HISTOIRE DE MONTMARTRE

Publié le par LEPIC ABBESSES

Montmartre story

 

Sanctum Martyrium

L’étymologie du nom Montmartre est un peu floue, certains historiens le font dériver du Mons Mercurei et Mons Martis, le Mont de Mercure et de Mars : des vestiges de temples gallo-romains dédiés à ces divinités ont été découverts.

D’autres du Mons Martyrium, le mont des Martyrs, à cause de la légende du martyre de Saint Denis et de ses compagnons : Rustique et Eleuthère conté par l’Abbé Hilduin qui souhaitait éclipser les cultes païens.

En 475 Sainte Geneviève fit transporter le cercueil de Saint Denis dans un oratoire au col de la Chapelle ( emplacement actuel de l’Eglise Saint Denys de la Chapelle ), puis le roi Dagobert le fit transférer à l’abbaye royale de Saint Denis.

Les fouilles archéologiques montrent que de nombreux chrétiens ont été inhumés sur la butte Montmartre. Leurs ossements étaient rassemblés dans une carrière à mi-hauteur, c’est le Martyrium ou champ des morts. Une chapelle fut érigée : ce Sanctum Martyrium devint un lieu de pèlerinage fort célèbre.

Le sous-sol

La vie de Montmartre a été déterminée par la richesse de son sous-sol qui est composé de quatre séries de couches gypseuses, reposant sur une plate forme calcaire.

Les Romains extrayaient déjà le gypse. Jusqu’au 17ème siècle, son utilisation pour construire les maisons a été intensive, au point que le dicton en vogue était : « il y a plus de Montmartre dans Paris que de Paris dans Montmartre ».

Les carrières étaient d’abord à ciel ouvert, puis après interdiction du roi, l’extraction devint souterraine. Les blocs de gypse étaient débités, cuits dans des fours. Le plâtre ainsi obtenu était broyé, battu et mis en sac.

La montmartrite était réputée pour sa résistance aux intempéries. La plupart des sarcophages mérovingiens ont été fabriqués en plâtre moulé. Le métier de batteur de plâtre s’est perpétué jusqu’au 19ème siècle.  

L’exploitation intensive du sous sol de Montmartre a bouleversé la circulation des eaux souterraines, sources taries, cavités creusées, ce qui a provoqué des effondrements de terrains .

L’exploitation des carrières a cessé vers la fin du 19ème siècle, et depuis 1980, le service des Carrières mène une campagne d’injection de béton pour consolider les zones fragilisées.

Des ossements fossilisés furent découverts par Cuvier en 1798 aux abords d’une des anciennes entrées des carrières de Montmartre. Ces restes ont démontré que la Butte fut habitée par des animaux d’espèces disparues. On a retrouvé aussi dans une couche de marnes calcaires, un tronc de palmier d’un volume considérable, pétrifié en silex.

 

Abbaye disparue

 

L’Abbaye de Montmartre

Dès le 6ème siècle, en haut de la butte se trouvait un petit hameau, d’une chapelle et son cimetière. C’était la propriété des moines de Saint Martin des Champs, qui reçurent en don le Sanctum Martyrium situé plus bas.

En 1133, le roi Louis VI le Gros, voulant faire plaisir à sa femme la reine Adélaïde de Savoie, soeur du pape Calixte II racheta les terres aux moines et fit construire une église et un monastère qui sera donné aux Bénédictines de Saint Pierre des Dames. La reine Adélaïde s’y retira et y mourut en 1154. L’Abbaye de Montmartre devint une des plus riches et plus importantes du royaume.

L’Abbaye Bénédictine favorisa la plantation de vignes sur les pentes de la butte, le religieuses avaient droit de pressoir.

