NOUVELLES DU 18EME

Publié le par LEPIC ABBESSES

Le cash de la place Albert Kahn nourrit le continent africain

  par Philippe Bordier

Trois sociétés de transferts d’argent sont désormais implantés, dans un petit périmètre, place Albert Kahn, dans le 18e arrondissement de Paris. A deux pas de la porte de Clignancourt, le choix de cet emplacement ne doit rien au hasard : ces services, coûteux, sont avant tout utilisés par les travailleurs immigrés pour envoyer de l’argent à leurs familles restées au pays. C’est aussi une manne financière considérable pour les états concernés.

Western Union a ouvert le bal. La société de transferts d’argent a planté son agence en 2008, à l’angle de la rue Hermel et du boulevard Ornano, dans le 18e arrondissement de Paris. Moneygram, établissement au profil identique, lui a emboîté le pas quelques semaines plus tard, place Albert Khan. Aujourd’hui, c’est au tour de Ria, une compagnie de services financiers américaine, comme les deux autres, d’ouvrir ses guichets juste en face, rue Championnet. Résultat, trois sociétés de transferts de fonds cohabitent désormais dans un rayon de deux cents mètres. Un Crédit Lyonnais va bientôt compléter le tableau. Les riverains attendaient des commerces de bouche, les banquiers ont été plus rapides.

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Le succès de ces établissements repose sur la vitesse d’exécution et la simplicité d’utilisation des transactions : une carte d’identité, un code secret, du cash et le tour est joué.

Le samedi, les familles s’entassent aux guichets. Chez Moneygram, les mômes patientent, affalés où ils peuvent. Moubidou, un jeune homme du Val-de-Marne de passage dans le 18e arrondissement, vit de petits boulots. Il envoie régulièrement entre 100 et 200 euros à sa mère, en Côte d’Ivoire. « Ces guichets sont pratiques, dit-il, en moins d’une heure, l’argent est à la maison, là-bas. Bien plus rapide qu’un chèque. D’ailleurs, là où habite ma famille, Il n’y a pas de banque. » Faute de système bancaire adéquat, les sociétés de transferts d’argent sont présentes en Afrique depuis la fin des années 90. Le succès de ces établissements repose sur la vitesse d’exécution et la simplicité d’utilisation des transactions : une carte d’identité, un code secret, du cash et le tour est joué.

Selon une étude, publiée en 2007, par la Banque africaine de développement, 1,5 milliard d’euros ont été expédiés au pays, depuis la France, par la diaspora marocaine en 2005 (suivent le Sénégal, 450 millions d’euros ; le Mali, 300 millions ; et les Comores, 72 millions d’euros). Selon la destination, entre 20 et 80 % de ces volumes sont constitués par des transactions réalisées par les filières informelles, associations ou particuliers. Voilà pourquoi les comptoirs de transferts d’argent prolifèrent : il y a de la marge et du client à séduire. « Le marché est exponentiel, » s’enthousiasme même Nadia, commerciale chez Ria, rue Championnet.

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En 2005, 1,5 milliard d’euros ont été expédiés au pays, depuis la France, par la diaspora marocaine.

Personne ne fait la fine bouche. Et surtout pas les pays récipiendaires, pour lesquels ces liquidités représentent une véritable manne : entre 9 et 25 % du produit intérieur brut, selon les cas. Et, dans tous les cas, largement davantage que l’aide publique au développement. Sur place, l’argent sert la plupart du temps à régler les dépenses d’alimentation, de santé et d’éducation. Une partie est directement injectée dans l’immobilier.

Revers de la médaille, le taux de commission est élevé : entre 5 et 20 %, selon le montant envoyé. Dur à avaler, car les migrants qui expédient des euros occupent en majorité des emplois peu qualifiés. « J’espère au moins que la concurrence va jouer, poursuit Moubidou, en désignant les nouveaux guichets. C’est difficile pour nous, car il faut assurer la vie quotidienne en France. » Qu’il se rassure. Nadia, la commerciale de Ria, n’en doute pas. Au milieu des cartons d’ordinateurs qui jonchent la succursale, elle prévoit d’autres ouvertures dans les mois à venir dans le quartier : « A deux pas du périphérique, de la porte de Clignancourt et des puces, l’emplacement est idéal. »

PS : Wikipédia m’indique à l’instant qu’Albert Kahn était un... banquier, installé à Boulogne-Billancourt, dont l’établissement ne résista pas à la crise économique de 1929 et fit faillite trois ans plus tard. Étonnant, non ?


