MONTMARTRE A LA UNE

Publié le par LEPIC ABBESSES

 

Guy-Charles Gaudefroy,

un extra-terrestre de Montmartre

 

 

Cet autodidacte, aujourd'hui à la tête d'une des plus grosses entreprises de routage en France, a commencé le 15 septembre 1961, dans une cave de l'Imprimerie Bernard, rue des Cloys. Débrouillard, il avait à l'époque 1 000 francs sur son livret, son certificat d'études et son brevet. Ses deux premiers routages furent pour Arche et Hara-Kiri. Copain du Professeur Choron, il vient d'assurer la communication pour la campagne prési­dentielle. Ses amitiés sont en harmonie avec son goût de la liberté. Le routage consiste à diffuser de la communication technique ou publicitaire dans le monde entier, de la simple lettre au conteneur. Cela nécessite de grands espaces situés à Saint-Ouen, soit une usine de 15 000 m2 , comprenant ateliers, bureaux... et équipée du meilleur matériel. Les locaux sont clairs et spacieux, décorés de super­bes affiches anciennes, et le person­nel m'a paru efficace et heureux. Un contraste par rapport au stress per­manent que je rencontre en France. Même s'il y a des pics de travail intense, on sent ici une atmosphère détendue. Une centaine d'employés travaillent jour et nuit, et la plupart sont là depuis longtemps. Il faut dire que le patron est un person­nage hors normes. Bon vivant, bos­seur, attachant et surtout libre ! Laissant à chacun le droit de gérer sa sacro-sainte liberté. Il vit et travaille avec l'homme qu'il aime. Mais dans son entreprise, travaillent aussi celle qui fut - et est toujours - son épouse et est restée son amie, ainsi que ses deux filles et son gendre. Peu de gens ont cette intelligence, cette ouverture d'esprit et de cœur. Voilà une belle leçon d'amour. J'ai rencontré un homme d'affaires, passionné par son boulot, mais aussi un grand gosse bourré de tendresse. La déco de son bureau est à son image : un mélange de travail et de fantaisie. Des crayons grenouilles dans un pot, une petite auto rouge dans un coin, de gigantesques tulipes lumineuses, des vitraux colorés...

 

 

Quand il parle de son personnel, c'est avec affection. On sent qu'il est là et qu'il leur fait confiance. C'est un homme sur qui on peut compter, mais qui ne supporte pas d'être trahi. Il sait faire le tri entre ceux qui l'aiment pour lui-même et les autres. Tout ce qu'il touche prospère ! Ainsi, dans un but social, il a créé un restaurant pour les employés de son entreprise. Et ce qui ne devait être qu'une cantine pour améliorer le quotidien de ses employés est devenu un resta fréquenté par tous les employés des usines environnantes : du coup, il lui rapporte beaucoup d'argent. « Je suis heureux dans mon travail, confie-t-il. J'ai trois passions : le travail, la très haute gastronomie et les voyages. J'ai 74 ans et je bosse toujours. Mais j'ai une vie réglée. En semaine, je bois du Coca ! Par contre, le ven­dredi soir, on s'ouvre une bonne bouteille. J'aime être chez moi, dans ma maison à Montmartre, pas loin de celle de Dalida avec qui j'étais très ami. J'adore regarder des documentaires sur les voya­ges et des reportages à la télé. Je vais peu chez les gens parce que je n'aime pas qu'on m'interdise de fumer ou quoi que ce soit d'autre. Ici, le per­sonnel travaille bien parce qu'il est libre. Chacun fait ce qu'il veut. Par contre, si on touche à ma vie privée, je deviens méchant. J'emmerde personne et je ne veux pas qu'on m'emmerde. J'aime les couleurs. J'ai un très beau souvenir de mon enfance, qui fut stricte mais heureuse. J'ai encore mon père, il va avoir 100 ans cette année. Dans sa jeunesse, il a participé à l'arrestation de la Bande à Bonnot. Maman était couturière à la Samaritaine. Quand j'ai eu mon entreprise, maman a travaillé avec moi. Je l'ai emme­née partout en voyage. Mon seul regret est d'être fils unique. J'ai toujours eu plein de copains, mais j'aurais aimé avoir des frères et des sœurs. »

 

 

Quand on lui parle de voyages, son regard pétille... Il est incollable sur histoire de France et la géographie. « À ce jour, j'ai visité 175 pays ! À cause de ça, j'ai délaissé un peu ma vie de famille. Là, je m'en vais au Pays basque. J'aime surtout la Mongolie, Egypte... J'en viens et j'ai obtenu l'au­torisation de voir la momie de Toutankhamon ! Mais les plus beaux voyages que j'ai faits, c'est à l'île de Pâques et à Haïti. Je suis allé au pôle Nord et chez les Jivaros. J'ai assisté aux vrais rites vaudou, mais je n'ai jamais voulu entrer dans la forêt sacrée. »

Il aime aussi la Belgique, Damme où traîne encore la romance de Brel et Barbara, Bruges, « plus belle que Venise en hiver », dit-il, et Blankenberghe, une des plages les plus populaires de la mer du Nord, avec ses fleurs en papier crépon, ses "babeluttes" torsadées et ses croquettes de crevettes ! « Je suis né sous une bonne étoile. J'ai toujours eu de la chance. Je vais de temps en temps à Monaco, car j'adore les machines à sous ! » Fidèle en amitié, Guy-Charles recon­naît être assez facile à vivre. « Mais dans le travail, je ne me laisse pas trop approcher. Je dis les choses. »

 

 

Contrairement à d'autres, il a eu l'intelligence, lors de l'arrivée d'Internet, de s'en servir en jouant cette carte tout de suite. Le plus étonnant chez ce Montmartrois hors du commun est qu'il a gardé des rêves de gosse. À mon sens, les plus vrais. « J'aime beaucoup la science-fiction et je rêve qu'une soucoupe se pose dans mon usine. D'ailleurs je suis un extra-terrestre, venu de la planète Kripton et j'ai 738 ans. J'espère qu'on n'est pas les seuls sur Terre... Au col de Vence, près de Monaco, il va y avoir un de ces jours un atterrissage. Mais faut y être à minuit en juin, juillet et août. »

 

 

Sans doute à cause de mes origines belges, j'adore ce genre de personnage qui, malgré son parcours d'homme d'affaires, a su donner plus d'importance aux choses essentielles de la vie : cel­les de l'âme et du cœur. Des choses qu'on a tendance de nos jours à faire passer bien après le profit. Il a raison quand il dit être un extra-terrestre, car à notre époque, être tout simplement humain, fait presque partie d'une autre planète.

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