En 1590, l’abbesse de Montmartre était Claude de Beauvilliers, elle n’avait que 17 ans, et le roi de Navarre, futur Henri IV, qui venait assiéger Paris avec ses 12 000 hommes, logea à l’Abbaye. Il prit grand soin du monastère et de l’Abbesse qui le suivit à Senlis lorsqu’il leva le siège . Elle lui présenta même Gabrielle d’Estrées, sa cousine germaine, qui la supplanta dans le coeur du Vert-Galant ! L’Abbaye de Montmartre était traitée de « magasin des p... » par les parisiens !

C’est la soeur de Claude, Marie de Beauvilliers qui eut le courage de remettre de l’ordre dans un établissement délabré aussi bien physiquement que moralement.

En 1611, des ouvriers travaillant vers la crypte de la chapelle découvrirent une dalle surélevée, sans doute un autel portant des inscriptions : sans doute on venait de retrouver le lieu du martyre de Saint Denis ! Marie de Médicis s’y rendit avec toute la Cour, les pèlerinages furent nombreux, ce qui renfloua les caisses des Bénédictines !

 

Chapelle détruite

Marie de Beauvilliers en profita pour faire des travaux. L’Abbaye était divisée en deux, celle d’en haut et celle d’en bas, avec un dénivelé de 400 mètres très difficile à franchir. La partie du haut fut progressivement abandonnée. La partie du bas fut développée, enrichie d’un cloître, et exposant de nombreuses reliques. Elle restera le siège des Dames de Montmartre jusqu’à la Révolution.

Quarante six Abbesses dirigèrent ce monastère, on peut retenir Marguerite de Rochechouart ou Louise de la Tour d’Auvergne. La dernière fut Louise de Montmorency-Laval décapitée le 2 juillet 1794, à l’âge de 71 ans, complètement sourde et aveugle, qui ne comprenant rien aux accusations ne put répondre à Fouquier-Tinville. Il la condamna à mort pour « avoir comploté sourdement et aveuglément contre la République ».

Les biens de l’Abbaye furent confisqués par la Révolution et partagés en lots. Les acheteurs, des maçons et des carriers, rasèrent tous les bâtiments pour vendre les matériaux, le sol fut défoncé pour extraire le gypse, le Sanctum Martyrium disparut aussi ... il ne reste plus rien de lieux qui étaient si chers au coeur des parisiens !

 

Fondation de l’Ordre des Jésuites

C’est le 15 août 1534 que Ignace de Loyola et ses six compagnons : Saint François-Xavier, Pierre Fabre, Jacques Lainez, Alphonse Salmeron, Nicolas Bobadilla, Simon Rodriguez gravirent les pentes de la butte Montmartre pour se rendre à la chapelle du Martyrium.

Cette chapelle comportait une crypte, puis un caveau situé plus bas. Pierre Fabre célébra la messe dans la crypte, puis avant la communion, ils firent un à un « voeu de pauvreté, de chasteté, de s’embarquer pour Jérusalem, et au retour, de se consacrer au salut des infidèles non moins qu’à celui des fidèles, par la prédication, la confession et l’Eucharistie, sans recevoir aucune rémunération ».

 

Fondation de l’ordre des Jésuites

Par une bulle de 1540, le Pape Paul III approuve cet ordre qu’ils avaient appelé Compagnie de Jésus. Les Jésuites ont placé dans la chapelle du Martyrium une plaque de cuivre qui disparut à la Révolution.

Dés 1824, les Jésuites recherchèrent l’emplacement de la chapelle originelle, ils achetèrent le terrain, et l’abbé Le Rebours, curé de la Madeleine, fit monter une chapelle provisoire, puis en 1887 un couvent confié aux Auxilliatrices du Purgatoire. Une copie de la plaque fut posée en 1890, à quelques mètres près sur le lieu de la décapitation de Saint Denis et berceau de la Compagnie de Jésus.

 

L’église Saint Pierre

 

Saint-Pierre de Montmartre

L’église Saint Pierre est le seul vestige de l’Abbaye de Montmartre. Consacrée en 1147 par le pape Eugène III, c’est la plus vieille église de Paris. Elle était séparée en deux par un mur : le choeur, le transept, et la dernière travée étaient réservés aux religieuses et la partie ouest, constituait l’église paroissiale. C’est pour cette raison qu’elle fut épargnée durant la Révolution.

