NOUVELLES DU 18 EME

Publié le par LEPIC ABBESSES

Ces musulmans qui prient dans la rue

Alors que Daniel Vaillant, le maire du XVIIIe arrondissement de Paris, promet la création d’un grand lieu de prières pour les musulmans en 2012, à l’heure des prières dans la rue, la polémique fait rage. Reportage à la Goutte-d’Or. Voir la VIDEO

Dans le XVIIIe arrondissement parisien, des musulmans prient dehors chaque vendredi Dans le XVIIIe arrondissement parisien, des musulmans prient dehors chaque vendredi © SIPA A l’angle du boulevard Barbès et de la rue des Poissonniers, des barrières bloquent l’accès aux voitures. La mosquée El Fath est située une vingtaine de mètres plus haut, au coin de la rue Polonceau. Mais depuis le boulevard, à perte de vue, on ne voit qu’une marée d’hommes, agenouillés en rang sur la chaussée. « C’est en réaction aux propos de Marine Le Pen ? », s’enquiert une passante. « Non, c’est comme ça tous les vendredi ! La galère », soupire une habitante, avant de faire un détour avec sa poussette…
Il est 13 heures. Combien de musulmans sont réunis, dans ce froid glacial ? Plusieurs centaines ? Un millier ? Sur le trottoir, un passage est laissé libre pour les riverains. Une dizaine d’hommes, brassard orange au bras, veillent à la sécurité et préservent l’accès aux rares commerces – non-musulmans – ouverts. De petites enceintes retransmettent le prêche de l’imam, en arabe.

« Vous croyez que ça nous amuse de prier dehors ? »

Soudain, le silence. La prière débute. Comme un seul homme, les fidèles se prosternent, se relèvent, au nom d’Allah. Face à une agence de voyages, face à une bagagerie, peu importe. La scène est saisissante. « C’est comme s’immiscer dans une cérémonie privée… mais en pleine rue ! », glisse un touriste mal à l’aise. Quelques minutes plus tard, chacun se relève. Les chaussures sont renfilées, les tapis roulés. La foule se disperse. Il est 13 h 30. « Vous croyez que ça nous amuse de prier dehors ? On n’a pas le choix », lance Dahaman, venu du Val-de-Marne pour faire ses courses et prier au passage. Pour tous, les mots de Marine Le Pen n’ont qu’une visée électoraliste. « Son père Jean-Marie a passé sa vie à parler des musulmans, maintenant il est retraité, et il ne sera jamais président. Sa fille va faire pareil ! » Un jeune fidèle ajoute : « C’est beau de voir des gens se prosterner. On ne fait rien de mal, on prie. On n’est pas en train de voler des sacs ! » Dans la rue, la vie reprend son cours. Les vendeurs à la sauvette ont remplacé les fidèles.

A quelques centaines de mètres, la rue Myrha. Ici aussi, des centaines de pratiquants empiètent sur la chaussée. « Ça ne dure que 30 minutes, on ne dérange personne », glisse un épicier. Un commerçant se montre plus circonspect : « Prier, c’est comme prendre un bain, ça devrait être privé ! », dit-il, glissant qu’il n’a pas d’autre choix que de tirer le rideau.

« Ils se croient tout permis »

Dans ce quartier populaire, les ressentis diffèrent. Pour Nicole, 69 ans, « les musulmans bloquent tout, ils gueulent comme des fous, ils se croient tout permis ! ». Pour sa voisine, « ils ne sont pas du tout dans une démarche de provocation. Et les riverains restent cools ». Jusqu’à quand ? Ce vendredi, avant la prière, le recteur de la mosquée de la rue Myrha, Hamza Salah, confiait sa « hantise » d’un accident : « L’islam a besoin d’espace et de visibilité. C’est tout ce qu’on demande. On en a marre d’être des boucs émissaires. » Selon lui, ses fidèles viennent tous du quartier. Et quand la nouvelle mosquée sera ouverte, en 2012, plus personne ne priera dehors…

Isabelle, aux premières loges dans sa boutique, en doute. Pour elle, elle en est sûre, rien ne changera : « 80 % des fidèles ne vivent pas ici ! Ils racolent juste du monde pour montrer qu’ils ont besoin de place. » Elle a longtemps connu des intimidations, des dégradations. « Depuis un mois, ça va mieux. Un homme de la mosquée fait la police, et empêche les gens de prier sur mon paillasson ! Le problème, c’est qu’à chaque fois qu’un imbécile stigmatise l’islam, on voit ressortir les barbus et les burqas. La tension monte. Et pendant ce temps, on détourne l’attention des vrais enjeux. »

Voir notre reportage vidéo :

 

 

Daniel Vaillant : "Nous allons construire une mosquée dans le XVIIIe"

Ancien ministre de l’Intérieur et des Cultes dans le gouvernement Jospin, le socialiste Daniel Vaillant est aujourd’hui député et maire du XVIIIe arrondissement de Paris. Voilà plus de dix ans qu’il est directement confronté au phénomène des « prières de rue » de musulmans. Pour cet ardent défenseur de la loi de 1905 qui régit les rapports entre l’Etat et les religions, l’islam en France manque de locaux. Des solutions doivent être trouvées, dit-il, avec pragmatisme mais sans transiger sur la laïcité.

