LE MAQUIS DE MONTMARTRE

Publié le par LEPIC ABBESSES

MONTMARTRE

Le sacré-coeur posé sur l'Opéra Garnier, c'est ce qu'on voit du toit du Grand Hotel.

La butte Montmartre culmine à 128 mètres et quelques centimètres devant le parvis de l'église St Pierre, à 130,53m dans le cimetière du Calvaire. Cela fait une différence de 65m avec le boulevard de Rochechouart et de 104m avec le niveau de la Seine. Il s'agit donc effectivement du point géographique le plus haut de la capitale, puisque Menilmontant culmine à 118m et Belleville à 115.

Il n'y a aucune explication certaine du nom de Montmartre. (Mons Martyrium ou mont de Mercure ?)
La Butte s'orna tout d'abord d'une riche demeure romaine, puis d'une abbaye construite au IXe siècle et d'où partit la légende de Saint Denis, selon laquelle l'évèque de Paris, après avoir été décapité, aurait ramassé sa tête pour aller la laver à une fontaine. Soutenu par un ange, il aurait ensuite marché jusqu'àu lieu où l'on construisit la basilique de Saint Denis.

Le territoire des Dames de Montmartre comprenait une grande partie du XVIIIe arrondissement actuel et la partie nord du IXe : elle allait jusqu'aux rues St Lazare, La Bruyère, Notre-Dame de Lorette, Lamartine et Bleue et était constituée de terres labourables. L'entreprise des abbesses se termina avec la Révolution et l'éxécution de la dernière des Dames de Montmartre, le 24 juillet 1794.
Montmartre fut rattaché à Paris en 1860, lors de la destruction du mur des fermiers généraux, enceinte qui fermait Paris sur plus de 28 km, avec ses barrières d'octroi.


La barrière de Clichy avant sa démolition, au second plan,
la Butte, avec ses moulins

Montmartre, en 1880, est un village de pleine campagne.

Sur son versant nord, on trouve un vaste terrain vague qu'on appelle "le Maquis ". C'est un enchevêtrement de baraques misérables enfouies dans les lilas, les buissons et les herbes folles, hanté de chiffonniers, d'apaches, de vagabonds, de marginaux et d'artistes de tous poils, coincé entre la rue Caulaincourt (ouverte en 1867), la rue Lepic et la rue Girardon (ex rue des Brouillards) et qui sera détruit par le percement de l'avenue Junot, en 1910. On y voit le peintre Renoir déambuler de son pavillon du "Château des Brouillards" à son atelier de la rue Tourlaque. Paul Gauguin y habite un temps, Modigliani également. Montmartre devient vite le fief artistique de la capitale. Tout se passe au "bateau-lavoir", rue Ravignan ou presque.


Le maquis rasé

C'est là qu'on trouve le jeune Picasso, Van Dongen, dès 1906. Car sur la butte, les loyers sont modestes. Le baron Haussman n'est pas venu jusque là : un comité de salut a fait avorter son projet de poursuivre l'avenue Junot sur la place du Tertre, ce qui aurait fait raser l'église St Pierre !

Les pentes de la colline sont assez dangereuses : creusées comme un gruyère par des carrières de gypse, on assiste assez souvent à des glissements de terrain. Il y en aura un, mémorable, le 31 octobre 1909, vers sept heures du soir, à l'angle de la rue Tourlaque et de la rue Damrémont. Le sol, soudain, s'affaisse sous les pas de deux passants, un homme et une femme qui rentrent paisiblement chez eux.

Le trou forme une excavation de cinq mètres de profondeur. Les deux passants sont happés par le vide et tombent au fond du puits. Les cris ayant déclenché l'alerte, on accourt. On parvient à extirper l'homme, mais la femme a disparu. On la cherche, en vain, pendant la nuit, puis on doit interrompre par crainte d'un nouvel éboulement qui menace les sauveteurs eux-mêmes. On ne retrouve le corps de la malheureuse que trois jours plus tard !

 


Rue de l'abreuvoir en 1900

le lapin à gil....

..au coin de la rue Cortot

Le moulin de la Galette devant.....

