ECRIVAINS DE MONTMARTRE

Publié le par LEPIC ABBESSES

Montmartre des écrivains, des poètes et des chansonniers
 
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Montmartre est sans doute le quartier de Paris le plus chargé de poésie. La puissance d'évocation qui se dégage de la Butte tient à sa spécificité de "village " comme à sa singularité de "petite montagne" au pied de laquelle gît Paris dans la brume.
Au-delà de la géographie, il y a l'histoire. Celle dont on ne se souvient plus: saint Denis y porta sa tête à bout de bras; celle dont on se souvient vaguement: les communards y défendirent leurs idées et y furent massacrés. Et celle, plus plaisante, ludique et jubilatoire, de ce quartier d'artistes où Nerval, Courteline et Bruant précédèrent Mac Orlan, Apollinaire, Utrillo et Van Dongen. Ce livre est un concentré de mémoire où revivent, portés par les styles sublimes de la langue française, ces noms de lieu qui font trace : Le Lapin agile, le maquis, Le Moulin de la Galette, le Bateau-Lavoir... " Quand j'essaye de me rappeler les paysages montmartrois tels qu'ils étaient en 1900, je ne vois que des foins, jardins, et des maisonnettes déjà anciennes [...1. Des chaumières perdues dans d'immenses jardins un peu sauvages, des ruelles de sous-préfectures bourguignonnes et des prairies où l'on pouvait faner. On pouvait ainsi se coucher dans les hautes herbes. " (Pierre Mac Orlan)




Pierre Mac Orlan

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Pierre Mac Orlan

Pierre Mac Orlan, de son vrai nom Pierre Dumarchey (1882-1970), est un écrivain français, créateur d'une œuvre imposante, d'une grande homogénéité malgré la diversité des formes sous lesquelles elle se manifeste et des thèmes qu'elle aborde. Du roman à la chanson, de l'essai à la poésie, son œuvre s'organise autour de quelques concepts clés, au premier rang desquels un abord original et poétique de l'existence contemporaine : le fantastique social.


Biographie 

Pierre Dumarchey, alias Pierre Mac Orlan est né à Péronne, dans la Somme, le 26 février 1882. Il s'est éteint quatre-vingt huit ans plus tard, le 27 juin 1970, à cent cinquante kilomètres de son lieu de naissance, dans sa maison de Saint-Cyr-sur-Morin (Seine-et-Marne) dans laquelle il vivait depuis 1924. Entre temps, il a vécu ou est passé par Montmartre, Rouen, Londres, Palerme, Bruges, Brest, Mayence, etc. De ces villes traversées pour l'essentiel avant la Première Guerre mondiale, il a puisé la matière de cent trente livres et soixante cinq chansons[1].

Pierre Dumarchey (1882-1905 env.) 

Évoquer les premières années de la vie de Pierre Mac Orlan relève de la gageure : les éléments que l'on possède à ce sujet sont lacunaires, et Pierre Mac Orlan s'est montré peu disert sur le sujet : « Qui est-il ? », se demande Bernard Baritaud[2], « Pierre Mac Orlan ou Pierre Dumarchey ? Le premier est resté singulièrement discret sur le second. On ne s'avancera guère en disant que, dès sa jeunesse, il s'est employé systématiquement à l'effacer, à le gommer, au profit d'une personnalité littéraire au nom fantaisiste dont le passé coïncidait merveilleusement avec son œuvre[3]»

Il est pourtant nécessaire de s'y attarder, car c'est au cours de cette période que Mac Orlan fera ce qu'il se plaisait à appeler son « éducation sentimentale », que sa sensibilité prendra sa forme définitive, et qu'il fera la moisson de souvenirs qui lui serviront de matériaux pour écrire la plupart de ses romans ainsi que la totalité de ses chansons.

Malgré le flou qu'il a volontairement entretenu autour de ses années d'apprentissage, on sait toutefois que la mère de Pierre Dumarchey mourut alors qu'il était très jeune (en 1889, suppose-t-on), qu'il avait un frère cadet, Jean, né en 1887, que son père, Pierre Edmond Dumarchey, exerça, entre autres, la profession de commissaire de police et que ce dernier n'eut pas avec son fils aîné des rapports des plus cordiaux. Était-ce pour cette raison, ou bien fut-ce à cause d'un revers de fortune qu'il confia, vers 1894, ses deux enfants à la garde de leur oncle, inspecteur de l'Éducation nationale à Orléans ?

Orléans (1894-1899)

Dans la ville du bord de Loire, Pierre Dumarchey fait de (médiocres[4]) études, rencontre le jeune Gaston Couté, qui lui fait découvrir l'œuvre de François Villon, laquelle restera une de ses références majeures tout au long de sa vie, tout comme demeurera l'une de ses grandes passions : le rugby, dont il découvre les joies également à cette époque[5]. Il écrit des chansons qu'il envoie à son idole : Aristide Bruant, et rêve de Paris, spécialement de Montmartre.

On[6] suppose que c'est en référence à la ville d'Orléans que le nom que se choisira plus tard Pierre Dumarchey sera Mac Orl(é)an(s) (l'intéressé préfèrera invoquer, en guise d'explication, le souvenir d'une bien improbable grand-mère écossaise).

Paris (1899-1901) 

Après un bref séjour à Rouen, en qualité d'élève à l'École normale (son oncle l'avait décidé à devenir instituteur), incapable de résister à l'appel de la bohème parisienne, Pierre Dumarchey laisse ses études en plan, et en 1899 il se rend à Paris où il espère pouvoir se faire rapidement un nom en tant qu'artiste : il a décidé qu'il serait peintre.

