NOUVELLES DU 18 EME

Publié le par LEPIC ABBESSES

Albert Simonin, écrivain, ancien collabo, aura-t-il sa rue dans le 18e arrondissement ?

  par Philippe Bordier

Le conseil d’arrondissement du 18e a adopté, lundi 22 mars 2010, un vœu proposant de baptiser une rue du quartier la Chapelle du nom de l’écrivain Albert Simonin. Or l’auteur de Grisbi or not Grisbi, qui a inspiré le scénario des Tontons Flingueurs, était un collaborateur pendant la seconde guerre mondiale.

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La couverture de la brochure rédigée pendant la seconde guerre mondiale par Albert Simonin et Henri Coston.

Le nom de l’écrivain Albert Simonin, auteur du livre "Grisbi or not Grisbi", adapté à l’écran en 1963 sous le titre "Les tontons flingueurs", pourrait bientôt être associé à une rue en création du 18e arrondissement de Paris (entre les rues Philippe de Girard et Pajol). C’est en effet le souhait du conseil de quartier La Chapelle-Marx Dormoy, qui a voté, le 11 février 2010, un vœu en ce sens. Albert Simonin, né en 1905 au 73 rue Riquet, a passé sa jeunesse dans le quartier. Simonin a même écrit un livre, "Confession d’un enfant de la Chapelle", publié en 1977, où il raconte son adolescence.

Mais Simonin, mort en 1980, chantre du parler populaire, traînait aussi un passé trouble. Au milieu des années 20, il est d’abord journaliste à l’Intransigeant, un quotidien d’extrême droite, antisémite, hostile en son temps au capitaine Alfred Dreyfus. Pendant la seconde guerre mondiale, Albert Simonin travaille pour le compte du Centre d’action et de documentation, un organisme de propagande antisémite et antimaçonnique financé par l’occupant et créé par Henri Coston, un collaborateur notoire (qui sera condamné à la prison à perpétuité après la guerre, avant d’être amnistié en 1955).

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Au début des années 40, Simonin et Coston écrivent ensemble "Le bourrage de crâne", sous-titré "Comment la presse trompait l’opinion". Le bouquin, une brochure d’une trentaine de pages éditée par le Centre d’action et de documentation, dénonce « les entreprises de propagande destinées à nous faire croire que tout était bien chez nous, tout était mal chez eux (les Allemands) ». Une phrase, relevée à la fin du livre : « Les Juifs ont été, par une sage mesure, éliminés de la presse ; les maçons devraient l’être en principe. Qui pourrait affirmer que ces glissants personnages ont complètement disparu des administrations et des rédactions des journaux ? » À la Libération, ses activités de collaborateur valent à Albert Simonin d’être condamné à cinq ans de prison ferme. Au nom de la réconciliation nationale, il bénéficie, en 1954, d’un décret d’amnistie.

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Présenté par Frédérique Pigeon, élue et présidente du conseil de quartier La Chapelle-Marx Dormoy, le vœu a été adopté à l’unanimité par le conseil d’arrondissement du 18e. « Gamin de la Chapelle exemplaire », pour les uns, « véritable référence dans un quartier populaire qui en a bien besoin », pour les autres, personne ne s’est penché sur le passé trouble d’Albert Simonin. Il est même envisagé de poser une plaque dédiée à sa mémoire sur la façade du 73 rue Riquet. La Commission de dénomination des voies se réunira le 8 avril 2010. L’organisme parisien, seul habilité à donner son feu vert pour baptiser les rues de la capitale, décidera du sort de la rue Albert Simonin.











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Albert Simonin (1905-1980) était un scénariste et un écrivain français de romans policiers.

Auteur d'un dictionnaire d'argot publié en 1957, Albert Simonin est connu pour avoir reproduit dans ses romans le parler des voyous avec un grand souci d’exactitude et de précision. Cette caractéristique donne aujourd'hui à son œuvre un air très daté tant il est vrai que cette forme d’expression est soumise à une rapide obsolescence. Toutefois, son grand mérite est d'en avoir légitimé l'usage en littérature et ainsi ouvert la voie à d'autres auteurs, tels Frédéric Dard ou Jean Vautrin, qui useront ensuite de cette liberté avec abondance et grand plaisir.

Fils d’un fleuriste, né à Paris, Albert Simonin quitte l’école communale pour devenir, à 12 ans, calicot, puis successivement électricien, fumiste et négociant en perles. Journaliste à L’Intransigeant, il est chargé de la rubrique sportive. Chauffeur de taxi, il tire de son expérience un reportage romancé, Voilà le Taxi. Revenu au journalisme, il tient à L’intransigeant une chronique quotidienne, le Billet de l’Homme de la Rue et donne à Voilà et à Détective une série de reportages sur la vie secrète de Paris. Après quelques années consacrées à des activités techniques de mise en page au Centre d'Action et de Documentation (officine de propagande antisémite et antimaçonnique financé par les allemands) et entre, grâce à Henri Coston dans le journal collaborationiste, puis à la libération est condamné et purge 5 années. Il publie, en 1953, Touchez pas au Grisbi [1].

Ce premier ouvrage qui est également sa plus grande réussite, Touchez pas au grisbi !, lui apporte la célébrité dès sa parution en 1953. Il s'agit du premier volet d'une trilogie nostalgique consacrée à un truand vieillissant, Max le menteur, qui sera porté au cinéma par Jacques Becker l'année suivante. Cette adaptation cinématographique est un hommage exceptionnel au roman dont elle est tirée, tandis que celles que feront Gilles Grangier du Cave se rebiffe en 1961 et Georges Lautner de Grisbi or not grisbi en 1963 sous le titre les Tontons flingueurs sont en revanche très infidèles. On y retrouve toutefois la trame principale des histoires contées par Albert Simonin et la truculence de la langue verte sous la plume de Michel Audiard, ces deux romans noirs étant transformés en comédies truffées des fameuses répliques du dialoguiste au style très personnel.

En 1973, Albert Simonin écrit sa seconde trilogie (Le Hotu, Le Hotu s'affranchit, Hotu soit qui mal y pense) qu'il situe dans les années vingt afin de se démarquer de la production du moment. Dans son dernier roman l'Élégant, également publié en 1973, un prisonnier libéré après dix ans de prison redécouvre avec tristesse un Paris qu'il ne reconnaît plus. Il se consacre ensuite à l'écriture d'une autobiographie, Confessions d'un enfant de la Chapelle (1977), où il décrit son quartier miséreux du début de siècle, les mœurs prolo, les fortifs,les petits trafics, ses premières amours, son entrée (pénible !) dans le monde du travail, digne du roman de Céline "Mort à crédit"

Le dictionnaire dont Albert Simonin est l'auteur, Littré de l'argot - dictionnaire d'usage (1957) a été publié de nouveau en 1968 sous le titre le Petit Simonin illustré par l'exemple accompagné d'un lexique argot-français.

Il décède en février 1980.

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