour des hommes libres ; cette éducation fondée sur la confiance, le sens critique et le rire, sur l’exercice du corps autant que de l’esprit, qui doit être une arme pour défendre sa liberté.

Et c’est bien elle que le jeune garçon sera amené à défendre dans ce roman plein de péripéties. Roman d’apprentissage surtout où Justus découvre, outre la nature et l’art de l’agrémenter dans la casserole, que le monde n’est pas un jardin d’Eden, même s’il s’y trouve également des biches enchantées. Il se voit confronté à la malveillance, au vice et à l’ignorance, ou au sectarisme rapace d’un grand seigneur, comme il découvre – par exemple chez la merveilleuse tante Eulalie, cette autre résistante – ces havres où se cultive le repos, la bonté et l’amour. Mais mûrir et devenir homme signifie quitter ses sûretés, et l’on verra comment Justus, après avoir été sauvé de la mort, sera lui-même amené à sauver maître Rabelais.

Un beau roman tout en espérance dont on ressort rasséréné, à la facture classique et la langue élégante et fluide. On attend la suite en cours… où Justus, devenu moins sage et surtout confiseur de renom, fait le tour des cours d’Europe comme il fait tourner le cœur des femmes…

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