L’église Saint Pierre est de style gothique, comportant une nef de quatre travées séparées de chaque côté par un rang de six piliers. L’abside a été transformée au 12ème siècle en un hémicycle éclairé par trois grandes fenêtres.

Les trois travées de la nef sont de la même époque mais les voûtes sont de 1470, les bas-côtés ne sont pas voûtés. Elle comporte en outre quatre antiques colonnes de marbre, deux à l’entrée, deux encerclées dans le choeur, provenant de la chapelle du 6ème siècle. D’ailleurs, celles-ci provenaient sans doute d’un temple gallo-romain édifié à cet endroit. La colonne de gauche porte sur son chapiteau une croix de l’époque carolingienne, symbole de purification. On peut voir aussi sur un autre chapiteau, symbolisant la luxure, un homme à tête de porc chevauchant à rebours un bouc dont il relève la queue.

Le clocher remis à neuf en 1461, a été de nouveau reconstruit au 19ème siècle. En 1794 il fut surmonté d’une tour supportant un télégraphe Chappe, qui fonctionna jusqu’en 1844 quand un incendie endommagea la tour. Ses ruines subsistèrent jusqu’en 1866. La façade actuelle remplace la vieille façade de 1135.

Trois portes de bronze exécutées en 1980 par Tomaso Gismondi représentent les saints Patrons de l’église Saint Pierre : au centre saint Pierre, à droite Notre Dame, et Saint Denis à gauche. En 1814, l’église fut réquisitionnée par les troupes russes, pendant la Commune elle servit d’atelier de confection et de dépôt de munitions. Menacée de destruction elle fut sauvée in-extrémis et restaurée par l’architecte Sauvageot de 1899 à 1905.

 

Portail de bronze

Les vitraux sont de Max Ingrand. Au centre, l’autel en cuivre émaillé de Jean-Paul Froidevaux fut consacré le 1er avril 1977. Dans la partie la plus ancienne de l’église, on peut voir les fragments de pierres tombales de Catherine de la Rochefoucault, du tombeau de la reine Marie Adélaïde de Savoie, décédée en 1154.

Au nord, près du parvis, une porte de bronze signée Gismondi permet l’entrée au cimetière du Calvaire situé sur le verger offert par les Abbesses aux paroissiens défavorisés pour y être inhumés. Environ 200 personnes y sont enterrées : on peut noter le sculpteur Jean-Baptiste Pigalle, l’explorateur Louis Antoine de Bougainville et sa famille, Antoine Portal fondateur de l’académie de médecine en 1822, la famille Debray meuniers montmartrois, le premier maire de Montmartre Félix Desportes. Le cimetière est ouvert au public un jour par an, le 1er novembre

 

La basilique du Sacré-Coeur

Eblouissante de blancheur, la basilique du Sacré-Coeur trône fièrement au sommet de la Butte Montmartre. Prenez votre souffle et montez les 237 marches étroites et raides, vous voilà dans la coupole à l’acoustique parfaite, et du dôme, vous aurez une très belle vue sur Paris, sur la vieille église Saint-Pierre et son cimetière.

Pourquoi le Sacré-Coeur ?

 

Basilique du Sacré Coeur

La construction du Sacré Coeur fut un véritable roman et pour mieux comprendre, il faut se re-situer dans le contexte historique de 1870. C’est « l’Année Terrible », de juillet 1870 à mai 1871. Après la défaite de Napoléon III à Sedan, le peuple de Paris subit un siège terrible et interminable.

Il subit le froid et la faim. Les chiens, les chats, les rats, les corbeaux ... et les animaux de la ménagerie du Jardin des Plantes servent de nourriture aux Parisiens. Napoléon III prisonnier des Prussiens capitule, les émeutes de la Commune de Paris ne font qu’ajouter massacres et misère.