Albert Kahn, né Abraham Kahn à Marmoutier en Alsace le 3 mars 1860 et décédé à Boulogne-Billancourt le 14 novembre 1940, était un banquier et mécène français. Grâce à son mécénat, il a constitué l'un des plus importants fonds photographique couleur du début du XXe siècle intitulé Les Archives de la Planète et conservé au Musée départemental Albert-Kahn.


La montée à Paris

Fils d'un marchand de bestiaux alsacien, et ayant quatre frères et sœurs, Abraham Kahn étudie d'abord au collège de Saverne, avant que sa famille ne se rende à Paris après l'annexion de l'Alsace-Lorraine suite au traité de Francfort de 1871. La famille s'installe dans le quartier du Marais. À 19 ans, il prend le nom francisé d'Albert[1].

À Paris, il travaille dans une banque fondée en 1878 par les frères Edmond et Charles Goudchaux[1]. Dix ans plus tard, il devient fondé de pouvoir chez Goudchaux & Cie, et finit par faire fortune en spéculant sur les actions des compagnies d'or et de diamant du Transvaal [1]. Albert Kahn orientera alors ses placements financiers en extrême-orient et plus particulièrement au Japon où il contracte de nombreux prêts qui lui assureront sa fortune dans les années 1890[2]. C'est à cette période qu'il nouera des contacts étroits avec Hichiro Motono, l'ambassadeur du Japon à Paris, et au plus au niveau avec la famille impériale qu'il recevra plus tard dans ses propriétés[2].

Jardins d'Albert Kahn, vue du jardin japonais.

Il s'installe en solitaire dans une propriété près du quai du Quatre-Septembre à Boulogne. Sur quatre hectares, il fait aménager plusieurs « scènes paysagères » : jardin japonais, jardin français, verger-roseraie, jardin anglais, forêt bleue, forêt dorée, marais, forêt vosgienne, l'ensemble symbolisant un monde réconcilié. De nombreux et prestigieux invités les parcourent pendant des décennies, au premier rang desquels son ami le philosophe Henri Bergson, qui fut son répétiteur lorsqu'il prenait des cours secondaires à l'Institut juif Springer[1]. Il ouvre aussi largement sa propriété du Cap Martin sur la Côte d'Azur.

Les bourses de voyage

En 1898, son premier mécénat constitue en bourses de voyage « Autour du Monde » : une découverte des autres pays de plus d'un an offerte à de jeunes agrégés hommes et femmes, pour leur permettre d'enrichir leurs compétences et leur futur enseignement par la connaissance directe du monde. Il étend cette libéralité à de jeunes diplômés du Japon, d'Allemagne, d'Angleterre, de Russie. De fréquentes réunions des bénéficiaires ont lieu chez lui. D'autres mécénats suivront tant qu'Albert Kahn en aura les moyens financiers.

Les Archives de la Planète

Le 13 novembre 1908, Albert Kahn part de longs mois pour le Japon et la Chine via les États-Unis, et fait prendre par son mécanicien-chauffeur, Alfred Dutertre, devenu un collaborateur formé à la photographie, de nombreux clichés stéréoscopiques et images cinématographiques qui témoignent de son « voyage autour du monde »[2]. À son retour en Europe, il décide de repartir, cette fois-ci avec avec le photographe professionnel Auguste Léon, pour un second voyage de deux mois en Amérique du Sud en 1909 où il visite l'Uruguay, l'Argentine, et le Brésil. L'ensemble des documents rapportés constitueront les prémisses des « Archives de la Planète » fondées à Paris : une collection de photographies en couleur (procédé des plaques autochromes, inventé par les frères Lumière) et de films. Des opérateurs professionnels sont alors recrutés et envoyés de part le monde et en France afin de photographier (la couleur) et de filmer (le mouvement) comme témoignages « des aspects, des pratiques et des modes de l'activité humaine dont la disparition fatale n'est plus qu'une question de temps ». Parmi eux, le photographe Stéphane Passet effectuera, entre 1912 et 1914, plusieurs voyages en Chine, en Mongolie, puis en Inde et dans l'actuel Pakistan, rapportant plusieurs milliers d'autochromes et des films sur la population et les coutumes de ces pays[2]. À la même période, il envoie ses opérateurs, dont Auguste Léon qu'il accompagnera en Scandinavie, dans plus de vingt pays européens à la veille du premier conflit mondial. En 1912, il confie la direction scientifique des Archives de la planète au géographe Jean Brunhes, auquel il permet aussi d'assurer un enseignement au Collège de France à la chaire de Géographie humaine créée pour cet objectif. Jean Brunhes accompagnera également Auguste Léon dans un voyage en Italie, dans les Balkans, et en Grèce afin de constituer une encyclopédie visuelle du monde[2].