France-Soir. Porte-parole du PS, Benoît Hamon vient de qualifier la situation dans le XVIIIe, votre arrondissement, d’« inacceptable »…
Daniel Vaillant.
Benoît Hamon aurait mieux fait de m’appeler ! Je ne sais pas où il est élu, mais visiblement il fait du hors-sol !… Il ne sait pas de quoi il parle. Il y a malheureusement au PS beaucoup de gens qui ne connaissent rien à la laïcité.

F.-S. Que lui reprochez-vous exactement ?
D. V.
De donner raison à Marine Le Pen (elle avait comparé ces prières à l’occupation allemande, NDLR) en laissant entendre qu’elle pose une vraie question. Comme si nous ne nous l’étions pas déjà posée, et depuis longtemps !… Simplement, moi, en élu de terrain, je suis un pragmatique. En attendant que l’on trouve des solutions, je préfère permettre aux musulmans de prier dans la rue plutôt que d’envoyer la police et de provoquer la castagne !

F.-S. Certains disent que si les gens prient dans la rue, ce n’est pas faute de mosquées, c’est par provocation. D’ailleurs une partie de ceux qui prient chez vous n’habiteraient pas le XVIIIe…
D. V.
La plupart des fidèles viennent du XVIIIe, parfois du XIXe (où une mosquée rue de Tanger, qui regroupait 2.000 fidèles, a été détruite). Il y a aussi sûrement des gens de banlieue qui viennent faire leurs courses dans le XVIIIe et qui en profitent pour prier, parce qu’ils aiment le quartier ou l’imam. Ça ne veut pas dire pour autant qu’il y a plus de place en banlieue. Des solutions doivent être trouvées là-bas également.

F.-S. Vous avez dit que vous préférez que les musulmans prient à ciel ouvert plutôt que dans des caves car, dehors, on sait au moins ce qui se dit. Craignez-vous des dérives intégristes ?
D. V.
Rue Polonceau, non. Ce sont des frères africains plutôt modérés qui tiennent la mosquée.
Rue Myrha, le recteur est un homme à poigne, et c’est plus compliqué. En tout cas, c’est mieux que du temps, il y a dix ans, quand il y avait l’islam des caves et les babouches, qui attendaient en haut sur le trottoir.

F.-S. Le PS semble aujourd’hui partagé entre les ultra-laïcs et les partisans d’un multiculturalisme à l’anglo-saxonne, prêts à quelques entorses à la loi de 1905. Où vous situez-vous ?
D. V.
Je me définis comme un athée laïc. Je suis un défenseur farouche de la loi de 1905 : en séparant la religion et l’Etat, elle garantit dans le même temps la liberté religieuse de tous. Je me méfie aussi bien de ceux qui « bouffent du curé » tous les matins que de la tendance « tout le monde, il est gentil ». Je préfère le juste milieu.

« En 2012 s’ouvrira chez moi un Institut des Cultures musulmanes »

F.-S. Pour vous, pas question donc de toiletter la loi de 1905 ?
D. V.
Ce serait ouvrir la boîte de Pandore ! Cette loi n’empêche pas les initiatives communes entre l’Etat et les religions. Les bases du Conseil français du culte musulman (CFCM), c’est moi, et pas Sarkozy, même s’il ne cesse d’en revendiquer la paternité !

F.-S. En attendant, vous proposez quoi pour les prières dans la rue à la Goutte-d’Or ?
D. V.
On avance. Après de longues négociations, nous bâtissons un grand complexe qui verra le jour en 2012 et qui permettra aux musulmans croyants de prier. C’est bien la preuve que les mairies peuvent donner un coup de pouce sans trahir la loi de 1905. Nous participons à hauteur de 22 millions à la construction de cet Institut des cultures musulmanes. La partie culturelle de l’établissement (association loi 1901) revendra ensuite certains locaux à la partie « cultuelle », laquelle sera financée par des mécènes musulmans, à hauteur de 7 millions d’euros. Comme ça, ce sera chacun chez soi, dans le respect de la laïcité.

www.francesoir.fr

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