RESTAURANTS DU 18 EME

Publié le par LEPIC ABBESSES

Chez Yin et Judy
6, rue Lamarck 75018
Tel : 01-42-62-49-18

On peut lire sur la façade "Salon de thé et petit resto".

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Chez Yin est un restaurant et un salon de thé. Ouvert du lundi au samedi, exclusivement en soirée et jusqu’à deux heures du matin, idéalement placé sur les hauteurs de la butte Montmartre, ce petit bijou est à ne pas manquer.

On s’y sent bien ! Parquet, poutres, crépi blanc, c’est sobre, simple, ça repose. Deux petites salles charmantes peuvent accueillir 34 personnes. L’éclairage est doux, l’atmosphère chaleureuse, le lampion rouge n’enlève rien... Il y a aussi une lampe passoire, assez inattendue.
On n’entend plus la ville, on se sent au calme, comme à la campagne. En face, on distingue les grands arbres du jardin du Sacré Cœur.

Yin, le patron, un Hongkongais tombé amoureux de Montmartre, m’accueille, avec simplicité et gentillesse. Je le dérange alors qu’il sort ses courses d’un grand sac à dos. Nous nous asseyons autour d’une table, un verre de vin rouge pour lui, un verre de blanc pour moi.

Yin, c’est d’abord un visage, un contour long et fin, des yeux expressifs et malins. Et puis c’est une voix, douce et tranquille ; c’est un homme qui prend son temps. Lui parler est facilité par un je ne sais quoi qui met à l’aise, peut-être ce tutoiement spontané, cette façon d’accueillir, de sourire et de rire, naturellement...

Le chaton du restaurant vient se glisser dans ma veste. Il aime la laine, cherche le sein, ronronne, se pelotonne, se chauffe et me donne sur la cuisse, par pulsions, de petits coups de tête. Je fonds. Il griffe en rythme, droite, gauche, droite, gauche, et il émet un miaulement misérable. Il se souvient de sa mère. Je l’apaise d’une caresse. Mais soudain il est joueur, se tourne sur le dos, bondit hors de la veste et, au passage, remarque une mèche de mes cheveux qui me tombe sur le visage. Il se met à la fixer éperdument, puis lève les pattes avant et je sens qu’il va bondir. Je le repousse plus loin sur la banquette, alors il change d’idée, oublie la mèche, file sous les tables, fait du raffut, réapparaît derrière un bouchon, part dans une longue glissade, essaye de se stabiliser, enchaîne quelques cabrioles tordantes et se retrouve assis, tête basse, étourdi. Et le voilà qui se toilette consciemment avec souplesse et des mouvements déjà sûrs.

- Elle est née ici même.

C’est une femelle, on l’appelle Lili. Coïncidence. Lili, c’est comme cela qu’on me surnomme dans ma famille...

Je vais rester un moment à discuter avec Yin. Il me fera l’effet d’un homme serein, simple, heureux, sage. Plusieurs fois, lors de l’entretien, il utilisera le dicton, la formule, pour étayer son propos.

- Où avez-vous appris le français ?
- Dans la rue et dans les journaux. Oui, j’ai appris à lire dans les journaux, parce que les journaux racontent partout la même chose !

A vingt-trois ans, Yin a quitté Hongkong pour faire la route. Il s’exclame :

- Comme tout le monde à l’époque !

C’était les années 70. Yin a exploré l’Europe et connaît toutes nos campagnes. Il travaillait aux champs, dans les vergers, les vignes, cueillant de partout, d’Est en Ouest, des clémentines, des oranges, des pommes, des fraises, du raisin... L’aventure a duré dix ans.

- Après, j’étais fatigué.

Il s’est fixé à Paris avec une Hongkongaise rencontrée en chemin, loin du pays natal. Et alors, dans la grande ville, il a fallu survivre.

- J’ai commencé dans des restaurants chinois, mais oh... C’est trop dur, c’est quatorze heures par jour, c’est con.

Cependant le restaurant, la cuisine, le contact avec les gens, tout cela lui plaisait. Yin a donc décidé de s’installer à son compte et, à sa manière.

- J’ai créé un boulot pour moi-même.

