NOUVELLES DE MONTMARTRE

Publié le par LEPIC ABBESSES


Le passage de la sorcière sur France Culture

France Culture consacre son émission Sur les docks de vendredi 26 février au mythique et mystique passage de la sorcière, dans le 18ᵉ arrondissement de Paris.

Alexandre Héraud et Yvon Croizier y présenteront leur documentaire, du rififi sur la Butte, où plusieurs personnalités locales interviennent, notamment :
- Christian Michel, membre du syndicat des copropriétaires qui a engagé en 2002 la procédure auprès de la mairie du 18ᵉ pour obtenir la remise aux normes du passage, puis sa fermeture.
- Thierry Termine, président du Collectif des amis de la sorcière, ayant initié la pétition « Libérez la sorcière » contre la fermeture du passage (3 000 signatures)
- Felix Beppo, adjoint en charge de l’espace public à la mairie du 18ᵉ arrondissement (propriétaire à 16%), favorable à l’ouverture au public du passage
- Et Morgane Rousseau, propriétaire de l’Hôtel Particulier

Retrouvez la présentation de l’émission sur le site de radiofrance.fr

France Culture à Paris sur le 93.5 FM
Sur les docks, du lundi au vendredi de 17h à 17h55

 

 

Du rififi sur la Butte

 

 

 
  Le Rocher de la sorcière
 © Alexandre Héraud / RF
Un documentaire d'Alexandre Héraud et Yvon Croizier
Pour dénicher le « rocher de la sorcière », il ne faut pas hésiter à jouer les explorateurs urbains. Cette roche mystérieuse aux formes disgracieuses que certains pensent être une fontaine désaffectée, trône dans un passage boisé officieusement nommé « Passage de la sorcière », véritable pont entre la rue Lepic et la très chic avenue Junot dans le XVIIIème arrondissement parisien, au cœur du secteur le plus romantique de la butte Montmartre. Un passage qui fait le charme des vagabondages transversaux à travers le vieux Montmartre. Entre les arbres et les plantes (derniers vestiges de ce qu’on nommait le maquis), face à cet étrange rocher, un portail mène à une belle demeure de style Directoire. Elle fut en son temps la maison de la sorcière… La légende raconte qu’une femme y vécut seule, dans ce qui était alors le passage de la « sourcière ». Les enfants du quartier la surnommaient « la sorcière » et ce nom serait resté. Mais beaucoup d’autres légendes restent attachées à cette roche Tarpéienne qui appartient au Paris insolite. Aujourd’hui, un hôtel de luxe – « L’hôtel Particulier » - a choisi de s’installer dans l’ancienne demeure de la sorcière. La rumeur dit que, dés lors, tout avait changé concernant la vocation de ce qui était resté le dernier des passages privés ouverts au public sur la Butte Montmartre. En effet, depuis le mois de juin dernier, les quelque soixante copropriétaires réunis en assemblée générale ont décidé de sa fermeture pour des raisons de sécurité et les riverains s’en sont vus confisqué l’accès.
La fronde peut commencer et il ne fait nul doute que la sorcière se régale du mauvais sort lancé sur ce lieu...

Avec :
Christian Michel, membre du syndicat des copropriétaires qui a engagé en 2002 la procédure auprès de la mairie du XVIIIème pour obtenir la remise aux normes du passage, puis sa fermeture ;
Thierry Termine, président du Collectif des amis de la sorcière, ayant initié la pétition « Libérez la sorcière » contre la fermeture du passage (3.000 signatures) ;
Felix Beppo, adjoint en charge de l’espace public à la mairie du XVIIIème arrondissement (propriétaire à 16%), favorable à l’ouverture au public du passage ;
Morgane Rousseau, propriétaire de l’Hôtel Particulier ;
Antoine Guémy et Edmond Bonnefoy, riverains pétitionnaires ;
Hubert Caporal, auteur du roman feuilleton sur Internet « Passage de la butte » ;
Sylvain Garel, chef de file des Verts du XVIIIème arrondissment, Conseiller de Paris ;
Philippe Pezet, Elisabeth Revon et Cécile Fréhaut, locataires ;
Chantale Vuldy, propriétaire,
Et Idir, clochard céleste.

