CHANSONS DE MONTMARTRE

Publié le par LEPIC ABBESSES



Mont' là-dessus (...et tu verras Montmartre)



Chanson créée par Lucien Boyer et le chœur de la République de Montmartre en 1922.

Paroles de Lucien Boyer - Musique de Charles Borel-Clerc

Enregistrée pour la première fois le 6 juillet 1923. - Chez Pathé, numéro 0383P et 4087.

Éditeur : Les Nouvelles Éditions Méridian - Paris

Lucien Boyer




L'histoire de ce commis-voyageur (spécialité : vernis), natif de Léognan, Gironde (1876), devenu garçon de bureau puis journaliste et enfin chansonnier mériterait à elle seule deux sites.

Suffit d'en rappeler quelques hauts faits :

Ayant abandonné sa province et sa famille, il monte à Paris où, en 1896, il commence à être un régulier du cabaret des Quat'-z-Arts (voir à :  Fragson et à Rodolphe Salis). Un soir, le patron, Trombert lui demande de chanter quelque chose, bref : n'importe quoi car ce soir-là, certains interprètes ne se sont pas pointés. Sans hésiter, rapporte Michel Herbert (La chanson à Montmartre, La table ronde, 1967), il monte sur scène et entame une chanson de sa composition intitulée Le jeune homme qui a un nid de serpents dans le ventre pour avoir trop bu de l'eau d'une marre (sic) :

Mais le pauvr' jeune homme

Disait quelquefois :

«C'est très drôle comme

J'ai la gueul' de boa !»

La voix était agréable et puissante mais ce n'était pas avec des chansons comme celle-là qu'on allait faire fortune. Un petit succès vint vers 1900 avec Pigeon vole (musique d'Archainbaud, avec lequel il allait composer, treize ans plus tard, En avant les pt'its gars - pour Fragson) mais rien de spectaculaire. Puis vint sa rencontre avec Gaston Calmette, le directeur du Figaro. - Il propose à celui-ci de faire le tour du monde, sans un sou, à condition d'être soutenu par quelques articles de presse. Calmette accepte et voilà Lucien Boyer qui s'embarque dans une tournée (on est en 1902) qui durera presque trois ans.

Comme compagnon de voyage, il prend Numa Blès, né Charles Bessat (1871-1917), qui mourut fou d'avoir trop bu d'absinthe, et les deux partent vers la Belgique, la Hollande, l'Angleterre, le Canada (où ils seront arrêtés pour avoir chanté un dimanche et mis en prison pour avoir dit le mot de Cambronne devant le juge).

À leur sortie, des centaines d'étudiants les attendent et les revoilà repartis pour la gloire. Ils se rendent aux États-Unis, puis aux îles Hawaï, à Saïgon, Calcutta, Téhéran, Le Caire, Athènes, Rome....

Sur leur chemin du retour, ils composent cette fameuse Lettre à Nini qui deviendra un des grands succès d'Esther Lekain

Lucien Boyer, que sa tournée mondiale semble avoir assagi, revient aux Quat'-z-Arts, puis se lance dans la composition. Il écrit d'abord pour Mistinguett et les commandes arrivent : de Mayol, de Fragson, de Chevalier.

Marjal, Polaire, Dalbret le chantent.

Parallèlement à tout cela, il demeure une des personnalités les plus en vue de la butte, ayant été un des fondateurs de la République de Montmartre et pour laquelle il écrivit (musique de Borel-Clerc) l'hymne officiel :

Mont' là-dessus !
Mont' là-dessus !

Mont' là-dessus
Et tu verras Montmartre....

Joyeux luron, joueur, paillard, ivrogne, il mourut en 1942 non sans avoir dilapidé plusieurs fortunes acquises grâce à d'innombrables chansons et revues qu'il écrivit, un peu comme s'il avait griffonné des notes sur des nappes en papier, tout au long de sa vie .

 

Son fils, Jean Boyer est connu  pour diverses chansons interprétées par Georges Milton (Totor 'tas tort - musique de Mercier) et Maurice Chevalier (Mimille, Ça fait d'excellent Français, Ça s'est passé un dimanche - musique de Van Parys).


 

Au crédit de Lucien Boyer :

  • Lettre à Nini, cité ci-dessus (1903) - paroles et musique - en collaboration avec Numa Blès
  • De place en place (Ballade des places de Paris ou Les places de Paris) (1905) - musique d'Adolf Stanislas - reprise par Les Frères Jacques en 1949
  • La valse chaloupée (1908) - dansée par Mistinguett et Max Dearly au Moulin-Rouge en 1908 - créée par Dalbret en 1908, reprise par Georgette Plana en 1976 - en collaboration avec Léo Lelièvre (pour les paroles) sur une musique de Jacques Offenbach - une deuxième version, paroles de Lucien Boyer, seul, parut la même année.
  • Tout en rose ! (1909) - en collaboration avec William Burtley pour les paroles - musique de Vincent Scotto - créée par Esther Lekain
  • Cousine (1911), le grand succès de Mayol - Musique d'Albert Valsien
  • Les goélands (1911), la chanson fétiche de Damia (1929)