Aujourd’hui, il emploie aussi un cuisinier et, plus ponctuellement, pour le service, des amis musiciens entre deux tournées, des amis acteurs entre deux pièces.

- Ça marche super bien ! Bon, je suis un peu embêté quand il n’y a personne, quand ils sont tous partis... mais ça va.

Yin s’est toujours entouré d’entouré d’artistes.

- Je ne sais pas pourquoi. Déjà à la fac... Moi j’étudiais la sociologie et tous mes amis, c’était des peintres, des écrivains, des musiciens...

Yin programme une exposition par mois. Ses murs sont extrêmement demandés. Il m’annonce fièrement :

- La programmation est bouclée jusqu’à mai !

Il aime l’idée d’une décoration non définitive.

- Si je fais une décoration ici, au bout de trois mois, je ne la verrai plus. Alors qu’une déco changeante, ça me plait. J’ai quatre murs libres, pour tout le monde. Et quand je rentre ici, je regarde...

- Douze artistes par an depuis dix-huit ans !

Ça fait 216 décos différentes. Yin ajoute, en pointant son index sur moi et en me regardant droit dans les yeux :

- Tu sais ce qu’on dit : il faut vingt ans pour faire une réputation. Après, ta réputation travaille pour toi...

Je fais alors mes propres comptes, j’ai 34 ans, j’écris depuis... tellement longtemps ! Ma réputation d’écrivain est en retard. Je souris à Yin et garde cela pour moi.



La fréquentation de l’établissement, Chez Yin, est étonnante, si l’on songe à la proximité du Sacré Cœur et par conséquent, le passage, à quelques centaines de mètres, de milliers de touristes. Chez Yin, il n’y a que des habitués, des amis, des gens du quartier. Il s’est fait connaître par le bouche à oreille.
Il m’explique que les touristes respectent un itinéraire fixe qui ne les mène pas rue Lamarck. Pour la plupart, ils arrivent par le métro Anvers, s’engagent dans la rue de Steinkerque, achètent un chapeau mou, une écharpe ou un t-shirt d’importation, empruntent le funiculaire, admirent la vue qui se dégage au fur et à mesure de la montée, se postent un moment sur les marches du Sacré Cœur, entrent, visitent, ressortent de l’église, filent place du Tertre, achètent une caricature, reviennent au Sacré Cœur puis redescendent comme ils sont venus.

- Ils ont faim, ils vont acheter des sandwichs en bas.

Et chez Yin, les musiciens, les peintres, les amis d’amis d’amis, se pressent...
Il me semble que ça, c’est Paris...

Avec Yin, nous discutons longtemps de la vie dans cette ville. Nous tombons d’accord sur bien des points et d’abord sur celui-ci : en vérité, habitant et travaillant intra-muros, on n’a pas besoin de voiture. Ici, l’automobile est un boulet, une perte de temps, une épreuve pour les nerfs, un gouffre pour le porte-monnaie, bref, un non-sens. On marche beaucoup, on prend le bus, le métro. Yin me désigne son grand sac à dos :

- Je fais mes courses avec ça. Je monte avec le funiculaire ou le Montmartrobus.

On prend un taxi quand on est trop chargé. On fait appel à une agence de location quand il faut aller loin de Paris, ou alors, on utilise le chemin de fer.

(Personnellement, j’habite aussi sur des hauteurs parisiennes, mais les trottoirs y sont beaucoup plus larges qu’à Montmartre. Aussi, ai-je opté, comme beaucoup d’habitants de mon quartier, pour le chariot à roulettes. Nous en arborons de très variés : le classique à carreaux, le hi-tech avec le système trois roues pour bien monter les trottoirs, le prévoyant avec une poche isotherme intégrée et même une sangle à scratch pour le pain, le fashion victim avec des couleurs vives, presque fluo...
Parfois, j’ai remarqué, le chariot est assez bien assorti à son propriétaire et parfois, pas du tout ! )

L’heure tourne. D’abord, entre Jimmy, le pianiste américain qui vient jouer tous les mercredis et samedis soirs. Ensuite, arrive le cuisinier, un autre hongkongais et enfin, le serveur, un musicien argentin qui termine une tournée et attend son prochain contrat.