 

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Paris : La Seine vue depuis le pont de Carrousel


Très vite, il se rend compte que la bohème, une fois débarrassée de ses oripeaux littéraires, n'est qu'une manière pudique de désigner une situation sociale qui oscille entre la précarité et la misère. Plutôt la misère, d'ailleurs, en ce qui le concerne : il ne mange pas toujours à sa faim, passant ses journées à chercher l'expédient qui lui permettra de trouver un lit pour la nuit[7].

En compagnie de son frère Jean, qui l'a accompagné dans son périple, et qui n'est pas dépourvu de talents pour le dessin, la peinture et le coup de poing, Pierre Dumarchey fréquente les milieux interlopes des faubourgs montmartrois, faune où se mêlent les artistes et les voyous (qui sont parfois les mêmes), tenanciers d'hôtels borgnes, prostituées occasionnelles ou à plein temps, souteneurs, etc. Ce lumpenprolétariat pittoresque et dangereux que l'on retrouvera plus tard, dans ses romans et ses chansons, contrairement à ce qu'on s'imagine parfois, Mac Orlan ne l'a jamais aimé[8], et le regard qu'il a porté sur lui fut aussi dénué de tendresse que d'indulgence : son attitude sera celle de la « compréhension loyale »[9]. Rien de moins, mais rien de plus.

En 1901, deux ans après son arrivée à Paris, vaincu par la misère, Pierre Dumarchey jette l'éponge : tandis que son frère, peut-être à la suite d'un meurtre[10], s'enrôlait dans la Légion étrangère, il rentre à Rouen.

Rouen (1901-1905)

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Pissarro : rue de l’Épicerie, Rouen, 1898

« À cette époque, après deux années passées à Paris, au fond des impasses montmartroises, j'avais terminé mon éducation sentimentale. La qualité de cette éducation n'était pas bien rare, mais elle était assez définitive pour me protéger, au hasard des petits évènements quotidiens de ma vie.

Pour vivre, j'étais tantôt correcteur d'imprimerie[11], tantôt, plus simplement, teneur de copie, selon le besoin du trafic. Ce métier me rapportait quatre francs par jour. Et c'était très bien quand je le comparais aux résultats de mes autres tentatives dans le domaine du travail rémunéré. » (Pierre Mac Orlan, « Rouen », 1966[12])

La vie de Pierre Dumarchey à Rouen [13] se partage entre ces travaux alimentaires et des sorties nocturnes qui se transforment parfois en dérives qui ne sont pas sans rappeler celles qu'expérimenteront un demi-siècle plus tard les Situationnistes[14]. Là comme à Paris, son chemin croise celui d'individus plus ou moins louches, au premier rang desquels un certain Star, qui deviendra le modèle de personnages parmi les plus inquiétants de ses romans[15].

Mais il rencontre également, outre le journaliste Paul Lenglois, qui restera son ami jusqu'à sa mort en 1957, et qui apparaît dans la chanson « Jean de la Providence de Dieu », un étudiant, Robert Duquesne, auteur d'un roman intitulé Monsieur Homais voyage. Nous sommes en 1905, Pierre Dumarchey vient de terminer son service militaire, et lorsqu'il illustre l'ouvrage de son camarade il signe sa collaboration du nom de « Pierre Mac Orlan ». C'est la première fois que ce nom est imprimé.


Pierre Mac Orlan(1905-1970) 

Retour à Paris : le Bateau-Lavoir et le Lapin Agile (1905-1908) 

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Le Lapin agile à Montmartre.

Pierre Mac Orlan (nous l'appellerons dorénavant de ce nom) connaît toujours des conditons de vie précaires. Il occupe épisodiquement à Montmartre une chambre dans le mythique Bateau-Lavoir, où il fait la connaissance des peintres Vlaminck et Picasso, des poètes Max Jacob et André Salmon, de quelques autres qui n'ont pas laissé de nom dans l'histoire de l'art ou de la littérature. Il se liera plus tard d'amitié avec Guillaume Apollinaire.

Le soir, en compagnie de quelques-uns de ses amis artistes, il fréquente le cabaret de Frédéric Gérard : Le Lapin Agile, sur le livre d'or duquel Max Jacob écrira un soir ce quatrain :

Paris, la mer qui pense apporte
ce soir au coin de ta porte
Ô tavernier du quai des Brumes
sa gerbe d'écume[16]

... Dont l'avant-dernier vers donnera son titre au plus connu, sinon au plus lu, des romans de Pierre Mac Orlan[17].

Il cherche encore à vivre de sa peinture, avec toujours aussi peu de succès, découvre l'œuvre de Kipling (il sera profondément et durablement touché par La Lumière qui s'éteint).

Il voyage également beaucoup à cette époque[18] : Italie (Palerme, Naples), Belgique (Bruges, notamment), Marseille, Tunisie... C'est en compagnie d'une « femme de lettres aisée » qu'il accomplit certain de ces voyages, en qualité de « secrétaire particulier ».

De la peinture à l'écriture (1908-1914) [modifier]

C'est l'écrivain Roland Dorgelès, que Mac Orlan avait rencontré à Montmartre et qui était devenu son ami, qui le présente à Gus Bofa, alors rédacteur en chef du journal Le Rire. La légende (soigneusement entretenue par Mac Orlan) veut que l'illustrateur, à qui Mac Orlan présentait des caricatures de sa composition, ait été frappé, non tant par les dessins, qu'il jugeait mauvais, que par les légendes qui les accompagnaient. Il aurait alors convaincu Mac Orlan d'abandonner ses ambitions dans les Beaux-arts pour se consacrer à l'écriture de contes humoristiques qu'il se proposait de publier dans Le Rire.

C'est ainsi que Pierre Mac Orlan signe ses premiers textes, qui lui valent un début de notoriété. Un recueil de ses contes voit le jour en 1911 (Les Pattes en l'air), suivi l'année suivante par un premier roman, à l'humour grinçant, qui le consacre définitivement comme écrivain : La Maison du retour écœurant. Il collabore à La Bonne chanson, Revue du foyer, littéraire et musicale dirigée par Théodore Botrel.

