BALLADE A MONTMARTRE

Publié le par LEPIC ABBESSES

Louise Michel, gravure de NéraudanLe 18ème de Louise Michel

 

Celle que l’on appelait la Vierge Rouge hante toujours la butte Montmartre et la Goutte D’Or .Ballade dans les pas de la Pasionaria de la Commune

 

 

 

Lorsque Louise Michel arrive à Paris en 1856,  elle a 26 ans. Institutrice ,  elle s’est déjà fait remarquer par ses idées révolutionnaires .Elle devient rapidement une figure de l’opposition au régime , se partageant entre l’enseignement et son combat social et politique .

 

En partant du métro Barbès , prenez la rue de la Goutte d’Or jusqu’à l’église Saint-Bernard-de-la-Chapelle , qui poursuit avec les sans-papiers un engagement commencé au XIX ème siècle , alors qu’institutrice , en blanquiste (* ) convaincue , y anime déjà le Club de la Révolution .Tout près , derrière le square Léon , la rue Polonceau recueille au n°36 Louise Michel , à son retour de Nouvelle-Calédonie , et sa mère  .Condamnée à la déportation  à vie après les évènements de de la Commune en 1871 , elle vit près de dix ans en Nouvelle-Calédonie , faisant sien le combat des Canaques et enseigne aux tribus indigènes . Lorsqu’elle revient en France  après l’amnistie accordée aux Communards, Louise a optée pour l’anarchisme. C’est elle qui, la première, adopte le drapeau noir, symbole du mouvement dont elle demeure encore aujourd’hui l’une des icônes.

 

 

Sur les barricades

 

Par la rue des Poissonniers, rejoignez la rue Myrha , qui débouche sur la rue de Clignancourt .Déjà on aperçoit le dôme du Sacré-Cœur : sur cette butte ont eu lieu les affrontements sanglants de la Commune , qui font entrer dans la légende l’institutrice révolutionnaire .Au n°41 de la rue de Clignancourt se tienne alors les réunions du Comité de vigilance du 18ème , auquel elle appartient .Dans ce bel immeuble haussmanien a aussi vécu Théophilee Ferré , son grand ami et mentor politique . Ce même comité est au cœur de la résistance de Montmartre lors du siège de la capitale par les Prussiens, puis de l’insurrection de la Commune.

 

Louise Michel est alors sur tous les fronts : pour ses élèves affamés, elle crée une cantine avec l’aide de Georges Clémenceau, pour combattre le régime, elle garde au 61ème bataillon de Montmartre, ambulancière et se bat sur les barricades .Elle participe en première ligne aux tentatives de pustch à l’Hôtel de Ville en 1870 et 1871 et se portera volontaire pour assassiner elle-même le chef du gouvernement, Adolphe Thiers, réfugié à Versailles, ce qui lui sera refusé.

 

Remontez maintenant la rue de Clignancourt qui rejoint à flan de coteau la rue Custine .Entre le n°42 et le n°54 se tenait le parc du Château Rouge, où le général Lecomte sera emprisonné avant d’être exécuté par les Communards .Plus loin, dans la rue Custine, la rue Becquerel amorce sa montée vers le sommet de la butte. L’ascension est raide  mais vaut l’effort : au croisement des rues Becquerel et, Saint-Vincent et du Mont-Cenis se dresse une petite bâtisse frappée aux armes de Paris. L’une des premières écoles de Louise Michel, qu’elle a dirigée à ses débuts dans la capitale dans les années 1860 .Continuez de gravir la butte par la pittoresque rue Saint-Vincent. La basilique se dessine au bout de la rue de la Bonne puis de celle du Chevalier-de-la-Barre, anciennement rue des Rosiers : les insurgés y fusilleront les généraux Lecomte et Thomas lors de l’affaire des canons en mars 1871.

Claude Martin Lecomte, général de brigade, (1817-1871) Jacques Léonard Clément-Thomas, général de brigade (1809-1871)

