LA CAN DANS LE 18 EME

Publié le par LEPIC ABBESSES


Un bar égyptien du 18e attaqué après le match Algérie - Egypte

  Philippe Bordier , Geoffrey Bonnefoy

Un bar géré par la communauté égyptienne du 18e arrondissement de Paris, a été attaqué et totalement dévasté, jeudi 28 janvier 2010, par des supporters algériens mécontents de la défaite de leur équipe de foot qui affrontait celle de l’Egypte, en demi-finale de la Coupe d’Afrique des nations. Un homme a été blessé au visage lors de l’affrontement.

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Le match Algérie - Egypte n’était pas encore terminé quand le bar a été attaqué.

Le bar, situé 11 rue Joseph Dijon, dans le 18e arrondissement de Paris, est totalement dévasté. La vitrine est brisée. Des pierres, grosses comme deux fois le poing, encombrent le trottoir. Des rétroviseurs arrachés aux voitures en stationnement parsèment les lieux au milieu des débris de bouteilles. Autant de projectiles utilisés par les assaillants pour démolir l’établissement. À l’intérieur, les banquettes ont été retournées, des bouteilles jonchent le sol. La télé, intacte, a échappé au déferlement de violence.

« Le match n’était même pas terminé quand nous avons été attaqués, raconte Zahrm, le frère du patron de l’établissement, siège du Centre culturel et social de l’association pour les enfants de l’Ouest, géré par la communauté égyptienne. Une quarantaine de gars, des filles aussi, qui déboulaient en vagues successives en criant leur haine de l’Egypte. Des supporters algériens ? Pas question de parler de supporters. C’était de la violence gratuite, du racisme. »

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La vitrine a explosé sous les jets de pierres et de projectiles divers.

Une centaine de clients assistaient alors au match de foot Algérie – Egypte, une demi-finale de la Coupe d’Afrique des nations qui se déroule actuellement en Angola. L’Algérie venait d’encaisser son troisième but. Sans en avoir marqué aucun. Surpris pas la violence de l’attaque, les supporters égyptiens se sont enfuis par les cuisines pour se réfugier dans une petite cour. Sans défense. « Ils auraient pu tuer, » poursuit Zahrm.

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La bar était bondé au moment de l’agression.

« La police est intervenue plus d’un quart d’heure après avoir été prévenue, soulignent les témoins. Une seule voiture d’abord. Puis, quelques minutes plus tard, trois nouveaux véhicules. Accompagnés par les pompiers. » Miraculeusement, l’expédition punitive n’aura fait qu’un seul blessé, coupé au visage par un éclat de verre. L’apparition des forces de l’ordre a finalement fait fuir les agresseurs. Lesquels ont auparavant dérobé la caisse : 2000 euros, selon Zahrm. Aucune arrestation n’a été effectuée.

Gestes obscènes, injures raciales, vers 23h15, une heure après les premiers incidents, une dizaine d’assaillants, alignés à la hauteur du 2 rue Joseph Dijon à deux pas du métro Simplon, défiait toujours les clients du bar cinquante mètres plus loin. Lesquels s’étaient cette fois armés de barre de fer et de tessons de bouteilles pour répondre à une nouvelle attaque. Qui n’a finalement pas eu lieu. La police patrouillait régulièrement dans le quartier.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Ouest Bar encaisse calmement la défaite du foot algérien

  par Philippe Bordier , Geoffrey Bonnefoy

Plusieurs dizaines de supporters algériens ont assisté, jeudi 28 janvier 2010, au match Algérie – Égypte, demi-finale de la Coupe d’Afrique des nations, au Ouest Bar, dans le 18e arrondissement de Paris. Reportage.

La salle est comble - Le Ouest Bar, place Albert Kahn, dans le 18e arrondissement de Paris, retient son souffle. Le coup d’envoi du match de foot Algérie - Égypte, une demi-finale de la Coupe d’Afrique des nations qui se déroule en Angola, vient d’être donné. Les supporters algériens viennent de chanter l’hymne national à l’unisson de leurs favoris alignés sur la pelouse. Quelques écharpes aux couleurs du drapeau algérien. Rien d’ostentatoire. On sortira les drapeaux plus tard. Toutefois, méfiance. D’autant que l’Egypte domine déjà les débats. Premières manifestations d’agacement.

