NOUVELLES DU 18 EME

Publié le par LEPIC ABBESSES

 

Drôle de micmac
pour un relogement express

par Geoffrey Bonnefoy

Une dizaine de familles de demandeurs d’asile, hébergées dans un hôtel rue des Poissonniers, dans le 18e arrondissement de Paris, a dû quitter les lieux du jour au lendemain, début avril 2010, pour la lointaine banlieue. En cause : l’hôtel, qui ne répondait pas aux normes.

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M. Dayaharani, réfugié Sri Lankais. Ses enfants sont Français.

L’affaire remonte au 31 mars dernier. Une dizaine de familles, demandeuses d’asile et en situation régulière, prises en charge par le Casp, le Centre d’action sociale protestant, et hébergées dans un hôtel meublé 29 rue des Poissonniers, se voient sommées par l’association de quitter les lieux du jour au lendemain, sans plus d’explications. Le responsable de l’hôtel explique avoir « été prévenu par le veilleur de nuit, vers 21h, le mercredi 31 mars 2010. Le Casp demandait aux familles dont il s’occupait de quitter l’hôtel, au plus tard le 1er avril à midi ».

Car depuis 1er avril 2010, le Samu Social de Paris (SSP) a pris le relais du Casp, et s’occupe désormais de la gestion de l’hébergement des familles demandeuses d’asile, dont celles qui vivaient rue des Poissonniers. L’organisme social n’a pas voulu continuer la collaboration avec l’hôtel et a relogé les familles en banlieue dans un autre hôtel meublé, à Épinay-sur-Seine et Noisy-le-Grand.

Hôtel pas aux normes
Pourquoi ce relogement ? Valérie Coton, chargée de la communication au SSP explique : « Nous avons fait une visite de l’hôtel en mars 2010 et nous nous sommes aperçus qu’il ne répondait pas aux normes (mauvais état de certaines chambres, suroccupation, plafonds et sols pas à niveau, serviettes et papier toilette non fournis, etc.). Nous avons informé le Casp que la collaboration avec cet hôtel ne pourrait pas continuer et nous avons pris la décision, pour le bien-être et la sécurité des familles, de les reloger. C’est vrai, parfois, c’est un peu loin... »

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L’hôtel meublé, rue des Poissonniers

Cet hôtel serait-il dangereux pour les uns et pas pour les autres ? Sandrine Poutonnet, chargée de la communication du Casp renvoie la balle à la Préfecture de Police. « Celle-ci nous transmet une liste des hôtels non-conformes, or celui-ci n’en faisait pas partie. ». D’ailleurs, une quinzaine de familles qui ne sont prises en charge ni par le Casp, ni par le Samu Social, vivent toujours sur place.

Autre question : les enfants sont scolarisés dans les écoles primaires rue Richomme dans le 18e. Que vont-ils devenir ?

« J’étais hébergé à l’hôtel depuis trois ans. Trois de mes quatre enfants sont scolarisés rue Richomme. Pour l’instant, nous faisons les aller-retour depuis Épinay, mais le rythme est dur », explique M. Dayaharani, salarié dans un restaurant de La Défense qui soulève le peu d’information autour de ce relogement. « Je souhaite rester à Paris. » Plus d’une heure de trajet, contre cinq minutes auparavant, et un réveil aux alentours de 5h30. « Les changer d’école ? Je ne sais même combien de temps nous allons rester à Épinay ! » Le relogement est en effet provisoire, d’une durée d’un mois.

Le relogement express a ému les autres parents d’élèves et le directeur de l’école maternelle, qui ne disposaient pas mardi d’informations de la part du Casp. Idem à la mairie du 18e où personne n’avait été prévenu. L’effet, sans doute, du week-end prolongé de Pâques.

« C’est un parent concerné par le relogement qui m’a averti le 1er avril. Personne ne nous avait prévenu ! » déclare Laurent Ribaut, le directeur de la maternelle. « D’un point de vue pédagogique, c’est très déstabilisant pour les enfants de quitter l’école en milieu d’année, ainsi que pour l’équipe enseignante qui a mis en place des activités, et pour les autres enfants, qui voient leurs copains partir du jour au lendemain. »

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Signature mardi 6 avril d’une pétition mise en place par des parents d’élèves

Au SSP, Valérie Coton affirme, que les familles « ont été informées qu’elles seraient prises en charge par nos soins au 1er avril 2010 et qu’elles devaient déménager », ce que confirme le Casp. Quand cette information a-t-elle été donnée, a-t-elle bien été reçue et pourquoi ne pas avoir averti les écoles ? Il semblerait que ça ait coincé à ces niveaux là.

Du côté des parents d’élèves, l’heure est à la solidarité et la mobilisation. Une pétition a été lancée réclamant au Samu Social de trouver une solution pour héberger les familles à proximité de l’école. Elle avait recueilli, mardi 6 avril, une centaine de signatures.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Yochk’o Seffer, la musique
pour se jouer des frontières

9 avril 2010 par Philippe Bordier

Musicien insatiable, peintre talentueux, Yochk’o Seffer vit depuis trente ans dans le 18e arrondissement de Paris. Du jazz au classique, en passant par la pop et le groove, l’artiste d’origine hongroise n’en finit pas de briser les frontières au fil d’une vie trépidante. Son histoire est incroyable. Portrait.

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Dans son studio de répétition, dans la Goutte d’Or, Yochk’o Seffer joue du tarogato, un instrument à vent d’origine hongroise.

