MONTMARTRE A LA UNE

Publié le par LEPIC ABBESSES

 

Dominique Pinon, funambule des planches et de l'écran

 

 

Voilà bien un comédien/acteur atypique, bourré de talent et qui, comme les meilleurs, ose prendre des risques et s'em­barquer dans des sujets parfois difficiles. Dominique peut être à la fois plein de charme, de poésie et avoir un visage de séducteur, mais aussi devenir un tueur ou un sale type. C'est l'ac­teur de tous les possibles. Il a une gueule. De l'humour. Et en plus, il est sympa. Cerise sur le gâteau : il vit en partie à Montmartre depuis vingt-cinq ans.

C'est un autre célèbre Montmartrois, Jean-Pierre Jeunet, qui lui a donné sa chance - et pour moi, ses plus beaux rôles - dans ses films. Fidèle, il retravaille avec lui dans le film que Jeunet est en train de réaliser en ce moment. Dominique était également éton­nant dans Roman de gare, de Lelouch, avec la formidable Audrey Dana (une Montmartroise aussi... décidément !). Il y campe un personnage inquiétant et ça lui va comme un gant. Certains acteurs sont bons au cinéma et pas au théâtre, ou inversement. Dominique est bon partout. Il éclate sur les planches ! Un de mes meilleurs souvenirs de théâtre est L'Hiver sous la table, de Topor, au théâtre de l'Atelier. La pièce était géniale, et Dominique aussi. Parle-moi de tes projets

J'ai tourné dans Humains, un film fantastique et à suspense, pro­duit par « la fabrique de films », avec Lorent Deutch, Sarah Forestier et Philippe Nahon. Sortie au printemps prochain. Là, je joue dans le film de Jean-Pierre Jeunet, Mic-mac à tire-larigot, avec Dany Boon, Yolande Moreau, Jean-Pierre Marielle, André Dussolier... et je vais commencer à répéter Fin de partie de Becket, au théâtre de l'Atelier (place Charles-Dullin), avec Charles Berling, dans une mise en scène de lui.

C'est pas compliqué de jouer avec quelqu'un qui fait en même temps la mise en scène ?

Non, parce que c'est un projet qui lui tient à cœur et à moi aussi. C'est la première pièce de théâtre que j'ai vue de ma vie et qui m'a laissé un souvenir très fort. J'ai toujours pensé qu'un jour je la jouerais et voilà ! Je réalise un rêve. Ensuite, je vais travailler pour l'opéra de Nancy. Je vais interpréter un texte sur le pouvoir, entouré d'un orchestre, dans une mise en scène de Charles Tordjman. Suivra un projet de film de François Luciani, qui est dans le monde de la musique et du violon. Quels rêves as-tu encore envie de réaliser ? Tous mes rêves ne sont pas liés au boulot. Mais j'aimerais pouvoir écrire une histoire dans laquelle je jouerais éventuellement. Pour ça, il faudrait que je sois moins fainéant. Peut-être que j'ai peur aussi d'écrire... Et puis, je ne pourrais pas faire ça tout seul. Je partirais peut-être de mon vécu pour aller vers l'imaginaire. Quand tu es comédien, tu n'as qu'à te glisser dans les mots qu'on t'a écrits, dans le costume qu'on t'a préparé. Tu te mets dans la peau de autres.

L'art, pour toi, c'est quoi ?

Ce qui permet de voir la vie  autrement. Dans Fin de partie, je * me suis aperçu qu'il y avait une autre façon de voir la vie. Pour moi, c'est une manière de comprendre, de transformer, de magnifier la réalité. Je ne sais pas si je suis un artiste. Je suis acteur. Le plus fainéant des arts... Non, c'est une boutade ! C'est beaucoup de travail, bien sûr. Il y a le doute à dompter. Mais il y a aussi le plaisir. J'aime autant jouer au théâ­tre qu'au cinéma. Au théâtre quand on joue quelque chose qui nous botte, c'est la fête tous les soirs !

Comment ressens-tu Montmartre ?

De plus en plus pentu, ma bonne dame ! Pour moi, c'est un endroit particulier par rapport au reste de Paris. Il n'y a pas vraiment de choses qui me gênent dans ce que Montmartre est devenu. Je trouve que le côté Lepic a plus changé que vers la mairie. As-tu vu un changement depuis la sortie d'Amélie Poulain ? Oui, mais ça ne me dérange pas. C'est bien qu'un quartier bouge. Je passe souvent devant le tabac des Deux Moulins, mais je n'y suis rentré qu'une fois, avec Jean-Pierre, depuis le film. Tu as tout de suite deux Japonaises qui te prennent en photo ! Il y a le même phénomène maintenant avec Dany Boon. Quelle est la plus belle question qu'on t'ait posée ? C'est un journaliste suisse, après la projection d'Amélie Poulain : « Alors, Pinon, après Amélie Poulain, Amélie Cheval ? »...

Te sens-tu concerné par l'actualité ?

Oui, dans les grandes lignes. En même temps, si je fais ce métier, c'est aussi pour échapper au quotidien. J'ai une sacrée chance de vivre dans l'imaginaire et d'être payé pour ça ! Qu'aimes-tu faire en dehors de ton métier ? Du sport, de la montagne. J'aime aussi quitter Montmartre de temps en temps, mais y revenir. J'ai cette chance d'avoir une mai­son à la campagne.

Comment es-tu arrivé à Montmartre ?

Par hasard. Au début, ce n'était pas un choix. L'avantage, c'est qu'ici on a tout Paris à ses pieds. En même temps, ça ne me déplairait pas de vivre au bord de la Seine ou dans le Quartier Latin. Il y a plusieurs Montmartre : tu passes du populaire aux bobos. À Pigalle, tu vois des choses tristes.


C'est l'anniversaire du fabuleux Studio 28, que penses-tu de ce cinéma à nul autre pareil ?

C'est un endroit génial, près de chez moi, où je peux aller voir de bons films. Superbe programmation. Alain Roulleau passe tou­jours des films qu'on a envie d'aller voir. Et cette petite cour est charmante, en été comme en hiver. On peut y boire et manger. La salle est agréable, on est bien assis et la qualité de projection est impeccable. Si je pouvais, je n'irais qu'au Studio 28. C'est bien plus sympa que dans ces « usines à images ». En plus, Alain a programmé Roman de gare. Je regrette d'ailleurs de ne pas avoir été là.

 

 

Le mot de la fin...

Je promets à Michel Langlois, notre charcutier préféré, que j'irai manger avec lui à La Pomponnette !

 

 

Propos recueillis par Nadine Monfils

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