La petite Lili, au milieu de la pièce, devant chaque nouvel arrivant, se dresse, hérissée, pattes en avant, toutes griffes dehors. Quelle menace ! A chaque fois, finalement, elle prend la fuite et disparaît sous les tables.

Alors que Yin se lève et accueille son monde, je jette un œil au menu. On y propose des fondues pour deux personnes qui personnellement, par ce froid, m’attireraient tout à fait. Le plat du jour est à 10 euros, il y a toujours le choix entre un plat mijoté ou un plat sauté. A la carte, entrée, plat, dessert, sont proposés pour 16 euros. L’une des spécialités de la maison est le Lopako. C’est un pâté de navets poêlé.

Tout le monde m’accueille gentiment, je me sens dans une grande famille tranquille. Alors que chacun prend son poste, Yin revient s’asseoir.

- La spécialité de la maison, c’est surtout la vapeur. On a quatre plats vapeur à la carte.

Et le même cuisinier depuis cinq ans, qui a su consolider la réputation de l’établissement.

- On est très content tout les deux.

Les bonnes équipes font les bons restaurants. Comme je remercie Yin de tout le temps qu’il me consacre, il me lance :

- Communiquer, c’est mon truc !

Et il parle de lui simplement. Montmartre l’a séduit, lui qui aimait tant la campagne.

- Vous aimez plus Montmartre que Paris, finalement ?

Il acquiesce.

- C’est Montmartre qui m’a fixé.

Il aime son village, ces ruelles, ces vignes, ces escaliers, et puis rencontrer ses voisins, connaître leurs enfants, parler avec chacun...

- Et puis avec le restau, je suis connu. Mon chat peut se perdre, on me le ramènera !

La fille de Yin a décidé de retourner vivre à Hongkong. Yin la visite chaque année. Il retrouve également ses amis et se sent chez lui, comme sur la butte. Son cœur est ici et là... Il me dit aller également à Hongkong pour certaines fêtes, comme celle des morts, ou celle de la lune. Je lui demande de me parler de cette dernière. Elle se déroule à l’automne. On en apprend des choses, dans les bars !
Il était une fois un roi et une reine. Lui, était despotique, horrible, méchant. Elle, était douce et bonne avec son peuple. Le souhait du roi était d’être immortel. On lui procura une potion magique. Mais la reine, affolée à l’idée que son époux puisse à jamais régner sur ses sujets, bu la potion d’une traite. Elle devint donc immortelle, se changea en lune, et voilà...

Yin a 55 ans. Il n’est pas fixé pour l’avenir :

- Ce qui est sûr, c’est qu’à la retraite, j’irai chercher plus de campagne. Mais où ? Et puis j’aime la mer aussi, le bateau...

Il trouvera son coin, un endroit où il sera aussi bien que sur la butte, aussi bien que sur son île.

Des cuisines, s’échappent déjà des odeurs qui mettent en appétit. Le musicien argentin tente de passer le balai, mais il est gêné par les assauts de la petite Lili. Il la réprimande poliment :

- Assez Lili, je ne joue pas avec vous.

Et les premiers clients commencent à arriver. Une table de six, un couple d’amoureux, un groupe d’amis... Jimmy, le pianiste, s’installe derrière son instrument mais ressort immédiatement pour fumer une cigarette. Le trac ?

Cette fois, Yin doit me quitter pour travailler. Mais revoilà la petite Lili... Elle saute sur mes notes, glisse, me lance un miaulement et un regard indignés, entre dans ma veste, s’écroule plus qu’elle ne s’allonge, baille, s’étire de tout son long et demeure minuscule. Elle s’endort presque aussitôt. Oui, on est bien chez Yin, je vais rester encore un peu...

Attention, Chez Yin n’accepte pas la carte bancaire !

Terrasse : oui

Wifi : non (« Non ! Même pas d’ordinateur ! »)

Concert : oui, piano avec Jimmy tous les mercredis et samedis soirs

Expo : oui, une par mois

Fermeture annuelle : 2 jours avant et après Noël.

