NOUVELLES DE MONTMARTRE

Publié le par LEPIC ABBESSES


La poésie du mime Mokchanov sur les marches du Sacré-Cœur

par Arthur Tarasenko

Touristes ou riverains, tout le monde connaît la silhouette d’Oleg Mokchanov, ce mime planté sur les marches du Sacré-Cœur, dans le 18e arrondissement de Paris. Mais qui est ce personnage, acteur principal du Théâtre de Sibérie en Russie, artiste émérite dans son pays, qui a quitté sa patrie pour suivre sa bien-aimé française ? Portrait et diaporama.

Chaque matin, s’il n’y a pas de forte pluie ou du vent, Oleg Mokchanov prend son sac-à-dos et va travailler. Dans sa besace, il y a une houppelande, des fichus, des gants, sa petite boîte de maquillage blanc, le petit miroir, le pot pour recevoir les pièces de monnaie et une fleur rose artificielle comme accessoire. Il s’assoit sur le banc de jardin à côté de Sacré-Cœur, en se cachant du public, et commence à entrer dans la peau de son personnage. « J’ai fait la connaissance de ma future femme française en Russie, après un spectacle. Elle était en Russie pour apprendre le russe. Plus tard, je suis allé à Paris, avec elle. Nous sommes mariés maintenant. Depuis douze ans, j’habite le 18e arrondissement de Paris avec elle », explique Oleg.

Pour Oleg, trouver un emploi de comédien de théâtre à Paris était impossible. Il ne connaissait pas le français, mais voulait continuer à exercer son métier. Une amie de sa femme a proposé l’idée de la statue. « Avec mon épouse, nous avons commencé notre travail de statue. Ca lui faisait plaisir. Elle était ravie de ce nouveau job. En revanche, je vivais ce nouveau métier d’acteur comme une déchéance de ma carrière. Je pratiquais cela sans joie. J’avais l’air d’un mendiant. C’était une vraie galère. Mais je devais gagner de l’argent. »

Un jour, Oleg Mokchanov a entendu un touriste qui visitait Montmartre dire « Marcel Marceau est revenu ». Depuis, le mime a commencé à changer de regard sur son nouveau métier. « J’ai imaginé que le piédestal en bas des marches était la scène, que les touristes étaient le public. Je n’étais pas un mendiant, mais un artiste qui créait un véritable personnage et donnait l’énergie positive à ses spectateurs. »

Oleg a longtemps cherché les trucs pour provoquer les réactions positives des passants, pour créer un dialogue muet entre lui et les touristes. « C’était très difficile pour moi, parce qu’en Russie, j’étais un acteur bavard. Maintenant, il m’est interdit de parler, je suis mime ! » L’artiste a trouvé le compromis : quand un spectateur lui donne de l’argent, il commence à déclamer mentalement les poésies russes qu’il préfère. Le public n’entend rien, mais à travers le regard expressif, ses mimiques et ses gestes éloquents d’Oleg, c’est comme s’il écoutait quand même.

À côté du Sacré-Cœur, comme Oleg, un harpiste travaille comme artiste de rue. « Il m’a aidé dans mon travail, poursuit Oleg. Cet harpiste crée une atmosphère musicale pour mon personnage. J’écoute toujours sa mélodie et je réagis en fonction des notes. »

Aujourd’hui, le métier de mime est son unique source de revenu. Sa femme a ouvert une boutique de vêtements dans le quartier. Elle n’est plus mime à ses côtés. Mais Oleg, lui, continue de venir à Montmartre, de mettre sa houppelande blanche, de se grimer et de mimer les poésies russes, que tout le monde finit par comprendre.

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