Sa situation personnelle se stabilise en même temps que sa situation professionnelle : il épouse en 1913 Marguerite Luc, belle-fille de Frédéric Gérard, le tenancier du « Lapin Agile. » C'est le début d'un demi-siècle d'une vie de couple souvent orageuse.

C'est la guerre ! (1914-1918)

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Poilus de la Première Guerre mondiale

Pierre Mac Orlan est en villégiature en Bretagne au moment où il apprend que la guerre est déclarée. Mobilisé le 2 août 1914, il rejoint le 69e d'infanterie, à Toul. Il est blessé le 14 septembre 1916, près de Péronne, à quelques kilomètres de son lieu de naissance. Étendu dans un fossé, il doit d'avoir la vie sauve à un « Joyeux », autrement dit l'une de ces fortes têtes, souvent des repris de justice, qui composent les bataillons d'Afrique. « Mac Orlan sera éternellement reconnaissant à ces soldats des sections de discipline qui étaient les frères d'infortune du légionnaire Jean Dumarchey », écrit Jean-Claude Lamy [19].

Mac Orlan retourne à la vie civile décoré de la Croix de guerre. De cette expérience du front, il conservera un souvenir intense et ambigu, mélange de fascination et de dégoût pour cette « extraordinaire époque où plusieurs millions d'hommes furent transformés en aventuriers « actifs », firent cent fois le sacrifice de leur vie, de leurs affections, de ce qu'ils avaient été et de ce qu'ils pouvaient devenir[20] ». Il n'en reste pas moins, estimera-t-il, qu'un « match d'un homme de soixante-dix kilos contre un obus du même poids est, sans discussion, une des inventions les plus sottes de notre temps. Toute la guerre de 1914 est établie sur ces proportions. Cette expérience démontre chez les hommes une inconscience inquiétante.[21] »

Quoi qu'il en soit, l'écrivain n'a jamais manifesté le désir de renouveler l'expérience et dans son Petit manuel du parfait aventurier, paru en 1920, il vante les bonheurs de l'aventure « passive », celle que l'on goûte assis dans son fauteuil, par opposition aux dangereuses incertitudes qui sont le lot habituel des aventuriers « actifs ».

Écrivain et grand reporter (1918-1937)

Les années d'après-guerre sont des années fastes pour Pierre Mac Orlan : sa réputation littéraire grandit grâce à la publication de romans tels que Le Nègre Léonard et Maitre Jean Mullin (1920) (qui lui vaut les compliments de Marcel Proust, et dont Antonin Artaud apprécie « le fascinant cachet d'irréalité presque logique[22] »), La Cavalière Elsa (1921), Marguerite de la nuit (1924), Le Quai des brumes (1927), etc. En parallèle, il devient directeur artistique des Éditions d'Art de la Renaissance du Livre et, lorsqu'il n'est pas envoyé à l'étranger pour en ramener des reportages, il coule en compagnie de son épouse des jours paisibles dans la maison de Saint-Cyr-sur-Morin qu'il a fini de restaurer en 1924.

En sa qualité de grand reporter, recruté en même temps que quelques autres écrivains par Pierre Lazareff, Mac Orlan se rend notamment en Allemagne, où il rend compte de la Révolution allemande, et où il retourne régulièrement jusqu'en 1937, observateur lucide de la dégradation de la situation sociale et témoin inquiet des progrès de l'Hitlérisme.

Il est également envoyé en Tunisie faire des reportages sur la Légion étrangère, en Angleterre pour couvrir un fait-divers sordide, qui lui permet d'étudier les méthodes de Scotland Yard, en Italie où, en 1925, il fait une interview de Mussolini. On citera enfin une série d'articles consacrés à un aspect peu connu de la Prohibition américaine : « l'Avenue du rhum » et ses pirates (voir le recueil de reportages publié sous le titre de : Le Mystère de la malle n°1 [23].)

De ces reportages, Mac Orlan tirera également la matière de plusieurs romans : ainsi du Camp Domineau (1937) pour les reportages sur la Légion, ou de Dinah Miami (1928) pour les reportages sur la Prohibition.

Cette époque marque un autre bouleversement dans la vie de Pierre Mac Orlan : la mort de son frère cadet. Jean Dumarchey, devenu on s'en souvient légionnaire au début du siècle, était libérable au moment où a éclaté la Première Guerre mondiale. Il ira au front, sera blessé, retournera néanmoins au feu. Le légionnaire Dumarchey, anarchiste dans l'âme, allergique à la discipline, hermétique à la propagande, ne s'est jamais fait d'illusions sur les raisons pour lesquelles on lui demandait de faire la guerre : « J'ai vu le peuple se faire tuer sans conviction, écrivit-il dans une lettre désabusée à son frère, pour une cause qu'il n'a pas comprise et qu'il ne comprendra probablement jamais[24]. » Il meurt en 1929 des suites d'une hémorragie cérébrale[25].

Avec la disparition de Jean se rompait le seul lien qui rattachait Pierre au nom de « Dumarchey. »

Saint-Cyr-sur-Morin (1) (1938-1950)

La Seconde Guerre mondiale apparaît à Mac Orlan comme une monstrueuse absurdité, et le pousse à se désintéresser un peu plus de l'actualité de son temps et à travailler à la mise en forme de ses souvenirs, qui sont rattachés à un monde dont les bombardements ont fini d'anéantir le décor matériel, et dont l'avenir s'annonce comme étant en rupture fondamentale avec tout ce qu'il avait été jusque là : « Un homme qui avait vingt ans quand Stendhal écrivait l'histoire de Fabrice del Dongo », notera-t-il en 1961[26], « un homme qui avait vingt ans quand Villon entendait sonner la petite cloche de la Sorbonne n'étaient pas très différents de ce que j'étais quand j'avais vingt ans. Mais je ne peux plus ressembler à l'homme qui aura vingt ans dans un demi-siècle ».