34 couverts, deux salles

 

Apéritifs

Cocktail chinois : 4€

Martini rouge ou blanc : 4€

Pastis : 4€

Whisky : 5€

Kir : 4€

Vin de litchee : 4€

 

Vins

Rouge :

Bordeaux, chapelle de Barbe : 16€

Brouilly M. Descombes : 19€

Beaujolais village M. Descombes : 16€

Côtes du Rhône M. Descombes : 14€

Saumur, Château de Berry vieilles vignes : 18€

 

Blanc :

Saint Véran M. Descombes : 19€

Saumur, Château de Berry : 18€

 

Rosé

Côtes de Provence, Domaine des Bastides : 16€

 

Pichet : Rouge, Blanc, Rosé :

¼ : 4€

½ : 8€

 

Bière : Tsin Tao (bière chinoise) : 4€

 

Sans alcool :

½ Badoit ou Evian : 4€

Coca-Cola : 4€

Jus de fruits : 4€

Café ou déca : 2€

 

Thés :

Thé Oolong Tikunanyin (Fujian) : 4€

Thé vert (Yunnan) : 4€

Thé Pu’er (Yunnan) : 4€

Thé fumé lapsang souchong : 4€

Thé jasmin ou gingembre : 4€

Thé vert à la menthe fraîche (mode cantonaise) : 4€

Thé Darjeeling ou Ceylan : 4€

Infusion de chrysanthème : 4€

 

 

Les plats :

Fondues chinoise (prix pour deux personnes) :

- viandes : émincé de bœuf et poulet : 32€

- fruits de mer : crevettes, poisson, calamar, st jacques : 34€

- mixte : viandes et fruits de mer : 33€

 

Les fondues sont servies avec légumes, tofu et vermicelles.

 

La carte : Entrée + plat + dessert : 16€

 

Entrées :

Raviolis aux crevettes : 5€

Bouchées aux crevettes : 5€

Croissant aux et viandes : 5€

Salade exotique : 5€

Potage du jour : 5€

Nems : 6€

Pâté de navet poêlé (Lopako) : 6€

Plats :

Poulet à la vapeur (sauce gingembre) : 11€

Poulet croustillant 10€

Travers de porc laqué : 11€

Bœuf à la vapeur (légèrement piquant) : 12€

Crevettes à la vapeur : 12€

Filet de poisson à la vapeur (mode cantonaise) : 11€

 

Plat du jour :10€

Sont toujours proposés : 1 plat sauté ou 1 plat mijoté.

 

Tous les plats sont servis avec un riz nature ou cantonais.

 

Dessert :

Brioche à la crème de lotus : 4€

Boule de riz gluant à la noix de coco : 4€

Quatre-quart chinois à la vapeur : 4€

Litchees au sirop : 3€

Nougat chinois : 3€

Gingembre ou kumquat confit : 3€

Glaces (2 boules) : 4€

 

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Exposition "En vrac" par Angela Gosmann

du 30 août au 27 septembre, chez Yin, 6 rue Lamarck à Paris 18ème.



Exposition "En vrac" par Angela Gosmann
Angela Gosmann expose de nouveau, mais cette fois-ci ce sera chez notre ami Yin du 6 rue Lamarck.

L'exposition
« En vrac » d'Angela Gosmann, c'est une trentaine de photos noir et blanc argentiques qui retracent ses errances dans plusieurs quartiers ou régions d'ici et d'ailleurs. Un joli regard, à découvrir.

Qui est Angela Gosmann ?
Angela Gosmann habite le 18ème depuis quelques années. La photographie "exclusivement argentique" est sa grande passion, mais elle en a d'autres, comme les percussions brésiliennes, les voyages en solitaire, l'organisation de soirées (chez elle notamment) et plusieurs qualités : la fidélité, la générosité, la volonté. Angela est bénévole au sein de plusieurs associations et participe activement à la correction du roman feuilleton montmartrois : Passage de la Butte

Angela Gosmann - Photo : Alejandro Luque
Angela Gosmann - Photo : Alejandro Luque
Restaurant Chez Yin - 6 rue Lamarck - 75018 Paris - Tél.: 01 42 62 49 18 - Ouvert du lundi au samedi de 19h à 23h
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