Entre 1909 et 1931, ce sont quelque 72 000 autochromes (premier fonds mondial des débuts de la photographie en couleur), 4 000 photos en noir et blanc, et une centaine d'heures de film qui seront rapportés d'une cinquantaine de pays[2]. Ces images sont le versant iconographique d'un vaste projet de documentation qui prendra d'autres formes (publications, centres de documentation...) et dont le but ultime est une meilleure connaissance des autres nations pour une meilleure entente, afin de prévenir des conflits meurtriers. Les images sont d'ailleurs projetées à cette fin aux invités, souvent prestigieux, d'Albert Kahn venant du monde entier et dans des structures d'enseignement supérieur.

Des mécénats avec l'Université de Paris

Il met en place, en 1916, le Comité national d'études sociales et politiques (CNESP), domicilié rue d'Ulm, à l'École normale supérieure (ENS)[1]. En 1918, Albert Kahn publie Des droits et des devoirs des gouvernements, puis créé le Centre de documentation sociale, en 1920, qui est aussi situé dans les locaux de l'ENS, et qui vise à former les jeunes chercheurs en sciences économiques et sociales[1]. Il lance aussi une Imprimerie d’études sociales et politiques, qui va innover en publiant des revues de presse[1]. Il créé aussi le Laboratoire de biologie et de cinématographie scientifique, en liaison avec l'Université de Paris, qui est dirigé, à partir de 1926, par Jean Comandon[1]. Pour chapeauter ces diverses structures, il signe en 1929, avec l'Université de Paris, une convention qui créé une Centrale de coordination[1].

La crise des années 1930

La crise économique des années trente met fin aux activités bancaires et mécénales d'Albert Kahn, qui est visé par plusieurs saisies de bien entre 1932 et 1934[1] qui mèneront à sa faillite. Le Centre de documentation sociale (CDS) passe ainsi sous le contrôle de la Fondation Laura Spelman Rockefeller [1]. Les bulletins de l'Imprimerie cessent d'être publiés. En 1941, le CDS cesse aussi ses travaux. Ses collections sont transférées à la Bibliothèque-Musée de la guerre à Vincennes, qui deviendra la BDIC (Bibliothèque de documentation internationale contemporaine), située dans l'Université de Nanterre[1]. D'autres parties de ce fonds ont été dispersées (BNF, Archives nationales, etc.), voire confisquées (d'abord par les nazis, puis par l'URSS)[1].

Ses jardins et ses collections d'images ont été rachetées par le département de la Seine (qui laisse au mécène ruiné la jouissance de sa maison) en 1936 et 1939[1]. Les jardins sont ouverts au public en 1937 et les plaques autochromes originales sont projetées jusque dans les années cinquante.

Albert Kahn décède dans sa propriété de Boulogne au lendemain de la défaite de 1940.

L'héritage d'Albert Kahn

En 1968, le nouveau département des Hauts-de-Seine devient propriétaire du domaine. En 1986, les jardins et collections acquièrent le statut de musée départemental des Hauts-de-Seine. Sous la responsabilité du Conseil général, des expositions temporaires et permanentes sont organisées dans la galerie bordant les jardins et dans d'autres lieux, en France et à l'étranger.



Place Albert Kahn

adresse : Place Albert Kahn Paris 18e (75018)

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carte Place Albert Kahn



Chez Anne conjugue nourritures terrestres et spirituelles

  par Philippe Bordier

Restaurant multidisciplinaire ouvert dans une ancienne menuiserie, Chez Anne, dans le 18e arrondissement de Paris, propose, au-delà d’une cuisine simple, toute une gamme d’activités ludiques et culturelles. Un concept à l’image de la maîtresse des lieux, laquelle contribue ainsi à perpétuer le foisonnement artistique de son quartier.

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Chez Anne, la carte s’est étoffée au fil des demandes de la clientèle et des inspirations de sa patronne.

