NOUVELLES DU 18 EME

Publié le par LEPIC ABBESSES

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Projection-débat sur Patrice Lumumba

La mairie du 18e rend hommage à l’une des figures les plus emblématiques de l’Afrique : Patrice Lumumba, lors d’une projection-débat « Une mort de style colonial », qui se tiendra le 9 décembre 2010 à 19h, en salle des fêtes.

Cette projection-débat, organisée par l’association Protéa et co-présentée par Frédéric Tyrode St Louis (président de l’association) et Steven  Bourlet (membre fondateur de l'association), est l’occasion de voyager au cœur de l’une des conspirations les plus marquantes de l’histoire africaine.

Principale figure de l'indépendance du Congo, Patrice Lumumba, alors Premier Ministre de la République Démocratique du Congo, fût victime d’un assassina. "Après sa mort, Lumumba a cessé d'être une personne. Il est devenu l'incarnation de l'Afrique", disait Jean- Paul Sartre. L'assassinat de Lumumba, le 17 janvier 1961, a transformé ce leader de l'unité africaine en véritable figure mythique.

Après 40 ans de mystère sur sa mort, cette conférence revient sur l’histoire de cet homme, devenu « l’incarnation de l’Afrique » pour tout un peuple.

Protéa est une association qui valorise l'histoire des peuples d’Outre-Mer (DOM-TOM), d'Afrique et des Amériques, à travers des projections débats, notamment sur les thèmes de la traite négrière, de l'esclavage et de son abolition, ou encore la colonisation.

Infos utiles :
Projection-débat « Une mort de style colonial »
Le 9 décembre 2010
À 19h
Salle des Fêtes
Mairie du 18e

 

 

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Discours de Patrice LUMUMBA le 30 juin 1960

La Barbarie Blanche

Discours de Patrice LUMUMBA le 30 juin 1960

 

Discours de Patrice LUMUMBA, Premier ministre et ministre de la défense nationale de la République du Congo, à la cérémonie de l’Indépendance à Léopoldville le 30 juin 1960.

"Congolais et congolaises, combattants de l’indépendance aujourd’hui victorieux. Je vous salue au nom du gouvernment congolais...

...A vous tous, mes amis qui avez lutté sans relâche à nos côtés

... Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres

...nous avons connu que la loi n’était jamais la même, selon qu’il s’agissait d’un blanc ou d’un noir...

Qui oubliera, enfin, les fusillades où périrent tant de nos frères, ou les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient pas se soumettre à un régime d’injustice, d’oppression et d’exploitation ?..."

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Patrice Emery Lumumba

AVANT LE DISCOURS DE PATRICE LUMUMBA

Le roi Baudoin fait un discours, un discours raciste de colonisateur impitoyable et diabolique dans lequel il magnifie le rôle de la Belgique et il dit tout ce que la Belgique aurait apporté au Congo. Et il dit aussi que l’on est arrivé à un moment où la Belgique décide de donner l’indépendance au Congo et qu’il est venu pour ça et que c’est très bien.

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Roi Leopold II

Au discours pro-colonial du roi Baudoin répondra le discours officiel insignifiant du président du parlement, Joseph Kasa Vubu qui remercie le roi et en appelle à dieu. Kasa Vubu fait un discours dans lequel il remercie le roi Baudoin ( Ya Bon Blanc ! ), il parle du Congo, il parle de l’avenir, très bon discours aussi pour les Blancs... :

"...Dans une attitude de profonde humilité j’ai demandé à dieu qu’il protège notre peuple et qu’il éclaire tous ses dirigeants...". Discours du président Kasa Vubu,le 30.06.1960 à Léopoldville

LE DISCOURS DE PATRICE LUMUMBA

Le discours de Lumumba n’était pas prévu. Donc la presse internationale est là, tout d’un coup il se lève et il va à la tribune :

« A vous tous, mes amis qui avez lutté sans relâche à nos côtés, je vous demande de faire de ce 30 juin 1960 une date illustre que vous garderez ineffaçablement gravée dans vos cours, une date dont vous enseignerez avec fierté la signification à vos enfants, pour que ceux-ci à leur tour fassent connaître à leurs fils et à leurs petits-fils l’histoire glorieuse de notre lutte pour la liberté .

Car cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd’hui dans l’entente avec la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d’égal à égal, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c’est par la lutte qu’elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang . C’est une lutte qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l’humiliant esclavage, qui nous était imposé par la force .

Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste, nos blessures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre mémoire.

Nous avons connu le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou de nous loger décemment, ni d’élever nos enfants comme des êtres chers. Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres. Qui oubliera qu’à un noir on disait « Tu », non certes comme à un ami, mais parce que le « Vous » honorable était réservé aux seuls blancs ?