 

Gare au passage de la Sorcière

Urbanisme. Sous prétexte d’insalubrité et de dangerosité, une voie piétonne du XVIIIe arrondissement parisien a été fermée au public. Un collectif s’en mêle.


«Ce passage privé dangereux a subi de nombreuses dégradations, il n’est plus aux normes et est sous la menace d’un arrêté de péril.» Voilà les quelques mots qui bloquent l’accès, depuis le 22 juin, du passage dit «de la Sorcière», pont entre la rue Lepic et l’avenue Junot, dans le XVIIIe arrondissement de Paris.

Sésame. Autant dire qu’il faut prendre son mal en patience avant de pouvoir gravir les marches menant au fameux «rocher de la sorcière», roc intrigant qui trône au milieu du passage, l’obstruant (lire ci-contre). En effet, l’entrée est désormais réservée aux heureux résidents ou boulistes détenteurs du sésame ouvrant les grilles. Cet attachant passage, toujours recommandé dans les guides touristiques, est devenu source de trouble et de blocage.

En 2002, Daniel Berrebi, aujourd’hui président du syndicat des copropriétaires, a décidé d’engager une procédure auprès de la mairie du XVIIIe pour obtenir la remise aux normes du passage : «Au-delà des murs taggés et des bouteilles cassées, le passage n’était pas éclairé, les rampes étaient arrachées. Cela faisait trente ans qu’il n’y avait pas eu de travaux. Nous avions comme projet de créer une association et de voir la mairie y adhérer puisqu’elle possède le terrain de pétanque.»

Riverains et mairie ne trouvant pas d’accord sur le partage des frais d’entretien du passage, l’association des propriétaires voit le jour en 2007. «Nous ne souhaitions pas la fermeture du passage, mais trouver un compromis pour qu’il reste ouvert le jour… Il y a cent fois plus de passants que de propriétaires à utiliser quotidiennement le passage. Nous ne pouvions pas payer pour tout le monde.» Les travaux étant estimés à 100 000 euros, une pétition est lancée en 2008 par les riverains pour obtenir une subvention, recueillant 1 600 signatures. Dans le même temps, la préfecture décrète le passage «dangereux».

Ping-pong. Dans l’esprit de certains riverains, le passage était de fait synonyme de problèmes et d’insécurité. «Il y avait des dealers sur les marches… une de mes clientes a été agressée… la police planquait sur ma terrasse», se lamente un restaurateur du quartier. Une privilégiée, propriétaire du passage, s’exaspère, elle, des seringues et excréments jonchant «[son] jardin». Période électorale oblige, les promesses finissent par surgir aux municipales de 2008.«Le maire du XVIIIe devait nous transmettre ses propositions en mars, elles ne sont venues qu’en janvier 2009 et n’étaient pas satisfaisantes à nos yeux, la plupart des clauses n’étant pas négociables.»

Le match de ping-pong local se poursuivant, en avril, la balle est dans le camp des co-proprios, leur syndicat se réunit en AG pour lancer un ultimatum : soit la mairie finance les travaux, soit le passage fermera. Cette dernière option tend à l’emporter en sous-main ; du coup, c’est le quartier qui se verrait lésé par cette privatisation en douce du passage public… Les portes du dialogue n’étant certes pas encore définitivement fermées, le bras-de-fer doit reprendre à la rentrée. Le fait accompli unilatéral (et de légalité discutable) de fermeture du passage n’étant pas du tout du goût des habitants du quartier, Thierry Temine est l’un des premiers à avoir réagi avec énergie…

Dévoiement. «Une copine du coin m’a téléphoné pour me dire qu’il y avait anguille sous roche. Déjà avant le 22 juin, un panneau signalait le "danger" du passage avec un discours très ambigu… Nous avons vite compris qu’il allait fermer définitivement. Avec quelques autres Gaulois, nous avons rédigé une pétition, qui rassemble déjà 2 700 signataires, s’enflamme Thierry Temine. Ce sont 900 personnes qui utilisaient le passage quotidiennement. Beaucoup de mères de familles empruntaient ce parcours qui relie Montmartre-haut et Montmartre-bas. Comme le passage figure dans ses topoguides, la fédération des randonneurs a même écrit à Bertrand Delanoë.»