Une bonne partie des catholiques considérait que tout cela était une punition divine et le Clergé invita les fidèles à de grandes manifestations de foi et d’expiation. Alexandre Legentil et son beau-frère Hubert Rohaut, riches bourgeois dévots font le voeux d’ériger une église dédiée au Coeur de Jésus à Paris. Ils proposent en janvier 1871 un Voeu National ainsi libellé :

« En présence des malheurs qui désolent et des malheurs plus grands peut-être qui la menacent nous reconnaissons que nous avons été coupables et justement châtiés. Pour faire amende honorable de nos péchés et obtenir de l’infinie miséricorde du Sacré-Coeur de Notre Seigneur Jésus Christ, le pardon de nos fautes, nous promettons de contribuer à l’érection à Paris d’un sanctuaire dédié au Sacré-Coeur de Jésus »

Le 18 janvier 1872, l’archevêque de Paris Mgr Guibert approuve le projet et le 5 mars 1873 il adresse une lettre au ministre des Cultes demandant « qu’un temple élevé pour rappeler la protection divine sur la France et la Capitale, soit placé sur un lieu qui domine Paris et puisse être vu de tous les points de la Cité »

 

Plusieurs paroisses auraient voulu voir cette construction sur leur sol, le choix de Montmartre était favorable pour plusieurs raisons. La hauteur d’abord, puis c’est ici que se situe le Martyre de Saint Denis et que Saint Ignace de Loyola a fondé l’ordre des Jésuites en compagnie de Saint François Xavier.

Mais où placer cette église ? A mi-hauteur, les Jésuites ont déjà racheté les terrains pour construire un sanctuaire, en haut de la butte, il y a la vieille église Saint Pierre... En 1872, Mgr Guibert visitant les lieux a une vision émerveillée, il découvre Paris tout entier baigné de soleil : « c’est ici que le Sacré-Coeur doit régner afin d’attirer tout à Lui » Une basilique sera construite à côté de la vielle église !

Reste à acquérir les terrains qui appartiennent à une quinzaine de propriétaires et à la ville de Paris qui possède un terrain appelé Champ des Polonais sur lequel étaient regroupés des canons et des munitions pour les soustraire aux Prussiens. Thiers ordonne aux troupes de s’en emparer, cette opération déclenchera les émeutes de la Commune.

Ces événements passés, la seule voie possible pour libérer les terrains et mener à bien le projet , était que l’Assemblée Nationale déclare d’utilité publique la construction de cette église. Le 11 juillet 1873, Emile Keller dépose un projet de loi visant l’expropriation au profit de l’Etat, des propriétaires concernés. Le 24 juillet 1873, l’expropriation publique fut adoptée par 393 voix contre 164. Le projet pouvait maintenant se réaliser.

 

Construction du Sacré-Coeur

 

Contruction de la basilique

Pour la construction du Sacré-Coeur, un concours est organisé. Charles Garnier, architecte de l’Opéra de Paris, est membre du jury. Paul Abadie, âgé de 62 ans remporte le concours, face à soixante-dix-huit candidats. La construction proposée est de style Romano-byzantin qui s’inspire de Sainte-Sophie de Constantinople ou San-Marco de Venise.

La première pierre sera posée le 16 octobre 1875. La fragilité du sol formé par les carrières de gypse, obligèrent Abadie à faire d’énormes travaux de fondation : 83 puits de 33 m de profondeur, remplis de béton et reliés par des arcs furent coulés, ce qui fait dire à certains que c’est la basilique qui soutient la Butte Montmartre et non le contraire !

En 1878, début des travaux de la crypte qui a une superficie égale à celle de la basilique, et c’est en 1881 que commencèrent les travaux du Sacré-Coeur proprement dit. La façade est construite en calcaire de Château-Landon, qui blanchit avec l’âge et le contact avec les eaux de pluie.

Issue des carrières de Souppes, cette pierre a la propriété de fabriquer du calcin, substance qui donne à l’édifice cette incroyable blancheur.