Dans le cadre de l’Empire libéral, à partir de 1860, le mouvement ouvrier français décapité après les journées de juin 1848, se reconstitue. La guerre Franco-Prussienne de 1870-71 ressuscite les tendances révolutionnaires. Après avoir battu et fait prisonnier l’Empereur Napoléon III à Sedan, les prussiens ont assiégé la capitale et défait les armées de l’intérieur réunies par Léon Gambetta. Le gouvernement de la défense nationale se voit contraint de signer un armistice le 28 janvier1871. De même, il se doit de préparer des élections générales. Adolphe Thiers alors âgé de 73 ans devient le chef du pouvoir exécutif de la république française. Il obtient de l’assemblée nationale repliée à Bordeaux, qu’elle ratifie les préliminaires de paix, dès le 2 mars. La réaction des parisiens est immédiate, malgré le soulagement apporté par la fin du siège et des privations. Pour exemple, le maire de Montmartre, un certain Georges Clemenceau, âgé de 31 ans, souffle sur les braises et les ressentiments de la population en affichant une proclamation où l’on peut lire « On vous a livrés sans merci. Toute résistance a été rendue impossible ». La signature des préliminaires de paix, et surtout, le défilé des troupes prussiennes sur les champs Elysées et autour de l’Arc de Triomphe exaspèrent le peuple de Paris. Une fédération des bataillons de la Garde Nationale se constitue, dont le mot d’ordre est « République ». Suprême insulte pour le peuple, l’assemblée nationale décide de ne pas rentrer à Paris par peur de sa population à majorité républicaine, voire socialiste. Le gouvernement s’installe à Versailles, le 10 mars 1871. Dés le 11, des mesures discriminatoires sont prises : on supprime l’indemnité journalière de la Garde Nationale (30 sous par jour), et on lève le moratoire sur les loyers et le remboursement des effets. A Paris, la Garde Nationale comprend prés de 180 000 hommes, issu de la petite bourgeoisie et du monde ouvrier, tous volontaires pour défendre Paris contre les prussiens. Ils se sont donc habitués à vivre sous les armes. Dans la nuit du 17 au 18 mars 1871, Thiers décide de désarmer Paris, c’est-à-dire de récupérer les canons de la Garde Nationale (227 pièces) regroupés à Montmartre et Belleville. Ces pièces d’artillerie, qui ont été financées par une souscription des parisiens, ont été mises hors de portée de l’ennemi lors de son entrée dans la capitale. Le samedi 18 mars, coupant court aux négociations avec les Montmartrois, Thiers charge le général Lecomte, à la tête d’une colonne de 4000 soldats, de récupérer les canons. Thiers n’a cure, en réalité, de reprendre ces armements, ce qu’il souhaite, c’est un soulèvement populaire lui permettant d’instaurer une république conservatrice hors des mouvements monarchiques ou autres. La mission du général Lecomte est de surprendre les sentinelles qui gardent le parc, de s’emparer des pièces et passer par les armes immédiatement tous ceux qui résisteraient. Le jour se lève, une brève fusillade fait quelques blessés et alerte le quartier. A sept heures les rues sont pleines, la Garde Nationale bat le rappel, ouvriers et soldats fraternisent. Lecomte, sans cheval, sans attelage et sans chariot les attend. Les insurgés reçoivent très vite des renforts. Le général Lecomte sent la position difficile et en train de lui échapper. Il n’hésite pas, il commande le feu. La population se jette sur les fusils. Les militaires lèvent aussitôt la crosse et fraternisent avec la Garde Nationale. En un instant, Montmartre est reprise et le général Lecomte fait prisonnier avec ses officiers. Thiers a gagné, il a sa révolution, il réalise tout simplement le plan qu’il avait proposé à Louis-Philippe en 1848. Un nouveau siège va commencer.
 

 

Dans l’après-midi, la foule reconnaît place Pigalle, un ancien fusilleur de 1848, le général Clément-Thomas, il est immédiatement arrêté et emmené au poste de la rue des Rosiers où Lecomte attend son sort. Moins d’une heure après, les insurgés les jugent sommairement et les condamnent à mort pour avoir tiré sur le peuple. On les sort dans le jardin où ils sont fusillés. C’est le début de l’insurrection que l’on appellera la Commune et qui finira dans le sang le 28 mai 1871. Les généraux Lecomte et Clément-Thomas reposent dans un imposant monument élevé par souscription nationale, sur une concession gratuite par arrêté préfectoral en date du 25 novembre 1871.

 

 

 

 

Naissance de la Commune

 

A l’emplacement de l’actuelle basilique ont été parqués ces fameux canons que le gouvernement essaie de récupérer par la force le 18 mars 1871 .A l’arrivée des troupes gouvernementales , Louise Michel et le Comité de vigilance du 18ème font sonner le tocsin et organisent le soulèvement . La Commune est née. Avec une conviction « La tache des instituteurs, ces obscurs soldats de la civilisation, est de donner au peuple les moyens intellectuels de se révolter » 

 

* du nom du socialiste révolutionnaire Auguste Blanqui

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