Une ancienne menuiserie. Drôle d’endroit pour un resto ! « Une opportunité, explique Anne, gérante du restaurant éponyme. L’atelier de bois avait fait faillite. Le bail était abordable. » Judicieux, question affaires, et bien placé d’un point de vue géographique : « Je rêvais d’un angle de rue, au cœur du quartier où je vis depuis des années. J’ai eu de la chance. » L’intérieur de la grande boutique, à l’angle des rues du Ruisseau et Calmels, a bien évidemment été totalement adapté à la restauration. Mais l’extérieur est resté tel quel. Aussi, la vielle enseigne, « Au bois blanc, menuiserie traditionnelle », trône-t-elle toujours au-dessus de la vitrine et de la porte d’entrée. « D’une contrainte, nous avons fait une particularité. »

Chez Anne, c’est un restaurant différent, à l’image de sa patronne. L’aventure a commencé l’année dernière, en juin 2008. Un salon de thé, quelques salades au départ. Puis, la carte s’est étoffée au fil des demandes de la clientèle et des inspirations de la maîtresse des lieux. Aujourd’hui, les plats du jour passent en revue les valeurs culinaires familiales d’Anne : bœuf carottes ou bourguignon, fondant au chocolat, « une recette de ma grand-mère, » dit-elle, sont mitonnés par un jeune cuisinier, associé de l’affaire avec Anne elle-même et son fiancé.

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« J’aime mélanger les cultures, dit Anne. J’ai toujours travaillé avec des artistes. »

Côté cuisine « légère et équilibrée », comme dit Anne, la carte et les formules proposent salades ou carpaccios, charcuterie et fromages. Les végétariens sont les bienvenus : quiches et pâtes sont préparées à leur intention. « L’année prochaine, je lance une véritable carte bio, » précise Anne. Chez elle, pas de frites ni de grillades. D’ailleurs, la jeune femme devrait prochainement mettre en place des ateliers nutrition, à destination des enfants, « en particulier ceux qui ont des problèmes de poids ».

Mère de trois enfants, Anne a beaucoup voyagé. Elle se voyait diplomate. D’autres choix ont guidé ses pas. Étudiante en histoire, au cœur des années 80, elle tient un petit restaurant avec son copain, dans le 14e arrondissement de Paris. « C’était un concept original, raconte-t-elle. Des peintres peignaient pendant que les clients dînaient. » Bizarre, l’affaire plait au comédien et chanteur Jacques Dutronc, lequel s’attable midi et soir dans un coin du petit établissement. « Chez Anne recrée cette ambiance particulière où des gens différents se croisent et se parlent. »

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Anne a déniché ces vieux fauteuils de cinéma dans une brocante.

« J’aime mélanger les disciplines, les cultures, poursuit la jeune femme. J’ai toujours travaillé avec des artistes. Après ma première expérience restaurant, j’ai bossé pour une galerie d’art parisienne avec les artistes de l’Hôpital Éphémère (aujourd’hui Hôpital Bretonneau - ndlr). C’était une période créative. J’ai souhaité retrouver cette énergie dans mon restaurant. » Anne a donc développé tout un tas d’activités annexes à la cuisine. Cours de yoga, de guitare, d’anglais, de salsa ou de gospel, à destination des adultes comme des enfants, sont dispensés toute la semaine, à l’intérieur même du restaurant. « Chez moi, le corps et l’esprit sont rassasiés. »

Si les concerts du soir sont actuellement mis en sourdine, faute d’isolation phonique adéquate et de voisins récalcitrants (les apéros concerts sont, en revanche, toujours d’actualité), "Chez Anne" accueille, en alternance, des expositions de peinture et de photographies, œuvres d’artistes du quartier. Et les projets ne manquent pas. Le vendredi soir devrait bientôt être destiné au théâtre. « Une première expérience, en novembre 2008, s’est soldée par un véritable succès, » raconte la patronne. Le dimanche, un « slunch » prolongera bientôt le brunch dominical jusqu’en fin de journée. « Encore une demande de ma clientèle, » sourit Anne, plus que jamais à l’écoute de son quartier.

Chez Anne - 41 rue du Ruisseau - 75018 Paris.
Renseignements et réservations : 01 42 23 42 03.

 

 

 

 

 

 

 

 

Publicité pour mon ami Christophe et pour le cuisinier Alain dit Chouchou



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