Paul Abadie meurt en 1884 et cinq architectes vont se succéder et plus ou moins dénaturer le projet initial. Le dernier architecte Louis-Jean Hulot achèvera le campanile et la sculpture monumentale de la basilique. Le Sacré-Coeur mesure 85 m de long, sur 35 m de large.

Au fronton, dans une niche, on peut voir la statue de Jésus, montrant son coeur et signée Gustave Michel. Sur les contreforts du porche deux statues équestres d’Hippolyte Lefebvre représentent Jeanne d’Arc, et Saint Louis, symbole de sainteté et de justice, brandissant son épée la couronne d’épines.

L’intérieur du Sacré-Coeur

L’intérieur est aussi de style romano-byzantin : la nef présente un plan carré, le choeur entouré de 7 chapelles est surplombé d’une vaste coupole haute de 55 m et de 16 m de diamètre.

 

Mosaïque du Christ

On y trouve la plus grande mosaïque du monde (475 m2 ) Elle représente le Christ glorifié par l’Eglise et la France. Il est au centre, vêtu de blanc, debout, bras étendus. A sa base, on peut lire une inscription latine qui signifie « au coeur très saint de Jésus, la France fervente, pénitente et reconnaissante ».

Cette mosaïque a été conçue par Luc-Olivier Merson, et exécutée par les ateliers Guilbert-Martin. Le dallage du choeur est composé d’un entrelacs de marbre et de mosaïque, les sièges et accoudoirs sont en teck surmontés de fine marqueterie découpée dans 17 bois différents. Par un escalier en colimaçon, vous pouvez gravir les 237 marches qui mènent à la galerie du dôme et profiter d’une vue plongeante sur le choeur et à l’extérieur, d’une vue panoramique sur Paris. A plus de 200 m de hauteur, par temps clair, la vue s’étend sur 50 km à la ronde.

A l’entrée du déambulatoire on peut admirer une statue en argent de la Vierge et de St Antoine de Padoue. Dans la chapelle de la Vierge, un autel en marbre de Carrare est surmonté d’une importante statue de Notre Dame de la Paix de G. Serraz.

Dans la crypte un large promenoir sur lequel s’ouvrent 14 chapelles, permet d’accéder au Trésor et à la chapelle de la Pietà où reposent les Cardinaux Guibert et Richard.

L’orgue du Sacré-Coeur

 

Le grand orgue du Sacré-Coeur est un Cavaillé-Coll qui appartenait au baron Albert de l’Espée, wagnérien passionné. Cet orgue monumental était installé au coeur de son château d’Ilbarritz sur la côte Atlantique. Il dépensa 100.000 francs pour ce chef-d’oeuvre, couronnement de la carrière d’Aristide Cavaillé-Coll. En 1903, le baron de l’Espée désirant vendre son château, décida de revendre l’orgue à Charles Mutin.

Ce gigantesque orgue occupa les ateliers Cavaillé-Coll-Mutin jusqu’en 1913, puis il fut installé au Sacré-Coeur de Paris trois ans avant la mort du baron de l’Espée. Cet orgue a été logé dans un nouveau buffet dessiné par l’architecte Lucien Magne en 1914. Le grand orgue a été inauguré le 16 octobre 1919 par Charles-Marie Widor, Marcel Dupré et le titulaire : Abel Decaux.

Restauré en 1931, 1960, il fut classé monument historique en 1981. Enfin restauré une troisième fois en 1985, il fut inauguré durant les fêtes de Pentecôte le lundi 27 mai 1985.

 

Le campanile

 

Campanile

Le campanile haut de 84 m est couvert d’un dôme conique, et renferme la plus grosse cloche de France. Elle se nomme la Savoyarde. Elle a été fondue à Annecy en 1891. Elle pèse 19 tonnes, et son battant pèse 850 kg. Elle a été offerte par la Savoie à la France, pour cette nouvelle église située en haut de la Butte Montmartre, d’où son nom de la Savoyarde. Le clocher est terminé en 1914, la cloche est installée, le Sacré-Coeur est prêt pour la consécration... C’est alors que la guerre éclate, tout est repoussé !