  • Valse nuptiale (1912) - sur une musique de Raoul Soler - une création de Fragson
  • Ah ! c'qu'on saimait (1913) - musique de Paul Marinier - une autre création de Fragson
  • Bou-dou-ba-da-bouh  (1913) - musique d'Albert Valsien - pour Mayol, qui en donna le nom à une de ses maisons d'invités, en son clos
  • Dans mon pays (1913) - une adaptation de «I Want to Be in Dixie» d'Irving Berlin et Ted Snyder - pour Fragson et Mayol
  • En avant les p'tits gars ! (1913) - musique de Joseph-Louis Archainbaud - la chanson patriotique de Fragson
  • Sympathique (1913) - Musique de Paul Lincke (1909) - pour Fragson, encore
  • Histoires de poupée (1917) - adaptation en français de A Broken Doll de James W. Tate - créée par Dalbret en 1918
  • Allô ! Chéri ! (1917) - adaptation en français de Hello ! My Deary ! de Dave Stamper - créée par Polaire et Marjal
  • La roulante (1917)
  • V'là les gothas (1918) - sur les motifs de Are you from Dixie ? - pour Dranem
  • Elle s'appelle Caroline (musique de Melville Gideon) et J'aime les fleurs (musique d'Hermann Darewski) (1918) pour la revue Pa-ri-ki-ri, au Casino de Paris : Mistinguett et Chevalier
  • La Madelon de la Victoire (1918) - qui lui valut la Légion d'honneur ! (voir à Polin), musique de Charles Borel-Clerc - créée par Chevalier au Casino de Paris

Et comme si tout cela ne suffisait pas, il composa, entre autres, les paroles de très grands succès de Mistinguett: Ça, c'est Paris, Valencia, etc.

Enregistrements

Il en fait quelques uns dont le «Tu verras Montmartre» cité ci-dessus au verso duquel on retrouvera «Si D'Annunzio avait voulu».

Dams son Anthologie de la Chanson Française, EPM a glissé son «Vive l'Express de Normandie» (Lutetia F3162, enregistré en 1911).

Nous avons retracé, dans nos bases de données, un «Si D'Annunzio avait voulu» enregistré en 1922 chez Pathé (0383P) mais pas le disque.

Et Monsieur Florian Royer, collectionneur, de Quintes-Hautes (Foissiat), nous informe avoir en sa possession un 78t de marque Aspir (no. 6451-6453) sur lequel on retrouve «Les leçons de piano» et «Le coup de Phryné» par :  Lucien Boyer de la Lune Rousse (sic), avec accompagnement d'orchestre. En voici une copie des étiquettes :

                   

Bref : le Monsieur, même s'il avait une voix plus que passable, ne semble pas avoir voulu faire carrière en tant que chanteur ni en quoi que ce soit, d'ailleurs, mais sans lui, la chanson française ne serait pas ce qu'elle a été, ni ce qu'elle est devenue.



Aux paroles maintenant !

Il y a dans la plaine,
Boulevard des Italiens
Un tas d'énergumènes
Qui s'croient très parisiens
Partout mêm' chez l'ministre
Ils arrivent bons premiers
S'il s'produit un sinistre
Ils appellent les pompiers
Aussi quand je rencontre
Un de ces m'as-tu-vu
J'lui dis faut que j'te montre
C'que tu n'as pas encor' vu

Refrain :

Mont' là-d'sus
Mont' là-d'sus
Mont' là-d'sus
Et tu verras Montmartre
Et sois-bien convaincu
Qu'tu verras sur'ment quèque chos' de plus
    [Mont' là-d'sus !]
De là haut
S'il fait beau
Tu verras
Paris jusqu'à Chartres
Si tu n'las pas vu
T'a qu'à monter là-dessus
Tu verras Montma-a-artre !

Vous rentrez de voyage
Madame n'est pas là
Vous vous mettez en rage
On sonne là voilà
Elle murmur' d'un air triste
Chéri j'arrive en r'tard
J'suis restée chez l'dentise
Au moins trois heur's et quart
Y faut pas battre un' femme
Même avec une fleur
Au lieu de faire un drame
Fredonnez d'un air moqueur

[Au refrain]

Allô Mademoiselle
Répète l'abonné
D'puis une heure j'appelle
J'en suis congestionné
Avec la surveillante
Pour un' réclamation
Je veux séance tenante
La communication
Arriv' la surveillante
Qui dit : "Bien, c'est noté !"
Et tout l'personnel chante
Dans l'bureau des P.T.T.

[Au refrain]

À chaque conférence
Nos anciens alliés
Veul'nt isoler la France
Pour la voir à leurs pieds
Leur plan machiavélique
Était de nous fâcher
Même avec la Belgique
Ell' ne veut pas marcher
Et quand Monsieur Lloyd Georges (*)
Chante "De profundis"
Riant à plein gorge
V'là c'quépond l'Mann'ken Piss

[Au refrain]

Quand votre légitime
Désire un diamant
Au moment l'plus intime
Ell' vous flatte et comment
Ell' gémit : "C'est terrible
C'que tu m'donnes du bonheur
Arthur ! C'est pas possible
Vous devez être plusieurs !"
Ayez de l'indulgence
Offrez-lui le bijou
Mais si ell' recommence
Dit's-lui : "Ta bouche mon Loulou !"

[Au refrain]

Dernier couplet dit Couplet de la République de Montmartre

Notre jeun' République
À Montmartre là-haut
Vient de faire une clinique
Pour les petits Poulbots
C'est un enfant prodige
Qui dirige l'orphéon
Il s'appelle Joë Bridge
Guel' d'Empeign' Gédéon
Forain, Neumont, Willette
Ont l'bibi tracassin
Lorsque le cœur en fête
Nous leur chantons ce refrain

[Au refrain]



 

 

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