....derrière

Aujourd'hui rue Livingstone, la marché St Pierre et Dreyffus

La rue du Chevalier de la Barre

Certes, personne, à l'époque, ne qualifie l'époque 1900 de "belle". Mais le souvenir de la guerre de 70 et celui de la commune sont encore assez vivaces pour propulser le plaisir en premier plan, avec une sorte de revendication pour la futilité que l'on retrouvera aussi après les deux autres guerres mondiales.

En effet, entre 1880 et 1914, une multitude de lieux de distractions apparaît à Paris et plus particulièrement à Montmartre. Il y a, bien sûr, le fameux "Chat noir", où chante Aristide Bruant, mais aussi, à l'emplacement de la grande vitrine du Monoprix actuel, au 34 boulevard de Rochechouart, fondé en 1892 par Dorville, le "Ciel et l'Enfer" avec ses deux portes monumentales sculptées, celle de l'enfer composée d'une gueule immense dans laquelle le spectateur s'engouffre.
On y consomme sur des cercueils, éclairé par la lueur de bougies placées dans des crânes. La formule sera reprise en face, au cabaret du Néant. Pendant ce temps, Yvette Guilbert chante son "fiacre allant trottinant" au Divan japonais. Gainée de sa robe étroite, elle est inimitable : le masque pâle, étrange, inoubliable, où luisent des yeux moqueurs de gavroche, un cou qui n'en finit plus... une poignée de cheveux blonds qui pointent en toupet de clownesse. C'est la première fois qu'on voit au concert Parisien des gants noirs.Le blanc est de tradition.


Henri Evenepoel : l'espagnol à Paris. 1899

Les premiers films de Georges Méliès constituent un véritable engouement.

Mais c'est surtout le "Moulin Rouge" qui va marquer l'époque. Inauguré le 6 octobre1889 par Joseph Oller, il remplace "le Bal de la reine Blanche". Le Tout-Paris se précipite dans la grande salle éclairée par des rampes au gaz pour assister au spectacle : rien que de l'inédit ! Quand, sur un air d'Offenbach, Toulouse-Lautrec apparaît soutenu par la présence de peintres et de boxeurs exubérants qui lui ouvrent le chemin, il fait sensation. Le mot circule vite : ce petit nabot aux jambes torses possède un sexe énorme. Les filles le surnomment "la cafetière". Il immortalise le lieu par ses affiches et ses tableaux, ses portraits de "la Goulue", "Nini patte-en-l'air", "la Môme fromage", "Grille d'égout" ou "Valentin le désossé". La salle donne, à l'arrière, sur un jardin orné de nombreux bosquets qui montent jusqu'à la rue Lepic. Les ébats se font en plein air, entre les stands de tir et les voyantes.


Le ciel et l'enfer


Yvette Guilbert

 


Moulin des amours. Georges Faget-Bénard 2001 (détail)

Dans le jardin du Moulin Rouge, un énorme éléphant de stuc abrite un orchestre dédié à la danse du ventre. Le succès est immédiat. On y rencontre aussi bien le bourgeois qui s'encanaille que le titi en goguette, sans compter la duchesse déguisée en grisette !

Jusqu'en 1960, il ne va cesser de changer d'aspect : on le pousse à gauche, on le remet à droite, on l'affuble d'une tour gothique qu'on déguise aussitôt en château de "Blanche neige" avant la lettre, on rase l'immeuble adjacent pour agrandir la Brasserie Cyrano, puis on recontruit l'immeuble! On le perce pour lui adjoindre un "Bal", on le creuse, on le rabotte, on le chouchoute, on l'aime !


Le très fameux éléphant de stuc

En 1900, le cirque est également en grande faveur. On vient frémir devant les équilibristes du cirque Médrano. Celui-ci se nomme d'abord le cirque Fernando, provisoirement en toile, puis en 1873, il est construit en pierre, pouvant contenir 2200 spectateurs.

Mais le grand gagnant de la période est incontestablement la terreur de Marthe Richard, le "bordel", le "claque", le boxon. En 1900, la maison est "close", mais bien organisée.


Toulouse Lautrec, le témoin


Poufs en vrac


plan de la butte au 18e siècle


Le sacré Coeur en construction


Sur le pont Caulaincourt


Le chat Noir et le cabaret des Truands


La place Clichy en 1900

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