Le prix du Sacré-Coeur

Les sommes engagées pour la construction étaient importantes mais insuffisantes, en ces temps difficiles. Aussi une souscription fut lancée. Entre 1872 et 1925, près de dix millions de donateurs versèrent l’équivalent de plus de six millions de francs.

Les souscripteurs achetèrent 1 ou 2 pierres de l’édifice. Chaque donateur avait le choix entre 3 modèles : la pierre de taille cachée pour 120 francs, la pierre apparente avec initiale cachée pour 300 francs et les pierres apparentes avec initiales visibles pour 500 francs.

 

Vue arrière

Il pouvaient également acheter des piliers, des colonnes pour 1000 francs ou 5000 francs et d’autres à 100.000 francs avec signes apparents. Pour les plus pauvres, des « cartes du Sacré-Coeur » ont été émises en 1883. Elles étaient divisées en petits carrés valant chacun 10 centimes.

Elles représentaient la valeur d’une pierre de 120 francs. Ce moyen permettait aux plus pauvres de partager les frais, et d’avoir une pierre pour les divers membres d’une famille ou d’une paroisse. Lorsque la carte était toute pointée, la pierre était acquise. Le coût final de la construction a été évalué en 1923 à 45 millions de francs.

Vocation du Sacré-Coeur

La consécration eut lieu le 16 octobre 1919. Cette église reçoit le titre de Basilique, c’est à dire qu’elle a vocation de pèlerinage . Le Coeur du Christ y est adoré. Une prière s’élève jour et nuit vers Dieu, prières de demande et d’intervention pour le monde. Depuis 1885, des hommes et des femmes se relaient jour et nuit pour que s’élève une prière d’adoration perpétuelle. C’est aussi un haut lieu de pèlerinage, les chapelains et les soeurs bénédictines du Sacré-Coeur accueillent pèlerins et fidèles.

 

Le clos de Montmartre

 

Vignes de Montmartre

Depuis la construction de l’Abbaye de Montmartre, des vignes étaient cultivées sur la butte. La première vigne aurait été plantée par Adélaïde de Savoie, la première Abbesse. D’ailleurs, il y avait un pressoir tout près des bâtiments. Avec l’appauvrissement de l’Abbaye, les Dames de Montmartre sont obligées de vendre des terrains situés au bas de la butte. Dés la fin du 15ème siècle, des vignerons s’installent et cultivent des vignobles, dont les noms résonnent encore : le clos Berthaud, la Sauvageonne et la Goutte d’Or.

Les vignobles entraînent l’ouverture de tavernes et de cabarets, car le vin était soumis à des droits d ’octroi pour entrer dans Paris.

 

Poulbot

De ce fait, les gens prennent l’habitude de sortir de Paris pour aller boire et s’encanailler dans les bals et les nombreuses guinguettes de Montmartre. Le vin de Montmartre avait la réputation de « faire sauter comme une chèvre » et devait être un peu diurétique, car le dicton disait : « c’est du vin de Montmartre, qui en boit pinte en pisse quarte » (à noter qu’une pinte faisait 93cl, et une quarte 67 litres ! )

A partir de 1860, date de l’annexion de Montmartre à Paris, les vignobles disparaissent un à un, jusqu’en 1929. Cette date marque la création du clos de Montmartre par Francisque Poulbot (1879-1946 ).

Il était illustrateur et dessinateur engagé connu pour sa générosité. On l’appelait « le père des gosses » Ses dessins étaient les témoins de la misère des enfants de Montmartre, mais aussi de leur débrouillardise et de leur humour.

Son nom est resté attaché à ces gosses des rues, ces gamins de Paris : « les Poulbots », dignes successeurs de Gavroche !

 

Poulbot

Francisque Poulbot et quelques amis artistes avaient eu vent de la construction de grands immeubles dans l’ancien jardin d’Aristide Bruant situé rue des Saules.