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La Barbarie Blanche

Nous avons connu nos terres spoliées au nom de textes prétendument légaux, qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort, nous avons connu que la loi n’était jamais la même, selon qu’il s’agissait d’un blanc ou d’un noir, accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres. Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou, croyances religieuses : exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort même. Nous avons connu qu’il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les blancs et des paillotes croulantes pour les noirs : qu’un noir n’était admis ni dans les cinémas, ni dans les restaurants, ni dans les magasins dits européens, qu’un noir voyageait à même la coque des péniches au pied du blanc dans sa cabine de luxe.

Qui oubliera, enfin, les fusillades où périrent tant de nos frères, ou les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient pas se soumettre à un régime d’injustice ?

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La Barbarie Blanche

Tout cela, mes frères, nous en avons profondément souffert, mais tout cela aussi, nous, que le vote de vos représentants élus a agréés pour diriger notre cher pays, nous qui avons souffert dans notre corps et dans notre cour de l’oppression colonialiste, nous vous le disons, tout cela est désormais fini.

La République du Congo a été proclamée et notre cher pays est maintenant entre les mains de ses propres enfants (.) ».

COMMENTAIRES :

Puis il y eut l’allocution non annoncée du Premier Ministre Patrice Emery Lumumba à la grande surprise du gouvernement belge et de la maison royale.

"Congolais et congolaises, combattants de l’indépendance aujourd’hui victorieux".

De plus il explique que l’indépendance du Congo n’est pas un cadeau de la Belgique mais qu’elle a été proclamée en accord avec la Belgique suite à la lutte politique pour l’indépendance :

"nul congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier que c’est par la lutte qu’elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans la quelle nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang".

Lumumba dénonce alors ouvertement le système colonial que Baudoin a glorifié comme le chef-d’oeuvre de son grand-oncle et le condamne comme "l’humiliant esclavage qui nous était imposé par la force"

Son discours, pour les Congolais, fut libérateur de tant d’humiliations, de brimades et de crimes contre l’humanité subis et jamais dénoncés publiquement. Il fut interrompu à huit reprises par les applaudissements de la foule et son discours fut courronné par une véritable ovation tandis que le roi Baudoin devint livide selon nombre d’observateurs . Lumumba intervint immédiatement après l’allocution du président congolais. C’est Joseph Kasongo, le président de la chambre des représentants qui donna la parole au Premier ministre à la grande stupéfaction du gouvernement Eyskens et du roi. Aucun des spectateurs de cette journée n’avait eu le projet de texte de Lumumba ni la presse, ni les Belges, ni les Congolais. Jean Van Lierde, ami belge de Lumumba, raconte comment il a vu Lumumba corriger son texte durant l’allocution du roi Baudoin et du président Kasa Vubu. C’est le contenu du discours qui va sceller le sort de Lumumba et montrer au monde entier de quelles valeurs, de quelle idéologie politique il était trempé. Pour la première fois, un "nègre" devenu le plus haut responsable du gouvernement congolais, révèle au monde entier le sort que les colonisés ont subi sous le joug colonial au Congo. Comble du déshonneur pour les racistes colonisateurs et les lèches bottes, il ne s’adresse ni au roi, ni au gouvernement belge mais aux Conglais reléguant les anciens colons au rôle de spectateur.

NOTES :

- Pendant une vingtaine d’années, les agents territoriaux, la force publique, et les milices armées des sociétés privées, allaient répandre la terreur dans les régions de l’Équateur, de l’Aruwimi, du Lomami, du Mai-Ndombe, de l’Itimbiri, de l’Uele, du Kasaï et de la Mongala. Esclavagisme, déportations, guerres, massacres, pillages, captures, emprisonnements et tortures étaient les moyens et les méthodes utilisés pour forcer la population à récolter le caoutchouc et à le livrer aux autorités coloniales. Des millions de Congolais allaient mourir à cause du régime mis en place par le roi Léopold II. Ce régime de terreur ne sera quasiment jamais dénoncé par les missionnaires catholiques qui participaient à la prétendue mission civilisatrice du roi.

- En 1919, une commission officielle du gouvernement belge estima que, depuis l’époque où Stanley avait commencé à établir les fondations de l’Etat de Léopold, la population du territoire avait été réduite de moitié.