Pourtant, Mac Orlan reste à l'écoute des innovations techniques dont son époque est prodigue : depuis longtemps déjà, il avait compris l'importance que prendraient le cinéma et le phonographe. Il s'intéresse également à la radio pour laquelle il écrit des chroniques et participe à des émissions.

La télévision même ne le laisse pas indifférent : il achètera dès le moment qu'elles seront disponibles une télévision en couleurs. Mais ce sera afin de mieux distinguer les maillots des joueurs lors des diffusions dominicales des matchs de rugby.

Les honneurs (1950-1968)

En 1950, Pierre Mac Orlan est élu, à l'unanimité, membre de l'Académie Goncourt (il reprend le couvert de Lucien Descaves)[27]. Il se vantera d'être le seul membre de la prestigieuse institution à ouvrir lui-même quand on frappe à sa porte.

S'il s'est fait prier pour entrer à l'Académie Goncourt, on ne peut pas dire pour autant que Mac Orlan méprisait les distinctions, et c'est avec un plaisir évident qu'il reçoit en 1967 celle qu'il attendait depuis des années : les insignes de commandeur de la Légion d'honneur, décernée par Georges Pompidou sur proposition du ministre la Culture André Malraux, depuis longtemps un admirateur de l'œuvre du patriarche de Saint-Cyr-sur-Morin[28]. Distinction longtemps retardée par le fait que Mac Orlan avait publié, dans les années 1910-1920, diverses œuvres érotiques[29].

Enfin, en 1968, Mac Orlan rejoint Boris Vian et Raymond Queneau au Collège de 'Pataphysique, où il entre en qualité de Satrape, ce qui a dû lui rappeler ses années rouennaises du tout début du siècle, lorsque la connaissance de l'œuvre d'Alfred Jarry valait brevet d'admission dans la petite bande à laquelle il appartenait.

Saint-Cyr-sur-Morin (2) : les dernières années (1963-1970)

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Maison de Pierre Mac Orlan à Saint-Cyr-sur-Morin (2007)

Après la mort de sa femme, le 10 novembre 1963, Mac Orlan ne sort plus guère de la maison qu'il habite depuis 1924. Il reçoit en revanche des visites, par exemple de Georges Brassens, qui aura ce joli mot à propos de Mac Orlan : « il donne des souvenirs à ceux qui n'en ont pas » et de Jean-Pierre Chabrol, qui habite Saint-Cyr. Mac Orlan, parfois, sort son accordéon et chante quelques unes des chansons qu'il écrit depuis le début des années cinquante, et qui évoquent le monde d'avant le cataclysme de la Première Guerre mondiale, à moins qu'il n'entonne un vieil air de marche militaire.

Le vieil homme parait pauvre, des amis s'en émeuvent. En réalité, grâce aux droits d'auteur qu'il perçoit pour ses livres, et surtout ses chansons, Mac Orlan est largement à l'abri du besoin. Mais l'écrivain vit chichement, dans une économie qui lorgne vers l'avarice. C'est que toute sa vie, confiera-t-il, il a vécu avec au ventre la peur de connaître à nouveau la faim, avec laquelle il avait fait connaissance durant les années montmartroises de la fin de son adolescence.

La peur le quitte en même temps que ces souvenirs dont il était si prodigue le 27 juin 1970.

Parmi ses dernières volontés, il exprime le désir que « chaque année un prix portant [son] nom soit attribué à Saint-Cyr-sur-Morin (frais payés) à un écrivain de valeur, de préférence âgé et en difficulté avec la vie ou un artiste peintre offrant une situation semblable[30] ».

Pierre Mac Orlan de l'Académie Goncourt, 1882-1970, est inhumé au cimetière du village où il avait choisi de vivre quarante-cinq ans plus tôt.

Bibliographie

Œuvres de Mac Orlan

Ne sont mentionnés dans les rubriques "Romans et nouvelles" et "Essais, mémoires, reportages", que les textes repris dans les Œuvres Complètes en vingt-cinq volumes non numérotés, publiées sous la direction de Gilbert Sigaux, au Cercle du bibliophile (Genève, 1969-1971), avec une préface générale de Raymond Queneau. Sont indiqués pour chaque titre le nom de son éditeur, ainsi que le lieu et la date de sa première publication.
En ce qui concerne les romans et les recueils de nouvelles, le contenu des rééditions peut être notablement différent de celui des publications originales, et la composition des recueils de nouvelles n'est pas nécessairement la même d'une édition à l'autre. À l'inverse, un même ouvrage peut avoir été publié sous des titres différents. Quant aux essais, ils regroupent en règle générale des textes parus antérieurement, en volumes ou dans des revues (c'est le cas notamment pour les trois volumes de Masques sur mesure.) Ne sont mentionnés ici que les titres des recueils définitifs, à l'exclusion des indications de parution originale des textes réunis dans ces volumes d'essais.
Un grand nombre de textes n'ont pas été rassemblés dans l'édition des Œuvres Complètes, soit à la demande expresse de leur auteur (les textes érotiques notamment), soit parce qu'ils étaient considérés comme perdus. On a même pu aller jusqu'à dire que ces vingt cinq volumes ne représentaient en fait que « la partie visible de l'iceberg[31] » du corpus mac-orlanien. Francis Lacassin a par la suite fait publier plusieurs recueils posthumes de textes inédits.
Par ailleurs, les Cahiers Mac Orlan, qui ont vocation, sous l'égide du Comité Mac Orlan, à réunir d'autres textes introuvables de l'écrivain, comptent treize numéros publiés à ce jour[32].

Pour une bibliographie détaillée des œuvres de Mac Orlan, se reporter à celle qui figure dans l'étude de Bernard Baritaud, Pierre Mac Orlan. Sa vie, son temps, aux pages 331-349, qui inclut également une filmographie et une discographie.