Pour sauver ce lieu des promoteurs immobiliers, avec l’aide des habitants, il créa un square et quelques pieds de vigne furent plantés. En 1933, la plantation s’enrichit de trois mille plants de Thomery et trois plants de Morgon.

La première récolte a eu lieu en 1937. Depuis, chaque vendange le premier dimanche d’octobre donne lieu à une fête populaire. Le vignoble est propriété communale, et depuis 1994, Francis Gourdin, vinificateur du Clos-Montmartre et vice-président des oenologues franciliens, améliore la qualité du vignoble, remplace les anciens plants.

 

Marque du Clos

Le vin est meilleur d’année en année, dit-on. Il y a actuellement 27 cépages, dont une majorité de Gamay, du Pinot Noir et quelques pieds de Sauvignon. Mille kilos de raisin ont été récoltés en 2001, malgré une exposition plein nord, et 1701 bouteilles sont vendues. Le jour des vendanges, c’est la fête dans le quartier avec musiques, défilés, parade traditionnelle, les confréries oenologiques de toute la France y participent et la soirée se termine par un dîner spectacle et un bal.

Les cuvées portent un nom Montmartrois, et sont parrainées par des artistes. Il y a eu la cuvée Dalida, Moulin-Rouge, en 2001 la cuvée Lapin-Agile parrainée par Pierre Arditi et Carole Bouquet, en 2002 la cuvée Toulouse-LautrecparrainéeparValérieLemoine et Maxime Leforestier.

Le prix des bouteilles et élevé, environ 45 euros la bouteille, mais les sommes récoltées sont versées aux oeuvres sociales de la Mairie du 18ème arrondissement

 


Le lapin Agile

C’est une maison villageoise rose, couverte de lierre située au 4 de la ruedes Saules.

Cet établissement a souvent changé de nom : il se nomma « au rendez-vous des voleurs », puis « le cabaret des assassins » et « A ma campagne ». En 1886, Adèle Decerf , une ancienne danseuse de cancan, reprit l’établissement.

Saspécialitéculinaire était le lapin sauté à la casserole. En 1875, le dessinateur caricaturiste André Gill imagina comme enseigne un lapin bondissant hors de la casserole. Par jeu de mots, le lapin à Gill devint le « lapin-agile » L’original de l’enseigne est conservé au Musée de Montmartre.

En 1903, Aristide Bruant racheta le cabaret et le nouveau gérant, Frédéric Gérard, dit le « père Frédé » donna une nouvelle vie au cabaret. Autour de sa guitare et de son violoncelle, toute la bohème montmartroise se retrouve le soir dans la bonne humeur. Le père Frédé anime les soirées, il chante et fait chanter les uns, déclamer les autres.

Le lapin Agile devient le temple des chansonniers et des artistes . On peut y voir Carco, Apollinaire, Courteline, Max Jacob, Marcel Proust, les peintres Renoir, Utrillo, Braque, Modigliani et Picasso qui aimait s’asseoir à la terrasse avec sa chienne Frika. Il a peint des toiles où il se représente avec Frédé, puis représentant Margot, la belle-fille de Frédé (future Madame Mac Orlan ).

 

Boronali

Un jour, le peintre « Boronali » exposa sa toile abstraite : « coucher de soleil sur l’Adriatique » au Salon des Indépendants et la critique fut enthousiaste ! Il s’agissait en réalité d’une œuvre de Lolo, l’âne de Frédé, à qui on avait attaché un pinceau à la queue ! Boronali est l’anagramme d’Aliboron, l’âne de la fable de La Fontaine !

La Maison rose

 

Maison rose

Vous la trouverez au 2 rue de l’Abreuvoir. Cette rue appelée dès 1325 rue du Buc, servait à l’approvisionnement en eau de la population et à l’acheminement des chevaux et des bestiaux vers l’abreuvoir.

Cette maison aux murs peints de rose a été redue célèbre par le peintre Utrillo.