- "Mais Patrice était tellement un homme libre que pour les gens s’étaient tellement original de voir un nègre qui ne lèchait pas les pieds des hommes coloniaux et des colons qu’instinctivement il devenait comme une menace. Et c’est ça, cette liberté qui a fait de lui cette météore qui passe dans le ciel et puis qui disparaît...Ca c’est vraiment le moment de ce discours du 30 juin 1960. Beaucoup de gens alors ont dit il a signé son arrêt de mort avec ce discours. Puisque le gouvernement Belge alors, qui ne voulait pas de lui pas seulement à cause du discours du 30 juin, mais parce qu’il était Patrice Lumumba et que ça coïncidait pas avec l’espérance des Belges ni avec celles des Américains ni avec celles de beaucoup de gens du monde des affaires.". Jean Van Lierde, ami de Lumumba, militant belge anti-colonialiste.

Respectueusement et avec tristesse :

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Le début de la fin pour Patrice ; Le début du Commencement pour nous.

- A la mémoire de mon Ami, frère de lutte Bejedi Ntone Patrice, appelé par le Dieu Amon le 23 juin 2004. Je le cite : « On va gagner René-louis ! »

-  A la mémoire de notre grand frère Patrice Emery Lumumba qui n’a jamais ménagé ses efforts dans la lutte pour la libération de notre continent bien-aimé toujours aux mains de criminels sans scrupules.

Grand Frère Patrice respecté, adoré, tu l’as payé de ta vie, mais l’Honneur est sauf. Tu es parmi les étoiles impérissables pour l’éternité avec la Déesse Asèt (déesse Isis). Je t’envie !!!

 

 

 

 

 

 

Patrice Emery Lumumba (1925-1961)  
Patrice Emery Lumumba (1925-1961)
 

La dernière lettre de Patrice Lumumba

Essayant de gagner la province du Kasaï contrôlée par ses partisans fin novembre 1960, Lumumba est capturé. De sa prison, il écrit à sa femme Pauline.

Ma compagne chérie,

Je t’écris ces mots sans savoir s’ils te parviendront, quand ils te parviendront et si je serai en vie lorsque tu les liras. Tout au long de ma lutte pour l’indépendance de mon pays, je n’ai jamais douté un seul instant du triomphe final de la cause sacrée à laquelle mes compagnons et moi avons consacré toute notre vie. Mais ce que nous voulions pour notre pays, son droit à une vie honorable, à une dignité sans tache, à une indépendance sans restrictions, le colonialisme belge et ses alliés occidentaux – qui ont trouvé des soutiens directs et indirects, délibérés et non délibérés, parmi certains hauts fonctionnaires des Nations-Unies, cet organisme en qui nous avons placé toute notre confiance lorsque nous avons fait appel à son assistance – ne l’ont jamais voulu.

Ils ont corrompu certains de nos compatriotes, ils ont contribué à déformer la vérité et à souiller notre indépendance. Que pourrai je dire d’autre ?

Ce n'est pas ma personne qui compte, c'est le Congo
Patrice Lumumba





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Patrice Lumumba en mai 1960 à Stanleyville  
Patrice Lumumba en mai 1960 à Stanleyville
© lynn waldron
 

Que mort, vivant, libre ou en prison sur ordre des colonialistes, ce n’est pas ma personne qui compte. C’est le Congo, c’est notre pauvre peuple dont on a transformé l’indépendance en une cage d’où l’on nous regarde du dehors, tantôt avec cette compassion bénévole, tantôt avec joie et plaisir. Mais ma foi restera inébranlable. Je sais et je sens au fond de moi même que tôt ou tard mon peuple se débarassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se lèvera comme un seul homme pour dire non au capitalisme dégradant et honteux, et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur.

Nous ne sommes pas seuls. L’Afrique, l’Asie et les peuples libres et libérés de tous les coins du monde se trouveront toujours aux côtés de millions de congolais qui n’abandonneront la lutte que le jour où il n’y aura plus de colonisateurs et leurs mercenaires dans notre pays. A mes enfants que je laisse, et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau et qu’il attend d’eux, comme il attend de chaque Congolais, d’accomplir la tâche sacrée de la reconstruction de notre indépendance et de notre souveraineté, car sans dignité il n’y a pas de liberté, sans justice il n’y a pas de dignité, et sans indépendance il n’y a pas d’hommes libres.

A mes enfants que je laisse et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu'on dise que l'avenir du Congo est beau
Patrice Lumumba







Le livre du sociologue belge Ludo de Witte révéla dans quelles conditions était mort Lumumba  
Le livre du sociologue belge Ludo de Witte révéla dans quelles conditions était mort Lumumba
 

Ni brutalités, ni sévices, ni tortures ne m’ont jamais amené à demander la grâce, car je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de mon pays, plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrés. L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité. Ne me pleure pas, ma compagne. Moi je sais que mon pays, qui souffre tant, saura défendre son indépendance et sa liberté.

Vive le Congo ! Vive l’Afrique !

Patrice Lumumba
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