Romans et nouvelles

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Frontispice de la première édition des Clients du Bon Chien jaune (1926)
  • Les Pattes en l'air, Société d'éditions littéraires et artistiques, Librairie Ollendorff, Paris, 1911
  • La Maison du retour écœurant, Bibliothèque humoristique, Paris, 1912
  • Le Rire jaune, Albert Méricant, Paris, 1913
  • Les Contes de la pipe en terre, L'édition moderne, Librairie Ambert, Paris, 1914
  • Les Bourreurs de crâne, La Renaissance du livre, Paris, 1917
  • U-713 ou les Gentilshommes d'infortune, Société littéraire de France, Paris, 1917
  • Le Chant de l'équipage, L'Édition française illustrée, Paris, 1918
  • Bob bataillonnaire, Albin Michel, Paris, 1919 (réédité sous le titre Le Bataillonnaire en 1931)
  • La Clique du Café Brebis, histoire d'un centre de rééducation intellectuelle, La Renaissance du livre, Paris, 1919
  • Chronique des jours désespérés, Émile-Paul frères, Paris, 1919
  • Le Nègre Léonard et maître Jean Mullin, Éditions de la Banderole, Paris (tirage limité), Paris, 1920 / Gallimard, Paris, 1920
  • À bord de L'Étoile Matutine, Georges Crès, Paris, 1920
  • La Bête conquérante, L'Édition française illustrée, Paris, 1920
  • La Cavalière Elsa, Gallimard, Paris, 1921
  • Malice, Georges Crès, Paris, 1923
  • La Vénus internationale, Gallimard, 1923
  • À l'hôpital Marie-Madeleine, Le Sagittaire, Paris, 1924
  • Marguerite de la nuit, Émile-Paul frères, Paris, 1925
  • Les Clients du Bon Chien jaune, Les Arts et le livre, Paris, 1926
  • Sous la lumière froide, Émile-Paul, Paris, 1926
  • Le Quai des brumes, Gallimard, Paris, 1927
  • Dinah Miami, Éditions Larousse, Paris, 1928
  • Les Vrais Mémoires de Fanny Hill, Éditions M.P. Trémois, Paris, Paris, 1929 (édition définitive sous le titre de Les dés pipés ou Les aventures de Miss Fanny Hill en 1952)
  • La Tradition de minuit, Émile-Paul frères, Paris, 1930
  • La Bandera, Gallimard, Paris, 1931
  • Quartier réservé, Gallimard, Paris, 1932
  • La Croix, l'ancre et la grenade, Devambez, Paris, 1932
  • Filles d'amour et Ports d'Europe, Éditions de France, Paris, 1932 (première version de ce qui devient Mademoiselle Bambù en 1966)
  • La Nuit de Zeebrugge, Librairie des Champs-Élysées, coll. Le Masque, Paris, 1934 (republié sous le titre Le Bal du Pont du Nord en 1946)
  • Le Tueur n°2, Librairie des Champs-Élysées, coll. Police-Sélection, Paris, 1935
  • Le Camp Domineau, Gallimard, Paris, 1937
  • Le Carrefour des trois couteaux, Librairie des Champs-Élysées, coll. Le Masque, Paris,1940
  • L'Ancre de miséricorde, Émile-Paul frères, Paris, 1941
  • Picardie, Émile-Paul, Paris, 1943

Essais, mémoires, reportages

  • Le Petit manuel du parfait aventurier, La Sirène, Paris, 1920
  • Les Pirates de l'avenue du rhum, Le Sagittaire, Paris, 1925
  • La Seine, Pierre Laffite, Paris, 1927
  • Villes, Gallimard, Paris, 1929
  • Nuit aux bouges, Flammarion, Paris, 1929
  • Légionnaires, Éditions du capitole, Paris, 1930
  • Le Bataillon de la mauvaise chance. Un civil chez les joyeux, Éditions de France, Paris, 1933
  • Rues secrètes, Gallimard, Paris, 1934
  • Verdun, Nouvelles éditions latines, Paris, 1935
  • Propos d'infanterie, Fernand Sorlot, Paris, 1936
  • Masques sur mesure, Gallimard, Paris, 1937
  • Dans les tranchées, Les Œuvres libres, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1939
  • Montmartre, Éditions Armand de Chabassol, Bruxelles, 1946
  • Les Bandes. Essais sur l'éducation sentimentale, Éditions de la belle page, Paris, 1947
  • L'Écharpe de suie, La Couronne, Paris, 1947
  • La Lanterne sourde, Gallimard, Paris, 1953
  • Le Mémorial du petit jour, Gallimard, Paris, 1955
  • La Petite cloche de Sorbonne, Gallimard, Paris, 1959
  • Masques sur mesure II (Œuvres Complètes, volume XXIV[33]), Le Cercle du bibliophile, Genève, 1970 (réunit les principaux essais consacrés à la peinture)
  • Masques sur mesure III (Œuvres Complètes, volume XXV), Le Cercle du bibliophile, Genève, 1970 (contient un choix de préfaces et de portraits)
  • Sous la croix blanche, Le Cercle du bibliophile, Genève, 1971 (texte écrit en 1946 et non publié à l'époque. Recueilli dans les Œuvres Complètes avec Picardie))