Salim sirote un whisky - Il vit à deux pas du troquet. Il accompagne son pote Hamed qui a fait le déplacement depuis Bobigny pour assister au match sur écran géant. Hamed est fan de foot. Il pronostique une victoire de l’Algérie par deux buts à un. Salim ne sait pas. Le foot n’est pas son truc : « Je supporte mon pays, simplement. » Dans le calme, l’assistance craint une revanche de l’Égypte, éliminée par l’Algérie voilà quelques semaines, lors des épreuves qualificatives de la Coupe du monde 2010. Dans des conditions houleuses.

37e minute, penalty pour l’Égypte - Les pharaons dominent légèrement quand l’arbitre siffle un penalty en leur faveur. L’homme en bleu expulse aussi l’auteur de la faute. « Arbitre, acheté ! » La salle râle. Le tireur égyptien s’élance, bloque sa course, puis repart et feinte le goal. But ! « Il n’a pas le droit, s’écrient les hommes accoudés au bar. Il est nul cet arbitre, normal, c’est un Béninois. »

Mi-temps – Pause clope à l’extérieur. Le penalty n’est pas contesté, mais la manière dont il a été tiré, oui. Quelques-uns s’inquiètent honnêtement : « Le niveau de jeu est faible, l’Algérie n’est pas à la hauteur. »

65e minute, 2-0 pour l’Égypte – Le Ouest Bar n’est plus qu’un immense soupir de dépit. « Ils ne sont pas motivés les joueurs… » L’arbitrage est toujours vivement contesté : « Voilà, c’est l’Afrique, c’est le bordel ! » Des noms d’oiseaux sont balancés. Rien de bien méchant, finalement. L’ordinaire du foot. Derrière le comptoir, Mégane, la serveuse, se marre doucement. Dos à l’écran géant, elle bosse ses mots fléchés. « C’est calme, dit-elle. Quand l’Algérie a battu la Côte d’Ivoire, l’autre jour, ils étaient déchaînés. »

70e minute, deuxième joueur algérien expulsé – Sur le terrain, les joueurs sont nerveux. Le Ouest Bar se vide déjà. Dans le calme.

81e minute, 3-0 pour l’Égypte – Salim ne regarde pratiquement plus le match. Ahmed est muet depuis de longues minutes. Il fixe l’écran sans le voir. Un grand gaillard coiffé d’un étrange chapeau vert, blanc, rouge, soupire : « Bah, la Coupe d’Afrique des nations, c’est pas le top. Il vaut mieux se réserver pour la Coupe du monde en Afrique du Sud. »

87e minute, troisième joueur algérien expulsé – L’arbitre estime que le gardien de but de l’Algérie a volontairement donné un coup de pied dans le genou d’un attaquant égyptien. Dehors ! L’Algérie joue avec huit footballeurs, contre onze à l’Égypte. Assommés, les derniers supporters n’ont même plus la force de conspuer le patron du match. L’un d’entre eux s’en prend directement à l’Égypte : « Je ne veux pas qu’ils gagnent, je n’aime pas les Égyptiens. » Pourquoi ? Mystère…

93e minute, 4-0 pour l’Egypte - C’est l’humiliation. « A huit, on n’avait aucune chance de revenir au score. C’est ce pénalty, au début, qui nous tue. » Le match s’achève dans l’indifférence générale. L’Égypte rencontrera le Ghana en finale. L’Algérie jouera le Nigéria, pour une troisième place honorifique. Ce dont tout le monde se moque. Le bar se vide totalement, en silence. Salim et son pote rentrent tranquillement chez eux.