Quand le jeune Yochk’o Seffer débarque à Paris, en 1957, il devient immédiatement clochard. Trois mots de français pour bagage. Un banc de la place Clichy, dans le 18e arrondissement, lui sert de lit. Il touche cinq francs par jour au titre de l’aide sociale. Ses menus se composent invariablement de sardines à l’huile. « Clodo, c’est une autre dimension, raconte aujourd’hui le gaillard dans un large sourire. C’est une manière de vivre que tout homme devrait connaître. » Yochk’o Seffer, c’est 70 ans et autant de disques publiés. Musicien éclectique, connu pour ses prouesses à la clarinette et au saxophone, pianiste émérite, le personnage joue depuis trente ans avec la fine fleur du jazz français.

« Je ne supporte pas d’être enfermé », répète souvent Yochk’o. La maxime vaut pour sa musique comme pour ses convictions personnelles. Il a 17 ans quand il décide de fuir l’invasion de son pays, la Hongrie, par les militaires soviétiques, en 1956. Sans bagages, mais sa clarinette sous le bras. Il tire ainsi un trait définitif sur une enfance « heureuse », encadrée par des « parents adorables ». Une jeunesse marquée par de solides études musicales classiques (son père est clarinettiste soliste à l’opéra de Miskolc, bourg industriel au nord-est de la Hongrie) et par la pratique régulière du dessin (sa mère est peintre).

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Sylvain Miller et Yochk’o Seffer, séance d’improvisation autour de Bartok.

Adieu le big band du lycée Béla Bartok, où Yoch’ko interprète depuis ses 13 ans des standards de Benny Goodman et Glenn Miller, ses idoles, qu’il a découverts en écoutant clandestinement la BBC. Au revoir le foot, le water-polo, l’escrime, les potes, la famille : il ne prévient personne et franchit clandestinement la frontière autrichienne, au nez et à la barbe de l’Armée rouge. Recueilli par la Croix-Rouge, il transite dans un camp militaire en Autriche, avant de prendre la direction de l’Est de la France. Forbach, à côté de Metz, où vit l’un de ses oncles. « J’ai toujours entendu parler de la France, raconte Yochk’o. À 11 ans, je voulais déjà venir à Paris, qui avait la réputation d’être accueillante et riche culturellement. »

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A 70 ans, Yochk’o Seffer puise toujours son inspiration dans un singulier éclectisme musical.

Statut de réfugié politique en poche, Yochk’o bosse dans l’usine de son oncle qui l’héberge aussi quelques mois. Mais, à l’étroit dans les tâches administratives qui lui sont assignées, il décide bientôt de rallier Paris. L’épisode du banc place Clichy ne dure pas : un ingénieur du 15e arrondissement le prend sous son aile, lui offre le gîte et le couvert. Il lave des voitures pour s’offrir un saxophone alto, avant de renvoyer sa clarinette en Hongrie : « Elle appartenait au lycée de Miskolc. En la gardant, mon père risquait de perdre son travail en Hongrie. »

En 1960, il entre au Conservatoire de Paris et obtient une bourse de 600 francs par mois. Sept heures par jour sur son saxo, il côtoie les plus grands noms du jazz français (de Michel Portal à Jean-Luc Ponty), découvre Coltrane, Monk, Coleman… Il fréquente assidûment les clubs de la capitale. « Au début des années soixante, des orchestres travaillaient dans la plupart des boîtes à strip-tease de Pigalle, raconte Yochk’o avec son inimitable accent magyar. Les musiciens étaient le plus souvent recrutés place Pigalle, où un groupe d’une centaine de musiciens patientait tous les mardis. J’en étais, évidemment ! Il fallait bien vivre. » Aléatoire, la course au cachet peut aussi s’avérer payante. « C’est là que j’ai rencontré le saxophoniste d’Eddy Mitchell, lequel voulait développer sa section de cuivre, se souvient Yochk’o. J’ai joué six ans dans son groupe. Nous sommes toujours amis. »

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Le coin du peintre et du plasticien, ici aux commandes d’étranges sculptures musicales.

Yochk’o Seffer vit depuis trente ans dans la Goutte d’Or avec son épouse : « J’adore ce quartier. Quand je le quitte, c’est pour y revenir au plus vite. » Lui, l’adepte des mélanges en tout genre, regrette une seule chose, « la ghettoïsation du secteur ». « Les habitants des différentes communautés vivent entre eux, désormais. Je déteste le communautarisme, mon désir de vivre avec l’autre est immuable. » L’artiste compose et répète ses musiques à l’étage de son vaste appartement. D’un côté, la batterie jouxte un piano à queue. De l’autre, un chevalet de peintre côtoie une table de travail. Au milieu, d’étranges sculptures musicales sont disposées à même le sol : c’est la combinaison parfaite de ses deux principales passions, la musique et les arts plastiques. Zao, Yog, Neffesh Music : depuis Magma, en 1970, il multiplie les collaborations, noue et dénoue des formations musicales au fil de ses inspirations. Classique, pop ou jazz, aucun genre ne lui échappe. Yochk’o Seffer met toujours un point d’honneur à briser les frontières.

Pour en savoir davantage : biographie, discographie et toiles de Yochk’o Seffer en cliquant ici

Trois concert à La Timbale

Accompagné de Bruno Schorp à la contrebasse, Sébastien Lovato, au piano et Jean-Pascal Molina, à la Batterie, Yochk’o Seffer donnera une série de trois concerts à La Timbale, 2 rue Versigny, dans le 18e arrondissement.

Plusieurs toiles de l’artistes sont également exposées sur les murs du bar.

- Samedi 10 avril 2010 : soirée consacrée à Thelonious Monk.
- Samedi 17 avril 2010 : soirée consacrée à John Coltrane.
- Samedi 25 avril 2010 : tradition et feeling jazz avec le tarogano, instrument à vent typiquement hongrois.

Entrée libre

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