Poésie et chansons

Littérature érotique 

  • Le Masochisme en Amérique, La Librairie d'amateurs, Paris, 1905 (anonyme. Réédité avec Pierre Dumarchey comme nom d'auteur aux éditions Jean Fort en 1910)
  • Femmes du monde et sang bleu, Première partie : Georges, hors commerce, « Pour les amis d'Isidore Liseux », Paris, 1908 (sous le pseudonyme de Chevalier de X)
  • La Comtesse au fouet, Jean fort, Paris, 1909 (sous le nom de Pierre Dumarchey)
  • Les Grandes flagellées de l'histoire, Jean fort, Paris, 1909 (sous le nom de Pierre Dumarchey)
  • Lise fessée, Jean fort, Paris, 1910 (sous le nom de Pierre Dumarchey)
  • Les Aventures amoureuses de Mademoiselle de Sommerange ou Les Aventures libertines d'une Demoiselle de Qualité sous la Terreur, « Sweetgra's, Québec » (en réalité : Jean Fort, Paris), 1910 (sous le pseudonyme de Pierre du Bourdel)
  • Petite dactylo, suivi de Les Belles clientes de M. Brozen et de Le Maître d'école, Jean Fort, Paris, ca. 1910 (sous le pseudonyme de Pierre du Bourdel)
  • Mademoiselle de Mustelle et ses amies. Roman pervers d'une fillette élégante et vicieuse, Jean fort, Paris, 1913 (sous le pseudonyme de Pierre du Bourdel)
  • Baby Douce Fille, Jean Fort, Paris, 1919 (sous le pseudonyme de Sadie Blackeyes)
  • Petites cousines, À la folie du jour, Paris, 1919 (sous le pseudonyme de Sadinet)
  • La Semaine secrète de Vénus, P. Cotinaud, Paris, 1926 (anonyme)

Publications posthumes

  • Le Mystère de la malle n°1 (quatre reportages de 1924 à 1934), U.G.E., coll. 10/18, Paris, 1984
  • Manon la souricière (contes et nouvelles non recueillis dans les Œuvres complètes), Gallimard, Paris, i/1986">1986
  • Capitaine Alcindor, (contes et nouvelles non recueillis dans les Œuvres complètes), Gallimard, Paris, 1988
  • Domaine de l'ombre (articles consacrés au « fantastique social » non recueillis dans Masques sur Mesure), Phébus, Paris, 2000
  • Images abolies (recueil d'articles et de préfaces non réédités), Michel de Maule, Paris, 2005

Études sur Pierre Mac Orlan

  • Le Petit Mac Orlan illustré, Musée des Pays de Seine-et-Marne, 1996
  • Bernard Baritaud, Pierre Mac Orlan, sa vie, son œuvre, Droz, Genève, 1992
  • Jean-Claude Lamy, Mac Orlan, l'aventurier immobile, Albin Michel, Paris, 2002
  • Ilda Tomas, Pierre Mac Orlan : ombres et lumières, Université de Grenade, 1995

Filmographie 

Adaptations d'œuvres de Mac Orlan

Collaborations [modifier]

Liens externes








Guillaume Apollinaire


 

Guillaume Apollinaire
Apollinaire en 1914.
Apollinaire en 1914.

Activité(s) Poète
Naissance 26 août 1880
Décès 9 novembre 1918

Guillaume Apollinaire, de son vrai nom Wilhelm Albert Włodzimierz Apolinary de Wąż-Kostrowicki[1], est un écrivain naturalisé français (né polonais), né le 26 août 1880 à Rome et mort le 9 novembre 1918 à Paris.

C'est l'un des principaux poètes français du début du XXe siècle, auteur notamment du Pont Mirabeau. Il écrit également des nouvelles et des romans érotiques. Il pratique le calligramme (terme de son invention désignant ses poèmes écrits en forme de dessins et non de forme classiques en vers et strophes). Il est le chantre de toutes les avant-gardes artistiques, notamment le cubisme, poète et théoricien de l'Esprit nouveau, et précurseur du surréalisme dont il a forgé le nom.


 

Biographie

Sa mère, Angelika Kostrowicka, est issue de la noblesse polonaise, mais son père est, à ce jour encore, inconnu, peut-être un officier italien. Arrivé à Monaco en 1897, Guillaume est inscrit aux lycées de Cannes et de Nice. En 1899, il passe l'été dans la petite bourgade wallonne de Stavelot, un séjour quitté à « la cloche de bois » : ne pouvant payer la note de l'hôtel, Wilhelm et son demi-frère Albert doivent quitter la ville en secret et à l'aube. L'épisode wallon féconde durablement son imagination et sa création. Ainsi, de cette époque, date le souvenir des danses festives de cette contrée (« C'est la maclotte qui sautille ... »), dans Marie, celui des Hautes Fagnes, ainsi que l'emprunt au dialecte wallon.

En 1901 et 1902, il est précepteur dans une famille allemande. Il tombe amoureux de la gouvernante anglaise Annie Playden, qui ne cesse de l'éconduire. C'est la période « rhénane » dont ses recueils portent la trace (La Lorelei, Schinderhannes). De retour à Paris en août 1902, il garde le contact avec Annie et se rend auprès d'elle à deux reprises. Mais en 1905, elle part pour l'Amérique. Le poète célèbre sa relation avec Annie et la douleur de la rupture dans de nombreux poèmes, dont Annie et La Chanson du mal-aimé.

Entre 1902 et 1907, il travaille pour divers organismes boursiers et commence à publier contes et poèmes dans des revues. En 1907, il rencontre l'artiste peintre Marie Laurencin, avec laquelle il entretient une relation chaotique et orageuse. C'est à la même époque qu'il décide de vivre de sa plume. Il se lie d'amitié avec Pablo Picasso, André Derain, Edmond-Marie Poullain, Maurice de Vlaminck et le Douanier Rousseau, se fait un nom de poète, de journaliste[2], de conférencier et de critique d'art. En septembre 1911, accusé de complicité de vol parce qu'une de ses relations a dérobé des statuettes au Louvre, il est emprisonné durant une semaine à la prison de la Santé ; cette expérience le marque[3]. En 1913, il publie Alcools, somme de son travail poétique depuis 1898.