Son tableau s’appelle « la petite maison rose » il a permis au peintre Montmartrois de se rendre célèbre. C’est aujourd’hui un restaurant.

 

 


Le Moulin Rouge

 

Premier moulin

Après les horreurs de la guerre de 1870, s’ouvre une période d’insouciance et de légèreté. Ce sera une période de répit entre deux guerres et une transition entre deux siècles. Les bourgeois s’encanaillent, la culture populaire est mise à l’honneur. Au coeur de cette effervescence, la butte Montmartre fait figure de lieu emblématique : music-halls et cafés-concerts deviennent les symboles de ce brassage socioculturel.

Le Moulin Rouge en est sans doute le plus bel exemple. Il ouvre ses portes le dimanche 6 octobre 1889. Le triomphe est immédiat et sans doute du à l’intelligence de deux redoutables hommes d’affaires :Joseph Oller et Charles Zidler. Le lieu d’implantation a été choisi avec soin, au coeur d’un quartier à la mode, où un public aisé, en quête d’émotions fortes, se rend pour prendre un bol d’air ou boire un verre au Moulin de la Galette, quartier où on côtoie les mauvais garçons et les filles « de mauvaise vie »

L’endroit se présente comme un moulin peint en rouge, aux ailes mobiles, avec un meunier et une meunière qui semblent s’adresser des signes complices aux fenêtres.

 

A l’intérieur, une gigantesque piste de danse, une petites scène, des miroirs partout, des drapeaux et des oriflammes....Le décor né de l’imagination de Willette est complètement révolutionnaire pour l’époque, en un instant on passe de la Plazza de toros de Grenade, à la chaumière normande ou au moulin de Hollande ! Au fond un jardin pour la saison estivale et un énorme éléphant en plâtre, provenant de l’exposition universelle de 1889, à l’intérieur duquel on pouvait assister à un spectacle de danse du ventre.

Le Moulin Rouge devient le temple de la musique et de la danse. En 1850, une danseuse du Bal Mabille, Céleste Mogador, invente une nouvelle danse : le Quadrille. Avec un rythme endiablé, les danseuses font perdre la tête au Tout-Paris sur les musiques aux harmonies parfaites de Jacques Offenbach. Mais c’est à Londres en 1861, que Charles Morton, inspiré par le quadrille, invente le French-Cancan. A la limite de l’indécence, cette danse tient sa popularité à l’art de faire le grand écart en soulevant ses jupes. Bas noirs, jarretelles et dentelles, ensorcellent les clients du Moulin Rouge !

 

La Goulue

Des danseurs et danseuses deviennent célèbres, la Goulue, Miss Jenny, Grille d’égout, Serpolette, Nini Pattes-en-l’air qui ouvrira une école de Cancan, La Môme Fromage, Valentin le Désossé, Jane Avril dite Jeanne la Folle...

Des artistes y trouvent leur inspiration, en particulier Henri de Toulouse Lautrec, qui immortalisera ces scènes colorées et ces danseuses, en particulier La Goulue.

De nombreuses attractions resteront célèbres : le pétomane, le bal des Quat’zarts aux filles dénudées, Yvette Guilbert, diseuse et chanteuse...

La brouille entre Joseph Oller et Charles Zidler, le départ de la Goulue et la concurrence de plus en plus forte du Casino de Paris, entraînèrent le déclin du Moulin Rouge. Le quadrille passe de mode, et le 29 décembre 1902, sonne l’heure du dernier bal dans l’indifférence générale.

 

Mais entre les deux guerres, le Moulin Rouge devient le temple de l’Opérette et inspiré par les musiques d’Offenbach, des opérettes sont montées.

En 1907, une débutante fait ses premiers pas sur la scène du Moulin Rouge : ce sera là le début de la longue histoire de Mistinguett !

Depuis les années 50, la qualité des revues et la modernisation de l’ensemble ont permis au Moulin Rouge de retrouver sa place et être en quelque sorte le symbole de la fête et de la Vie Parisienne !

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