Le Collectif des amis de la Sorcière, formé par M. Temine, ne compte pas en rester là. Les membres se sont déjà rassemblés à deux reprises à l’entrée du passage ou de la mairie pour manifester leur ire. Ils comptent bien la faire monter jusqu’à l’Hôtel de Ville de Paris.

Les «passages» ne sont pas rares dans ce quartier popu branché (une vingtaine), mais le passage de la Sorcière est le dernier et le seul dont la fermeture et le dévoiement puissent être encore évités… Pour peu que Delanoë et Mitterrand s’en mêlent, la roche Tarpéienne de la Sorcière restera fontaine de charme.

 

 

 

 

Contribution : point de vue
sur le passage de la Sorcière

par Anne-Marie Bérard

Début octobre, Dixhuitinfo a publié un article sur la fermeture au public du passage de la Sorcière, qui relie l’avenue Junot à la rue Lepic. Dans une contribution, Anne-Marie Bérard, habitante du quartier et amoureuse du passage, nous expose son point de vue sur cette affaire et sur la mobilisation des riverains.

Vous venez de publier un nouvel article sur le « tintamarre » provoqué vendredi 2 octobre autour du passage de la Sorcière. Depuis le début, je soutiens l’initiative citoyenne qui me déçoit cependant :

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Les anciennes grilles du passage de la Sorcière, côté avenue Junot.

La première manifestation devant la mairie le 29 juin 2009 avait été repoussée d’une heure pour ne pas gêner l’arrivée des participants au conseil municipal, aucune délégation n’a ensuite pénétré dans la salle du conseil pour faire entendre publiquement les revendications. La Presse fut absente.

La dernière manifestation devant le passage n’a pas non plus répondu à mes attentes : trop peu de participants, rien de festif, aucun porte-voix etc. J’avais demandé que, bien avant les Journées du Patrimoine, nous fassions du bruit tous les vendredis, voire un autre jour, à partir de 18 h. Car le vendredi à 19 h, les gens motivés sont déjà partis en week-end.

Il fallait non seulement réclamer la réouverture du passage de la Sorcière, mais exiger également l’accès (au moins une fois par an) à la Mire du Nord, monument historique classé, érigé sur un terrain propriété de la Municipalité, à côté du Moulin de la Galette. Le permis de construire avait été délivré en son temps contre l’engagement de garantir le libre accès à ces monuments historiques.

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Les escaliers du passage de la sorcière.

Par ailleurs l’argument de dangerosité évoqué à propos des marches de l’escalier conduisant du rocher vers la rue Lepic ne tient pas : la rampe est neuve, les marches dans un état tout à fait correct, comparé au passé et à d’autres marches autour du Sacré Cœur. D’ailleurs, des escaliers en excellent état ne protègent pas contre la fermeture au public, voir celui de la Villa des Artistes…

L’argument « manque de moyens financiers » ne tient pas non plus. En un laps de temps d’une semaine, après le rassemblement place Jules Joffrin, le 29 juin dernier, des grilles luxueuses ont remplacé les anciennes grilles du passage, qui avaient été tout à fait convenables, le pavage a été revu. Les copropriétaires avaient les moyens de financer les travaux et l’installation d’un interphone.

Le passage était nettement plus propre en 2007/2009 qu’au cours des trois décennies précédentes. Ce n’est pas le fait de se trouver dans un passage un peu sombre que les murs attirent les tagueurs : chez moi, dans la partie bien entretenue de la rue Championnet, murs et portes sont régulièrement « décorés » en plein jour.

L’Hôtel Particulier du passage de la Sorcière a tort de fermer le passage, décision prise avant le 22 mai 2009 : l’endroit perd son côté mystérieux, intrigant, pour les clients qui cherchent autre chose qu’un hôtel traditionnel, dans un cadre classique.

Le blog d’Anne Marie Bérard : Captures d’instants

Pour illustrer son propos, Anne-Marie Bérard nous a adressé plusieurs photos du passage de la Sorcière. Diaporama.


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