Il tente de s'engager dans l'armée française en août 1914, mais le conseil de révision ajourne sa demande car il n'a pas la nationalité française. Sa seconde demande en décembre 1914 est acceptée, ce qui déclenche sa procédure de naturalisation[4]. Peu avant de s'engager, il tombe amoureux de Louise de Coligny-Châtillon, rencontrée à Nice en septembre 1914, qu'il surnomme Lou. Elle est divorcée et mène une vie très libre. Guillaume Apollinaire s'éprend d'elle et lui fait la cour. Elle finit par accepter ses avances mais ne lui dissimule pas son attachement pour un homme qu'elle surnomme Toutou. Rapidement, Guillaume doit partir au front. Une correspondance, d'une poésie remarquable, naît de leur relation.

Sa lettre déclaration d'amour, datée du 28 septembre 1914, commence en ces termes : « Vous ayant dit ce matin que je vous aimais, ma voisine d'hier soir, j'éprouve maintenant moins de gêne à vous l'écrire. Je l'avais déjà senti dès ce déjeuner dans le vieux Nice où vos grands et beaux yeux de biche m'avaient tant troublé que je m'en étais allé aussi tôt que possible afin d'éviter le vertige qu'ils me donnaient. »

Photographie en noir et blanc de Guillaume Apollinaire soldat en 1916, le crâne bandé après sa blessure à la tempe.
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Apollinaire soldat en 1916 après sa blessure.

Mais la jeune femme ne l'aimera jamais, ou du moins, pas comme il l'aurait voulu ; ils rompent en mars 1915 en se promettant de rester amis. Le 2 janvier 1915, il fait connaissance de Madeleine Pagès dans un train. Il part avec le 38e régiment d'artillerie de campagne pour le front de Champagne en avril 1915. Malgré les vicissitudes de la vie en guerre, il écrit dès qu'il le peut pour tenir et rester poète (Case d'Armons, et une abondante correspondance avec Lou, Madeleine et ses nombreux amis). Il se fiance à Madeleine en août 1915. Transféré sur sa demande au 96e régiment d'infanterie avec le grade de sous-lieutenant en novembre 1915, il est naturalisé français le 9 mars 1916. Il est blessé à la tempe par un éclat d'obus le 17 mars 1916, alors qu'il lit le Mercure de France dans sa tranchée. Évacué à Paris, il est trépané le 10 mai 1916. Après une longue convalescence, il se remet progressivement au travail, fait jouer sa pièce Les Mamelles de Tirésias (sous-titrée drame surréaliste) en juin 1917 et publie Calligrammes en 1918. Il épouse Jacqueline (la « jolie rousse » du poème), à qui l'on doit de nombreuses publications posthumes.

Affaibli par sa blessure, Guillaume Apollinaire meurt le 9 novembre 1918 de la grippe espagnole. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise à Paris alors que, dans les rues, les Parisiens célèbrent la fin de la guerre.

La tombe de Guillaume Apollinaire au cimetière du Père Lachaise, division 86, présente un monument-menhir conçu par Picasso et financé par la vente aux enchères de deux œuvres de Matisse et Picasso le 21 juin 1924[5]. La tombe porte également une double épitaphe extraite du recueil Calligrammes, trois strophes discontinues de « Colline »[6], qui évoquent son projet poétique et sa mort, et un calligramme de tessons verts et blancs en forme de cœur qui se lit « mon cœur pareil à une flamme renversée ».

Son nom est cité sur les plaques commémoratives du Panthéon de Paris dans la liste des écrivains morts sous les drapeaux pendant la guerre 1914-1918.

Regards sur l'Œuvre

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Apollinaire peint en La Muse inspirant le poète d'Henri Rousseau, (1909)

Influencé par la poésie symboliste dans sa jeunesse, admiré de son vivant par les jeunes poètes qui formèrent plus tard le noyau du groupe surréaliste (Breton, Aragon, Soupault. Apollinaire est l'inventeur du terme « surréalisme »), il révéla très tôt une originalité qui l'affranchit de toute influence d'école et qui fit de lui un des précurseurs de la révolution littéraire de la première moitié du XXe siècle. Son art n’est basé sur aucune théorie mais sur un principe simple : l’acte de créer doit venir de l’imagination, de l’intuition car il doit se rapprocher le plus de la vie, de la nature. Cette dernière est pour lui « une source pure à laquelle on peut boire sans crainte de s’empoisonner » (Œuvres en prose complètes, Gallimard, 1977, p.49). Mais l’artiste ne doit pas l’imiter, il doit la faire apparaître selon son propre point de vue, de cette façon, Apollinaire parle d’un nouveau lyrisme. L’art doit alors s’affranchir de la réflexion pour pouvoir être poétique. « Je suis partisan acharné d’exclure l’intervention de l’intelligence, c’est-à-dire de la philosophie et de la logique dans les manifestations de l’art. L’art doit avoir pour fondement la sincérité de l’émotion et la spontanéité de l’expression : l’une et l’autre sont en relation directe avec la vie qu’elles s’efforcent de magnifier esthétiquement » dit Apollinaire (entretien avec Perez-Jorba dans La Publicidad). L’œuvre artistique est fausse en ceci qu'elle n'imite pas la nature, mais elle est douée d'une réalité propre, qui fait sa vérité.

Apollinaire se caractérise par un jeu subtil entre modernité et tradition. Il ne s’agit pas pour lui de se tourner vers le passé ou vers le futur mais de suivre le mouvement du temps. « On ne peut transporter partout avec soi le cadavre de son père, on l’abandonne en compagnie des autres morts. Et l’on se souvient, on le regrette, on en parle avec admiration. Et si on devient père, il ne faut pas s’attendre à ce qu’un de nos enfants veuille se doubler pour la vie de notre cadavre. Mais nos pieds ne se détachent qu’en vain du sol qui contient les morts » (Méditations esthétiques, Partie I : Sur la peinture).