Malek, patron du Ouest Bar depuis cinq ans, est déçu. En revanche, il salue le bon comportement des supporters : «  Ils se sont bien tenus malgré la défaite. » Pourtant, le jeune homme a hésité avant de diffuser le match dans son établissement. Un panneau annonçant la mauvaise nouvelle aux fans, « pour raisons techniques », devait être placardé sur la porte. « En fin de journée, j’ai eu la certitude que personne ne viendrait perturber la soirée, dit-il en souriant. Mais, aujourd’hui, j’ai 29 ans. Et les footballeurs égyptiens ont gâché mon anniversaire. »






Ouest-Bar

Ouest-Bar Restaurant à Paris
Diaporama
Restaurant français
64, Boulevard d'Ornano, 75018 Paris
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Les habitués au comptoir



A l'Ouest-bar, la meilleure place c'est au comptoir ; le long du grand bar sinueux on bavarde avec les habitués, on blague avec le patron, à l'occasion, on fait une partie de flipper. A l'heure de manger, on s'installe sur les banquettes noires et on se fait servir, sur les nappes à carreaux, des frites faites maison et le plat du jour ; viande ou poisson.

 

 

 

 

L'Egypte tient sa revanche

Éliminé du Mondial sud-africain par l'Algérie en novembre dernier, l'Égypte s'est consolée, jeudi à Benguela, en décrochant son billet pour la finale de la Coupe d'Afrique des Nations Orange 2010 aux dépends de ces mêmes Fennecs (4-0). Disputée dans un bon esprit malgré les tensions accumulées cet hiver, la rencontre a basculé avant la pause sur une grossière erreur d'arbitrage avant de se finir en eau de boudin pour les Algériens, réduits à huit.

Talentueuse et chanceuse, l'Égypte a assuré sa qualification pour la finale de la CAN 2010. (Reuters) Talentueuse et chanceuse, l'Égypte a assuré sa qualification pour la finale de la CAN 2010. (Reuters)
Un gros sentiment d'injustice. C'est ce qui restera gravé d'une demi-finale prometteuse dans son déroulement jusqu'à cette fameuse 39e minute où M.Codjia, d'une décision "trois en un", fit basculer la balance en faveur des Égyptiens. Jusqu'alors les Fennecs tenaient la dragée haute aux double tenants du titre en reproduisant les recettes qui les avaient envoyé au Mondial sud-africain un soir bouillant de 18 novembre : du muscle dans l'entrejeu et de l'aplomb en toutes circonstances. Mais voilà, les Algériens n'avaient pas prévu le pire et n'avaient dans leurs bagages aucun remède contre les abus de pouvoir. Alors que tous les protagonistes de cette rencontre, des joueurs aux organisateurs en passant par les politiciens, n'avaient cessé d'apaiser les tensions, un seul homme, au sifflet aussi destructeur qu'orgueilleux, transforma cette partie musclée en supplice pour la troupe de Rabah Saadane. Et envoya dans le même temps les Pharaons défendre leur trophée face au Ghana, dimanche à Luanda. Les héros de Khartoum, rancuniers mais battants remarquables, n'ont pourtant rien perdu de leur bravoure en Angola.

Avant même le début de cet Égypte-Algérie qui sentait le souffre, tout avait été dit, répété, voire amplifié sur les retrouvailles entre ces deux sélections qui avaient adoré se détester en novembre dernier. Quitte parfois à oublier l'enjeu sportif de cette demi-finale alléchante. Sur le continent noir, on ne parlait en effet que des initiatives politiques et des mesures de sécurité déployées par l'Angola mais également par les deux fédérations concernées pour tenter de canaliser la ferveur des supporters, venus en force et en nombre à Benguela. Et si les Fennecs, terrés dans leur bunker de Lobito, n'en ont pas rajouté des caisses au sujet de cet acte 3, les Pharaons n'ont pas hésité à jeter de l'huile sur le feu, notamment par l'intermédiaire de leur porte parole Mohamed Zidan : "Ce sera un match à la vie à la mort. Pour les deux équipes, ce sera un peu comme une guerre, c'est une chance pour nous de montrer au monde que nous méritions d'aller à la Coupe du Monde."

