RESTAURANTS DU 18 EME

Publié le par LEPIC ABBESSES

Un documentaire capte l’âme de La Renaissance, rue Championnet

20 juin 2009 par Philippe Bordier

Pauline Pelsy-Johann a filmé le quotidien de La Renaissance, un vieux bistrot pas comme les autres, situé rue Championnet, dans le 18e arrondissement de Paris. C’est un cadre unique, au décors immuable, fréquenté depuis des lustres par les habitués du quartier et apprécié des cinéastes.

Plafond jauni par la fumée de cigarettes, miroirs, mosaïques, comptoir patiné par le temps, le bar rythme la vie du quartier depuis le début du siècle dernier. La Renaissance est l’un des ports d’attache de la jeune femme, voisine de l’établissement depuis dix ans. Elle est même passée un temps derrière le bar, pour payer ses études. En master 2 pro cinéma à la Sorbonne (cinq ans d’étude), elle a bénéficié d’un partenariat conclu entre la chaîne câblée Ciné Cinéma et l’université, pour réaliser son documentaire, fruit d’une commande : Paris est le cinéma (et un lieu).

Le bar est en effet un endroit prisé des cinéastes. Français, comme étrangers. Ils viennent y quérir un supplément d’âme. Dernier en date à avoir succombé au charme suranné du lieu : Quentin Tarantino. Pauline Pelsy-Johann a rencontré le réalisateur américain quand il y tournait Inglorious Basterds, en décembre 2008. Au même titre que les clients du coin, c’est l’un des héros de son film documentaire de 26 minutes, "La Renaissance et la vie intermédiaire", qui sera projeté en avant-première, samedi 20 juin 2009, à partir de 22h, sur les lieux même de son tournage.

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Pauline Pelsy-Johann, bistrot La Renaissance, 16 juin 2009.

Le projet
« "La Renaissance et la vie intermédiaire" tente de capter le côté invisible du lieu, son âme. Que ressentent les clients quand ils viennent s’accouder au bar ou s’asseoir en salle ? Pourquoi reviennent-ils ? La caméra et la mise en scène peuvent révéler ce que l’œil ne capte pas. Je m’inspire ainsi du travail de Jean Vigo, ou de la démarche ethnographique de Jean Rouch. Je réalise des documentaires qui pourraient être aussi des films de fiction. Je ne vois pas la différence. C’est toujours une histoire. »

Le bistrot
« La Renaissance rime avec cinéma. C’est un lieu authentique, au charme fou. Filmer dans ce cadre est un défi : il faut jouer avec les nombreux miroirs, leurs reflets, sans se laisser piéger. C’est un exercice difficile pour un jeune réalisateur. Mais la Renaissance n’est pas un musée. Ce bistrot vit. Les habitués sont chez eux. Dans mon film, l’un d’eux dit : « C’est un lieu rassurant. » Il appartient presque aux riverains. »

Son histoire « En 1904, une femme, Henriette, crée La Renaissance avant de l’offrir à Blaise, son amoureux. Avant cette date, je ne sais pas. Sur le cadastre au début du siècle dernier, un vide occupe l’espace. Puis, un certain Lulu a repris l’affaire. Robert Habas, lui, a tenu une vingtaine d’années. Depuis 2006, l’affaire est entre les mains de Claude Langagne. »

Tournages
« Plus d’une vingtaine de longs-métrages ont été tournés à La Renaissance. Les télés films, on ne les compte même pas : Nestor Burma, Julie Lescot… Claude Zidi est celui qui a le plus filmé le bistrot, en particulier pour des scènes des Ripoux 1 et 2, l’Animal et avec Belmondo. Claude Miller (La petite voleuse), Bertrand Tavernier, ont aussi tourné dans ces murs. Michel Deville est le premier cinéaste à avoir utilisé ce décor, pour Le mouton enragé, en 1973. J’ai rencontré une très vieille femme du quartier. Elle m’a raconté que, pendant la dernière guerre, des films de propagande allemands y avaient été réalisés. »

Tarantino
« Toutes les scènes parisiennes de son nouveau film, Inglourious Basterds, ont été reconstituées en studio à Berlin. Sauf une : celle tournée à La Renaissance, en décembre 2008. Tarantino avait vu le bar en photo. Pour lui, c’était ça : le Paris des années 40, presque intact. Pour l’anecdote, le réalisateur venait de voir Le sang des autres, de Claude Chabrol, film de 1984, lui aussi tourné dans le bistrot et situé en 1938. Il avait adoré. « Dans ce bar, partout où tu poses la caméra, tu ne peux pas rater ton plan. »

 

 

Le cinéma a bien eu raison de s’intéresser à la Renaissance, et de le prendre souvent pour un décor car c’est un joyau de bistro des années 30, bien ancré dans la vie du quartier avec une belle terrasse sur la longue rue Championnet. 

Dans l’arrière-salle, on peut y être aussi très tranquille à l’instar de Jean-Pierre Cassel, dans le Mouton Enragé de Michel Deville où la Renaissance constitue le QG de ce démiurge qui pousse son ami Jean-Louis Trintignant à devenir un séducteur sans limites vivant ses aventures par procuration. 

Pas refait, pas touché, mêmes les banquettes sont bien défoncées et alors, en ces temps d’artificialité bistrotière, la Renaissance est un joli gage d’authenticité. Du coup, pas mal de professionnels du cinéma le fréquentent assidûment.

Depuis août 2006, c’est un natif de Boulogne-sur-Mer, Claude Langagne, qui a repris avec son associée, Maïva les rênes du bistro. Jolie rupture après 27 ans passés dans l’ingénierie informatique. Ouf, il a gardé le chef.

Il y a les basics bistro tant dans les entrées (autour de 5/7 €) assortiment de charcuterie artisanale du Béarn ou filets de hareng et pommes tièdes, oeufs mayonnaise à l'ancienne), que dans les plats autour de 12€, (tartares maison pommes sautées, poulets entrecôtes, andouillette). Les salades sont à 10 €. Les assiettes sont plutôt copieuses, savoureuses et bien présentées. On aurait bien aimé une formule entrée, plat, dessert.

Côté Bacchus, la carte des vins propose une jolie sélection d’une quinzaine vins  avec des bouteilles encore abordables à partir de 17 € par exemple pour un bourgogne aligoté de 2002 ou un vin de Pays du Moulin de Gassac, la même maison qui produit le Daumas-Gassac. Pour les rouges, les petits Bordeaux dominent à peine. Tous ces crus mettent en soif et délient parfois les langues et il n’est pas alors rare que l’on se mette à échanger de tables en tables. Et c’est alors l’heure de la Renaissance républicaine...

 

 

 

 

La Renaissance
112 rue Championnet
75018 Paris

Tél. : 01 46 06 01 76

Métro : Jules Joffrin

Contact




 

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