C’est ainsi que le calligramme substitue la linéarité à la simultanéité et constitue une création poétique visuelle qui unit la singularité du geste d'écriture à la reproductibilité de la page imprimée. Apollinaire prône un renouvellement formel constant (vers libre, monostiche, création lexicale, syncrétisme mythologique). Enfin, la poésie et l’art en général sont un moyen pour l’artiste de communiquer son expérience aux autres. C’est ainsi qu’en cherchant à exprimer ce qui lui est particulier, il réussit à accéder à l’universel. Enfin, Apollinaire rêve de former un mouvement poétique global, sans écoles, celui du début de XXe siècle, période de renouveau pour les arts et l'écriture, avec l'émergence du cubisme dans les années 1910, du futurisme italien en 1909 et du dadaïsme en 1916. Apollinaire entretient des liens d'amitié avec nombre d'artistes et les soutient dans leur parcours artistique (voir la conférence "la phalange nouvelle").

Bibliographie 

 

Poésie [

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Tombe de Guillaume Apollinaire au cimetière du Père Lachaise à Paris
  • Le Bestiaire ou cortège d'Orphée, illustré de gravures par Raoul Dufy, Deplanche, 1911. Cet ouvrage a également été illustré de lithographies en couleurs par Jean Picart Le Doux, Les Bibliophiles de France, 1962.
  • Alcools, recueil de poèmes composés entre 1898 et 1913, Mercure de France, 1913.
  • Vitam impendere amori, illustré par André Rouveyre, Mercure de France, 1917.
  • Calligrammes, poèmes de la paix et de la guerre 1913-1916, Mercure de France, 1918.
  • Il y a..., recueil posthume, Messein, 1925.
  • Ombre de mon amour, poèmes adressés à Louise de Coligny-Châtillon, Cailler, 1947.
  • Poèmes secrets à Madeleine, édition pirate, 1949.
  • Le Guetteur mélancolique, poèmes inédits, Gallimard, 1952.
  • Poèmes à Lou, Cailler, 1955.
  • Soldes, poèmes inédits, Fata Morgana, 1985
  • Et moi aussi je suis peintre, album d'idéogrammes lyriques coloriés, resté à l'état d'épreuve. Les idéogrammes seront insérés dans le recueil Calligrammes, Le temps qu'il fait, 2006.

Romans, contes

  • Mirely ou le Petit Trou pas cher, roman érotique écrit sous pseudonyme pour un libraire de la rue Saint-Roch à Paris, 1900.
  • Que faire ?, roman-feuilleton paru dans le journal Le Matin, signé Esnard, auquel G.A. sert de nègre.
  • Les Onze Mille Verges ou les amours d'un hospodar, publié sous couverture muette, 1907.
  • L'Enchanteur pourrissant, illustré de gravures d'André Derain, Kahnweiler, 1909.
  • L'Hérésiarque et Cie, contes, Stock, 1910.
  • Les Exploits d'un jeune Don Juan, roman érotique, publié sous couverture muette, 1911.
  • La Rome des Borgia, qui est en fait de la main de Dalize, Bibliothèque des Curieux, 1914.
  • La Fin de Babylone - L'Histoire romanesque 1/3, Bibliothèque des Curieux,1914.
  • Les Trois Don Juan - L'Histoire romanesque 2/3, Bibliothèque de Curieux, 1915.
  • Le Poète assassiné, contes, L'Édition, Bibliothèque de Curieux, 1916.
  • La Femme assise, inachevé, édition posthume, Gallimard, 1920.
  • Les Épingles, contes, 1928.

Ouvrages critiques et chroniques

  • La Phalange nouvelle, conférence, 1909.
  • L'Œuvre du Marquis de Sade, pages choisies, introduction, essai bibliographique et notes, Paris, Bibliothèque des Curieux, 1909, première anthologie publiée en France sur le marquis de Sade.
  • l'Œuvre poétique de Charles Baudelaire, introduction et notes à l'édition des Maîtres de l'amour, Collection des Classiques Galants, 1924 Paris
  • Les Poèmes de l'année, conférence, 1909.
  • Les Poètes d'aujourd'hui, conférence, 1909.
  • Le Théâtre italien, encyclopédie littéraire illustrée, 1910
  • Pages d'histoire, chronique des grands siècles de France, chronique historique, 1912
  • La Peinture moderne, 1913.
  • Méditations esthétiques. Les Peintres cubistes, 1913.
  • L'Antitradition futuriste, manifeste synthèse, 1913.
  • Le Flâneur des deux rives, chroniques, Éditions de la Sirène, 1918.
  • Les Diables amoureux, recueil des travaux pour les Maîtres de l'Amour et le Coffret du bibliophile, Gallimard, 1964.

Références :

  • Œuvres en prose complètes. Tomes II et III, Gallimard, "Bibliothèque de la Pléiade", 1991 et 1993.
  • Petites merveilles du quotidien, textes retrouvés, Fata Morgana, 1979.
  • Petites flâneries d'art, textes retrouvés, Fata Morgana, 1980.

 

Théâtre, cinéma 

 

Correspondance

  • Lettres à sa marraine 1915–1918, 1948.
  • Tendre comme le souvenir, lettres à Madeleine Pagès, 1952.
  • Lettres à Lou, édition de Michel Décaudin, Gallimard, 1969.
  • Lettres à Madeleine. Tendre comme le souvenir, édition revue et augmentée par Laurence Campa, Gallimard, 2005.

 

Journal

  • Journal intime (1898-1918), édition de Michel Décaudin, fac-similé d'un cahier inédit d'Apollinaire, 1991.

 

Annexe [

Un timbre postal, d'une valeur de 0.5+0.15 franc a été émis le 22 mai 1961 à l'effigie de Guillaume Apollinaire. L'oblitération "Premier jour" eut lieu à Paris le 20 mai.[8]


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