Halliche, un tacle qui change tout

Pourtant, cette tension ne pèse pas sur les débats dans ce début de rencontre, qui voit les Égyptiens appliquer leur jeu léché, s'appuyant notamment sur l'apport offensif du latéral droit Ahmed Al Muhamadi. Bien regroupés en défense, les protégés de Rabah Saadane répliquent sur coups de pied arrêtés par l'intermédiaire de Mourad Meghni. Mais la frappe flottante du meneur de la Lazio retombe trop tard pour inquiéter Essam El-Hadary (3e). Chaque contact est appuyé, chaque prise de balle énergique, comme pour montrer à son meilleur ennemi qu'il faudrait lui passer sur le corps pour prendre le ballon. Une volonté d'imposer sa présence physique qui se traduit sur le terrain par quelques coups malvenus mais également par de belles tentatives balle au pied. Tentatives malheureusement trop souvent avortées par un manque de soutien proposé aux attaquants. Du coup, les occasions d'ouvrir la marque sont rares et seul Emad Motaeb, sur un remarquable travail en pivot de Zidan, met à contribution la détente féline de Fawzi Chaouchi (25e), dans cette première demi-heure de jeu.

Plutôt musclée, la rencontre prend alors un tournant tragique pour les guerriers du Sahara à la 39e minute lorsque Rafik Halliche manque totalement son dégagement sur un ballon anodin. Le stoppeur de Madère tente alors de rattraper sa bévue en taclant Motaeb dans la surface, geste immédiatement sanctionné par M.Codjia. Penalty et carton rouge ! Et en marquant un temps d'arrêt dans sa course d'élan, Abd Rabou Hosny rajoute encore une once d'aigreur à Chaouchi et ses coéquipiers, menés au score sur une triple erreur d'arbitrage (1-0, 39e). Et encore, le pire fut évité quand l'arbitre béninois eut le sursaut d'honneur de ne pas punir le dernier rempart lorsque ce dernier vint essuyer véhément son front contre le sien. Cette discorde, adoucie dans les vestiaires, se transforme en rébellion générale après la pause lorsque Karim Matmour puis Hassan Yebda s'essaient à la frappe, sans trop de réussite (56e, 61e).Au contraire, c'est Zidan, dans un travail de soliste dont peu de joueurs ont le secret, qui enfonce les Algériens en trouvant la lucarne gauche de Chaouchi d'une belle frappe du gauche (2-0, 65e).

Un but qui vient récompenser la supériorité technique des hommes d'"El Me'alem", dont la suffisance dans certains gestes et surtout l'esprit truqueur viennent envenimer le duel. Nadir Belhadj tombe stupidement dans le piège de la provocation, en taclant les deux pieds décollés Ah Muhamadi (70e). Cette fois-ci, M.Codjia ne s'emmêle pas les pinceaux au moment de tendre la vignette rouge à l'ancien lyonnais. Dès lors, les Pharaons montrent toute leur expérience du haut niveau en faisant bloc devant leur surface tout en exploitant le moindre contre. Tous les deux entrés en jeu, Mohamed Abdel-Shafy (3-0, 81e) et Mohamed Naguy Gedo (4-0, 93e), pour son quatrième but de la compétition, crucifient les Fennecs sur deux rushs parfaitement exécutés. Chaouchi, doublement averti, laisse même ses coéquipiers finir à huit cette parodie de football. Déjà talentueuse, le double champion en titre n'avait pas besoin de ces paramètres pour réaliser la passe de trois. C'était en tout cas l'avis du sélectionneur des Fennecs, interrogé dès le coup de sifflet final : "Le tournant du match a été l'expulsion de notre défenseur (Halliche) qui a changé le cours de la partie. Maintenant, cela fait de années que l'Égypte a la CAF (Confédération africaine de football) dans la poche, tout le monde le sait." L'encre et la salive n'ont pas fini de couler...

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